‹ La France et le Sacré CœurChapitre 108 sur 148 · PIE IX ET LE SACRÉ CŒUR · texte numérisé non relu

PIE IX ET LE SACRÉ CŒUR

Composition de G. Ricci. Estampe conservée au musée eucharistique de Paray.

Le 22 avril i S7 5, Pie IX, faisant siens des vœux partis surtout de France, rendit un décret par lequel il ordonnait la consécration de la catholicité tout entière au Sacré Cœur. Cette consécration eut lieu le 16 juin 1875, deuxième centenaire de la plus mémorable des révélations de Paray-le-Monial.

reconnaissance, je vous appartiens entièrement et uniquement, ô Je'sus! mon Rédempteur, unique source de tout bonheur spirituel et temporel; et m’unissant à l’intention du Souverain Pontife, je me consacre moi-même, avec tout ce qui m’appartient, à votre Cœur sacré, que je m’engage à aimer et à servir de toute mon âme, de tout mon cœur et de toutes mes forces, en m’appropriant vos volontés et conformant tous mes désirs aux vôtres.

Pour vous donner une marque publique de la sincérité de cette consécration, je déclare solennellement devant vous, ô mon Dieu! que je veux à l’avenir honorer votre divin Cœur en observant, suivant les règles de l’Église, les dimanches et les lètes de précepte, et en usant de toute mon autorité pour en assurer autour de moi l’observance.

C’est à votre aimable Cœur, ô Jésus! que je confie tous ces saints désirs et les résolutions que votre grâce m’a inspirées, dans l’espérance de pouvoir par là compenser, en quelque manière, les injures que vous recevez de l’ingratitude des hommes, et trouver pour mon âme et les âmes de tous les miens ma félicité et la leur dans cette vie et dans l’autre. Ainsi soit-il.

Il nous est impossible de raconter les grandioses manifestations de cette belle journée dans l’Église universelle. De tous les pays du monde arrivaient des mandements épiscopaux et les récits les plus édifiants. Disons seulement avec le Messager :

« Le 16 juin 1875 comptera parmi les jours glorieux de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus. A la parole du Souverain Pontife, le monde catholique s’est levé et nous avons été tous les heureux témoins de ce mouvement sans exemple. En plus d’un lieu, cette solennité a revêtu un caractère public; les édifices et les habitations particulières ont été illuminés. Partout on a vu les églises remplies, la table sainte assiégée, des multitudes d’hommes se rencontrant dans une même pensée au pied des tabernacles et des emblèmes du Sacré Cœur, pour se consacrer à ce Maître très puissant et très doux. Bien des cœurs, jusque-là indifférents, ont été comme obligés de céder à une influence qu’ils n’avaient jamais encore ressentie. A la vue de ce prodigieux élan, nous dit-on, des libres penseurs s’écriaient avec stupéfaction : « Ce n’est pas possible, « il y a quelque chose dans l’air ! » Ils disaient vrai : c’était l’Esprit- Saint. Les scènes édifiantes de ce jour se répétèrent. sous des formes diverses, mais avec un même caractère et un même éclat sur tous les points du globe. Il nous a été donné de voir un grand spec-

RAPIDE DEVELOPPEMENT DU CULTE DU S. CŒUR 2g3

tacle, et, pour nous servir des expressions de Mgr Pie, nous avons contemplé « l’Église entière à genoux implorant le pardon « du monde par le Cœur de Celui qui a racheté le monde, et « qui, intercédant pour nous dans le ciel, a été par là même le « Pontife de cette immense prière1 ».

On ne l’a pas oublié, le 16 juin 1870 était l’anniversaire, deux fois séculaire, du jour éternellement béni où la Vierge de Paray entendait la grande parole : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes!... » Que d’événements depuis! Le premier siècle vit la dévotion du Sacré Cœur lutter laborieusement contre les préventions irréfléchies, contre le jansénisme et l’incrédulité : elle ne se propagea guère que dans l’ombre des cloîtres. Le siècle suivant, qui touche à son terme, à travers des révolutions inouïes, aura assisté au complet développement du culte de l’amour. La vieille monarchie française et mille institutions vénérables ont disparu, emportées par l’ouragan : l’œuvre confiée à la pauvre fille de saint François de Sales n’a fait que grandir; non seulement elle vit, elle triomphe ! La fête du Sacré Cœur est célébrée par toute la terre, et l’univers entier lui a été consacré.

Reste la consécration spéciale et nationale de la France demandée en 1689 : peut-on regarder vers Montmartre sans y voir l’aurore infaillible de son accomplissement?

Page 1