LA FRANCE, FILLE AÎNÉE DE L’ÉGLISE
chevaleresque , parfois même en dépit des plus cruels revers : témoin la France croisée de la Mansourah, vaincue et captive avec son roi! Nul ne se rencontrait alors pour protester contre ces magnifiques paroles écrites par saint Grégoire le Grand à Childebert : « Autant la dignité royale vous élève au-dessus des autres hommes, autant votre trône vous élève au-dessus des autres rois; » Quantum cceteris hominibus præcellit repalis dignitas , tantum cceteris regnis solium iuum 1 ! Princes et peuples sentaient, proclamaient d’avance la vérité que devait formuler un jour un étranger, et un étranger protestant, Grotius : « Le royaume de France est le plus beau après celui du ciel. »
Si aujourd’hui sa tête est tristement découronnée, si nous nous voyons réduits à l’impuissance, à l’effacement, comme d’autres pays catholiques, et même, au point de vue humain, comme l’Église, notre mère, c’est que la France — au moins la France politique et officielle — a trahi tous ses devoirs et renié ses meilleures traditions. Par ses longues prévarications, elle a détruit ce merveilleux concert européen, dont Dieu l’avait en quelque sorte constituée le lien et le centre. En se faisant, surtout depuis un siècle, la tête, le cœur et le bras de la révolution antichrétienne, elle est devenue, si je l’ose dire ainsi, la fille aînée du mal et de la synagogue de Satan. Mais elle reconnaîtra son erreur, elle pleurera son crime, elle se relèvera, la première peut-être, — les signes d’espérance ne manquent pas, — oui, la première entre les nations catholiques; et dans cette prochaine rénovation, dans cette résurrection générale, dont tant de cœurs chrétiens ont le pressentiment, elle sera encore la Fille aînée de l’Église.
C’est alors que nous pourrons chanter avec un poète contemporain :
Entre les nations grande prédestinée,
Tu portes fièrement ton nom de Fille aînée,
France de Tolbiac, et ton destin est beau!
Le Seigneur t'a donné le glaive et le flambeau :
Le glaive, pour frayer une route aux idées Qui dans ton sein puissant ont été fécondées;
t. Gregor. Magni opéra , t. II, Epistol. Lib. IV, ep. vi.
JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES
Le flambeau, pour porter, divine mission,
Tes célestes clartés à toute nation.
Depuis quinze cents ans, tu dis à ton pilote :
Laisse au souffle de Dieu, laisse courir ma flotte! Et toujours elle prend le merveilleux chemin Qui mène chez un peuple à qui Dieu tend la main.
Que l’esprit de vertige et l’ange des ténèbres .Suscitent contre toi leurs légions funèbres, Qu’importe? Le Seigneur, ô France! est avec toi; Poursuis, l'étoile au front, et marche dans ta foi 1 !
i. Ausone de Chancel : Poème sur le percement de l’isthme de Suez.
Sceau de Baudouin, comte de Flandre, élu empereur de Constantinople par les Croisés, 16 mai 1204.. Tiré des Sigilla comitum l-'landriee ; Brugis, 1639.
Donation de l’exarchat de Ravcnne.
L’an 774, Charlemagne fait don au Saint-Siège de l’exarchat de Ravenne, de la Pentapole, de la Sabine et de quelques autres villes et provinces. — Gravure de YHistoire de France, du Père G. Daniel. Paris, 172g.