CHAPITRE II
LA FRANCE, ROYAUME TRÈS CHRÉTIEN
près le nom si beau de Fille aînée de l’Église, Dieu daigne encore lui accorder le titre magnifique de Royaume très chrétien.
Chrétien serait déjà un honneur insigne : que dirons-nous de très chrétien ? Chrétien rappelle le caractère de Jésus-Christ, imprimé dans une âme au baptême par le doigt même de Dieu qui est l’Esprit-Saint ; caractère au-
D’après une gravure de la Chalcographie. gUSte, Sacré, indélébile, qui Constitue
notre première noblesse surnaturelle : très chrétien doit marquer quelque chose de plus. Appliqué à un peuple, c’est ce divin caractère éclatant dans le gouvernement, les institutions, les lois, les
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mœurs, la littérature de ce peuple, en un mot, dans toute son histoire privée et publique, civile et guerrière.
Or, tels sont précisément les traits distinctifs de la vraie France, de la France historique et traditionnelle. Comme l’a bien dit J. de Maistre : « Le Français a besoin de la religion plus que tout autre homme; s'il en manque, il n’est pas seulement affaibli, il est mutilé1. » Le chri stianisme a depuis tant de siècles et si profondément pénétré notre race, qu’il a passé jusque dans ses moelles, et s’est fait pour ainsi dire son âme, sa conscience et son bon sens.
La loi salique, dont la rédaction définitive remonte au roi Dagobert, débute par un préambule célèbre, où respirent un naïf enthousiasme et un souffle poétique tout à fait remarquables. Voici les premières lignes de ce préambule : « La nation des Francs, illustre, ayant Dieu pour fondateur, forte sous les armes, ferme dans les traités de paix, profonde en conseils, noble et saine de corps, d’une blancheur et d’une beauté singulières, hardie, agile et rude au combat, depuis peu convertie à la foi catholique, libre d’hérésie, lorsqu’elle était encore assujettie à une croyance barbare, avec l’inspiration de Dieu, recherchant la clef de la science, selon la nature de ses qualités, désirant la justice, gardant la piété ; la loi salique fut dictée par les chefs de cette nation, qui en ce moment commandaient chez elle... Puis, quand par l’aide de Dieu, Clovis, le chevelu, le beau, l’illustre roi des Francs, eut reçu le premier le baptême catholique, tout ce qui dans ce pacte était jugé peu convenable fut amendé avec clarté par les illustres rois Clovis, Childebert et Clotaire ; et ainsi fut dressé le décret suivant : Vive le Christ qui aime les Francs ! Qu’il garde leur royaume et remplisse leurs chefs de la lumière de sa grâce; qu’il protège leurs armées; qu’il leur accorde, avec des signes qui attestent leur foi, les joies de la paix et la félicité; que le Seigneur Jésus-Christ dirige dans les voies de la piété les règnes de ceux qui gouvernent2... »
... Que signifie cette étonnante acclamation : Vivat qui Francos diligit Christus , si ce n’est que nos pères croyaient à son
j. Du Pape , dise, prélim., xxiv.
2. Canciani, Barbarorum leges, cum notis et glossariis, t. 1F, p. 1 3, Venetiis, 1783.
CHARLEMAGNE, EMPEREUR DE FRANCE Statue de M. Rochet, sur la place Notre-Dame, à Paris. — Charles est conduit par Olivier et Roland. — Ce grand roi se qualifiait lui-même ainsi : « Moi, Charles, par la grâce de Dieu et le don de sa miséricorde, roi et chef des Francs, dévot défenseur de la sainte Eglise, et en toutes choses humble auxiliaire du Siège apostolique. >> ( Coticil Labbe, t. Vil, col. 967.)
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amour de prédilection pour eux et entendaient le payer de retour?
Aussi, dès nos plus lointaines origines chrétiennes, les papes écrivent à nos rois comme aux plus fermes et aux plus fidèles soutiens de la foi. Nous avons déjà cité la lettre du pape Anastase à Clovis. Nous avons mentionné celle de saint Grégoire le Grand à Childebert. Nous extrayons de cette dernière encore ce passage : « Ce qui est en vous plus digne d’admiration, ce n’est pas que vous soyez roi, d’autres le sont aussi ; c’est que vous soyez roi catholique, ce que les autres n’ont pas mérité d’être. Car votre foi brille au milieu des nations infidèles comme la lumière d’un grand flambeau dans les ténèbres d’une nuit obscure. Vous avez tout ce que les autres princes peuvent se glorifier d’avoir, et ils n’ont pas le bien excellent que vous possédez1. »
Avant 683, saint Ouen, le très digne biographe de saint Éloi, qualifie la sainte reine Bathilde du titre de « reine très chrétienne » : Regina christianissima. Un peu plus tard, en 740, nous voyons reparaître le même titre de très chrétien , dans une lettre bien touchante d’un autre saint pape, Grégoire III, au glorieux vainqueur d’Abdérame, Charles Martel : « Très chrétien fils : Fili christ ianissime , nous exhortons votre bonté devant le Seigneur et son terrible jugement; secourez, pour Dieu et le salut de votre âme, l’Église de saint Pierre et ceux qui sont spécialement son peuple. Ne fermez pas l’oreille à ma prière, afin que le prince des apôtres ne vous ferme pas la porte du ciel. Je vous en conjure, au nom du Dieu vivant, qui est la vérité même, et par les clefs sacrées de la confession du bienheureux Pierre, que je vous envoie comme une marque de royauté (ad regnum ), ne préférez pas l’amitié des rois lombards à celle du prince des apôtres-. »
A partir de cette époque, il semble que nos rois commencèrent à être universellement appelés très chrétiens. Il est du moins certain que vers le milieu du douzième siècle, en 1166, le célèbre Jean de Salisbury, le docte ami de saint Thomas de Cantorbéry, plus tard évêque de Chartres, désigne couramment le roi Louis VII