Concil ., Labbe, t. VI, col
LA FRANCE ROYAUME TRÈS CHRÉTIEN
par l’appellation de roi très chrétien des Francs : Chvistianissimi Regis Francorum. Et cette locution est d’autant plus frappante ici qu’elle est jetée en passant, comme un terme consacré par l’usage, dans une lettre familière adressée à son glorieux maître, le futur martyr des immunités ecclésiastiques1. Ce ne fut pourtant qu’à partir de 1469, sous le pontificat de Paul II, que ce titre devint une des formules officielles des bulles et brefs apostoliques adressés aux rois de France. François Ie'' prit dans ses actes le nom de roi très chrétien, et cet exemple fut suivi par ses successeurs.
Mais la nation française et ses souverains, nous le savons, n’avaient pas attendu si tard pour mériter cet honneur. Sans entrer ici dans de longs développements, contentons-nous de rappeler deux grands monarques, qui sont aussi deux grands hommes et deux grands chrétiens, et qui ont l’avantage de résumer pour nous, avec l’esprit de leur époque, l’esprit général des annales de la France. L’un, c’est Charlemagne, « le Trismégiste des temps modernes2 », l’invincible et tout-puissant empereur qui datait ses capitulaires du règne même de Notre-Seigneur Jésus-Christ : Régnante Domino Nostro Jesu Christo ; et se qualifiait lui-même en termes si religieusement modestes : « Moi, Charles, par la grâce de Dieu et le don de sa miséricorde, roi et chef des Francs, dévot défenseur de la sainte Église, et en toutes choses, humble auxiliaire du Siège Apostolique3. » L’autre, c’est saint Louis, ce prince accompli, admiré même par Voltaire, alliant à la piété d’un moine le génie d’un législateur et la vaillance d’un héros, si heureux de se proclamer « le sergent de Notre-Seigneur Jésus-Christ », vrai père de son peuple, admirable justicier, dont l’incomparable figure, dégagée par le critique moderne des derniers nuages du préjugé gallican, apparaît à tous les yeux comme la personnification vivante de la royauté chrétienne4.
Les prières et les cérémonies du sacre rappelaient solennellement aux rois de France cet auguste caractère de leur autorité.
1. Pat roi. lat., Migne, t. CIG, Joann. Saresb., epist. clxxvi.