‹ La France et le Sacré CœurChapitre 107 sur 148 · GARCIA MORENO · texte numérisé non relu

GARCIA MORENO

Ancien président de la République de l’Equateur, qui, en 1873, consacra solennellement cette République au Coeur sacré de Jésus.

sainte, puissamment aidés par les Religieux Salésiens du vénérable Dom Bosco, ont fait élever au Camp prétorien, en l’honneur du Sacré Cœur. C’est la première que la cité des Papes ait dédiée sous

ce titre, aujourd’hui vraiment cher par toute la terre à la piété catholique.

Dieu veut que, sous tous les régimes politiques successivement acceptés par la France moderne, le culte du divin Cœur prenne sans cesse une nouvelle extension. C’est comme un courant irrésistible qui entraîne les simples fidèles, les membres les plus fervents du clergé, et particulièrement les communautés religieuses.

En 1 856 se produisit, à ce point de vue, un fait mémorable, qu’il importe d’autant plus de signaler ici, qu’il montre dans l’épiscopat français d’alors une parfaite fidélité aux meilleures traditions de ses devanciers. Au mois de juin de cette année eut lieu solennellement, à Notre-Dame de Paris, le baptême d’un prince, dont la mort tragique et prématurée devait plus tard tirer des larmes de tous les yeux, sans distinction de parti. Or, à cette occasion, presque tous nos évêques se trouvèrent réunis autour d’un légat a latere du Saint-Père, le cardinal Patrizzi. M6r de Marguerye, évêque d’Autun, — c’est bien là que devait naître cette inspiration, — jugea que la circonstance était favorable pour solliciter du Saint-Siège une extension officielle du culte public du Sacré Cœur. Sur son heureuse initiative, le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon et primat des Gaules, au nom de tous ses vénérables collègues, pria le légat apostolique de vouloir bien déposer aux pieds de Sa Sainteté ce vœu ardent de la France chrétienne : qu’Elle daignât rendre obligatoire pour toute l’Eglise la fête du Sacré Cœur, qui, jusque-là ne se célébrait que par concession locale. Cette supplique fut bien accueillie à Rome, et un décret pontifical du 23 août suivant vint combler l’attente de la France, et aussi du monde catholique, heureux cette fois encore de marcher à notre suite1.

Il y avait là comme un acheminement vers la consécration solennelle de la chrétienté tout entière au Cœur adorable de Jésus. Mais avant de raconter cet événement, nous avons à faire con-

i. Voir le texte du décret. P. Ni Iles, S. J.: De rationibus festorum Sacratissimi Cordis Jesu et pùrissimi Cordis Mariæ. T. Ier, p. 167. Lethielleux, Paris.

naître au lecteur une grande et belle œuvre, que Dieu semble avoir suscitée pour la préparer et pour promouvoir de toute manière le règne social de l’Homme-Dieu. Nous voulons parler de I’Apostolat de la prière, ou Ligue du Cœur de Jésus.

L’APOSTOLAT DE LA PRIÈRE; LE MESSAGER DU CŒUR DE JÉSUS CONSÉCRATION UNIVERSELLE DE 1875

C’est le 3 décembre 1844 que l’Apostolat de la Prière a été fondé à Vais, près le Puy, non loin de l’antique sanctuaire de Marie et de la grandiose statue de Notre-Dame de France. Vais était alors un scolasticat de la Compagnie de Jésus, où ses jeunes religieux se formaient à la science et à la vertu. Le vénéré P. Gautrelet, supérieur de cette nombreuse et fervente communauté, conçut la première idée de l’œuvre et en commença l’organisation b Mais elle prit peu d’extension jusqu’au jour où le P. Henri Ramière, de pieuse mémoire, voulut faire de l’Apostolat de la Prière l’Apostolat même du Cœur de Jésus et constituer par cette association la Ligue universelle de ce divin Cœur.

Écoutons-le s’en expliquer lui-même. Après avoir montré l’esprit de cette œuvre, qui est un esprit de zèle apostolique, après avoir dit qu’elle est un lien destiné à rassembler en faisceau toutes les forces des chrétiens au profit de cette grande fin : le triomphe de la cause de Dieu sur la terre, le Père poursuit :

« Le Messager du Cœur de Jésus est destiné à servir d’organe périodique à cette nouvelle sainte Ligue. Mais, à ce bulletin de l’Apostolat de la Prière, pourquoi donner le nom de Messager du Cœur de Jésus ?

« Parce que ce nom est le seul qui lui convienne. L’Apostolat de la Prière n’est, en effet, que la fusion de nos intérêts avec les intérêts du Cœur de Jésus, de nos intentions avec ses intentions; c’est la dévotion à ce divin Cœur complètement réalisée, ne se bor-

1. Voir sa Vie, par le P. Burnichon. 1 vol. in-12. Paris, Retaux.

nant pas à la récitation de quelques formules, à la production de quelques actes isolés, mais atteignant l’intime de l’àme et ne lui permettant plus d’avoir d’autres sentiments que ceux de Jésus-Christ.

« Son divin Cœur sera donc comme le grand moteur de l’Apostolat de la Prière, et dès lors son modèle le plus parfait, son stimulant le plus énergique, son lien vivant et vraiment divin, qu’aucun pouvoir créé ne saurait ni rompre ni affaiblir. »

Or, à cette heure, le Messager du Cœur de Jésus et le Petit Messager du Cœur de Marie , qui le complète, se tirent à plus de soixantetrois mille exemplaires. Et comme un ou deux bulletins servent de lecture à toute une communauté, et, dans chacune des quarantedeux mille paroisses agrégées, à un grand nombre d’associés, c’est par centaines de mille qu’en France seulement il faut compter les lecteurs.

Mais ce n’est là qu’une très minime partie de la publicité immense à laquelle est parvenu le Messager du Cœur de Jésus. En ce moment, il compte vingt-quatre éditions, et se publie en français, en anglais, en allemand, en espagnol, en italien, en portu gais, en polonais, en hongrois, en bohémien, en flamand, en hollandais, en breton, en tamoul, en chinois ; le nombre de vingt-quatre s’explique par ce fait que plusieurs de ces langues ont jusqu’à quatre éditions différentes du Messager. Ses abonnés, et beaucoup plus encore ses lecteurs, se chiffrent donc par millions.

Disons quelque chose du rôle de l’Apostolat, et par conséquent de la France, dans la célèbre consécration universelle de 1875.

Le 26 mai 1870, le R. P. Ramière écrivait de Rome:

« Voici le concile réuni ; plus que jamais l’humanité a besoin du remède suprême que saint Jean promettait jadis à sainte Gertrude, et qu’il lui montrait dans la dévotion au Cœur de Jésus.

« Rien ne saurait donc être plus opportun que la sanction suprême de cette dévotion, demandée au Saint-Père dans une supplique signée à Rome par tous les évêques et tous les prêtres disposés à prêter leur concours.

« Nous avons tout lieu d’espérer que le Saint-Père, qui a déjà tant fait pour la glorification du Cœur de Jésus, accueillera avec

bienveillance notre demande, et sera heureux de donner au Cœur de Jésus cette gloire, aux pieux fidèles du monde entier cette consolation, et au concile cette nouvelle garantie de son plein succès. »

Les circonstances douloureuses qui suivirent retardèrent la réalisation de si belles espérances. Mais enfin, le 22 avril 1875, l’infatigable apôtre du Sacré Cœur, s’étant de nouveau présenté à Pie IX, avec l’adhésion de cinq cent trente-quatre évêques, arche-

LA CHASSE DE LA H. MARGUERITE-MARIE La Bienheureuse est couchée dans sa châsse splendide, sous le marbre blanc de l’autel, à l’endroit même où était Notre-Seigneur lorsqu’il lui apparut. Cinquante-trois lampes enveloppent de lumière tout cet autel devenu un sépulcre glorieux, et y brûlent jour et nuit en l’honneur de l'humble servante de Dieu et de son divin Epoux. ( L’abbé Bougaud, Hist. de la Ii. Marguerite-Marie , p. 46a.) — La vénérable Marguerite-Marie fut proclamée Bienheureuse par le pape Pie IX le 4 septembre 1864.

vêques ou cardinaux, de vingt-trois supérieurs généraux d’Ordres, et d’un nombre extrêmement considérable de prêtres, de religieux et de laïques, obtint la réponse si longtemps attendue: Je ferai CE QUE VOUS DÉSIREZ.

Une formule de consécration universelle fut rédigée, et à la date du 22 avril, la Sacrée Congrégation des Rites rendait un décret dont nous citons l’extrait suivant : « Après avoir pesé devant Dieu l’importance de cet acte et voulant donner satisfaction aux très pieux

2 go JÉSUS-CHRIST ET I.E DON SPÉCIAL DE SON CŒUR

désirs qui lui ont été manifestés, Sa Sainteté approuve l’acte de consécration joint à ce décret, et elle le propose à tous les fidèles désireux de se consacrer au Très Sacré Cœur de Jésus. Tous les fidèles chrétiens, en se consacrant ainsi au divin Cœur de Jésus en la même forme, attesteront d’une manière plus frappante l’unité de l’Église. Ils trouveront dans ce divin Cœur un refuge inattaquable contre les dangers spirituels qui les environnent, la force d’àme dans les tribulations actuelles de l’Église, enfin la consolation et une espérance inébranlable au milieu de toutes leurs angoisses h »

Voici le texte authentique de cet acte de consécration :

O Jésus! mon Rédempteur et mon Dieu, malgré l’immense amour qui vous a porté à répandre tout votre sang précieux pour les hommes, ils ne vous refusent pas seulement leur amour, mais ils vous offensent, vous outragent, blasphèment votre nom et profanent les jours consacrés à votre culte. Ah ! puissè-je offrir quelque satisfaction à votre Cœur divin! puissè-je réparer l’ingratitude dont vous êtes la victime de la part du plus grand nombre des hommes! Je voudrais pouvoir vous prouver combien je désire, en présence de tous, honorer votre Cœur adorable, répondre par l’amour à son immense amour, et accroître de plus en plus votre gloire. Je voudrais pouvoir obtenir la conversion des pécheurs et secouer l’indifférence de tant de chrétiens qui, peu sensibles au bonheur d’ètre les enfants de l’Eglise votre épouse, n’ont à cœur ni ses intérêts, ni ceux de votre gloire. Je voudrais pouvoir désabuser ces catholiques qui, tout en se distinguant par les œuvres extérieures de charité, demeurent trop attachés à leurs opinions, répugnent à se soumettre aux décisions du Saint-Siège, ou nourrissent des sentiments peu conformes à son enseignement; je voudrais qu’ils comprissent enfin que celui qui, en toutes choses, n’écoute pas l’Église, n’écoute pas Dieu toujours présent en elle.

Pour atteindre ces fins si pures et si hautes, pour obtenir le triomphe et la tranquillité stable de l’Église, votre Épouse sans tache, la consolation et la prospérité de votre Vicaire sur la terre, l’accomplissement de ses saintes intentions, la sanctification et la perfection toujours croissantes du clergé, la réalisation de vos desseins, ô mon Jésus! et la pleine satisfaction de votre divine volonté, la conversion des pécheurs et le progrès des justes; pour assurer le salut de nos âmes, enfin pour plaire à votre trè6 aimable Cœur.

Prosterné à vos pieds, en la présence de la très sainte Vierge Marie et de toute la cour céleste, je reconnais solennellement que, par tous les titres de justice et de

i. Voir le texte du décret : Nilles, op. et loc. cit., p. 207.

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