CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES NOUVELLEMENT FONDÉES
Avant de franchir cette’ dernière étape de nos récits, signalons ici trois congrégations religieuses nouvelles qui ont surgi ou se sont développées sous l’influence plus ou moins directe de la définition de l’immaculée Conception en 1 85q, et qui se rattachent par des liens sensibles au Cœur sacré de Jésus.
La première en date est celle des Religieuses de la Retraite ou de Notre-Dame du Cénacle , née dès 1 832 , près du tombeau de saint
1. Nous empruntons le récit qu’on vient de lire à l 'Histoire abrégée du Messager du Cœur de Jésus, par le P. E. Méric. Toulouse, 1886.
Jean-François Régis, à la Louvesc, sur les montagnes du Vivarais, mais dont l’extension est beaucoup plus récente. Le Cénacle possède à des titres particuliers la très sainte Eucharistie, ce mémorial de la Passion du Seigneur, ce don par excellence du Cœur de Jésus. C’est au Cénacle que cet admirable sacrement a été institué, qu’il a reçu les adorations de Notre-Dame et des apôtres, et que le saint sacrifice de la messe a été offert pour la première fois. Là, saint Jean le bien-aimé reposa sur le Cœur de son Maître et en pénétra les merveilleux secrets. Là encore, la sainte Vierge s’est retirée, le soir de la Passion, pour contempler le mystère du Cœur divin, qu’elle venait de voir transpercer par la lance. Et là enfin, après l’Ascension et la Pentecôte, Marie « a perservéré » dans le souvenir des souffrances de son Fils, « dans l’oraison et dans la fraction du pain ». Aussi, le culte fervent de la divine Eucharistie et du Sacré Cœur est-il pratiqué au nouveau Cénacle sous forme d’adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement. D’ailleurs, un institut qui a pour mission spéciale de travailler de toutes ses forces au salut et à la sanctification du prochain, surtout en facilitant l’usage des Exercices spirituels, ne peut oublier les magnifiques promesses que le Sacré Cœur a daigné faire à ses amis : « Ceux qui s’emploient à sauver les âmes recevront le don de toucher les pécheurs les plus endurcis; les âmes tièdes deviendront ferventes; les âmes ferventes s’élèveront rapidement à la plus haute perfection.» (Paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ à la bienheureuse Marguerite-Marie.)
Le jour même où Pie IX proclamait le dogme de l’immaculée Conception, une femme embrasée du zèle de la gloire de Dieu, Emilie d’Oultremont, baronne d’Hooghvorst, prenait aux pieds de la Vierge l’engagement formel d’exécuter le dessein, conçu depuis longtemps, de fonder une congrégation nouvelle sous le nom de Marie Réparatrice. Ce titre indique assez le but poursuivi, qui est de réparer autant que possible, en union intime avec le Cœur de Marie, et par lui avec le Cœur de Jésus, les outrages infligés à la divine Majesté et le mal causé aux hommes par le péché. Rien
n’est plus conforme à l’esprit de la dévotion du Sacré Cœur, telle qu’elle fut révélée à la sainte visitandine de Paray-le-Monial. La pieuse fondatrice mit aussitôt la main à l’œuvre, et c’est le 2 mai 1 858, au couvent de Strasbourg, qu’elle prononça ses premiers vœux avec quelques compagnes. Des brefs successifs de Pie IX soutinrent les commencements de la société naissante, et en 1 883 un décret de Léon XIII l’a définitivement approuvée ainsi que ses constitutions. Elle compte aujourd’hui vingt et une maisons, parmi lesquelles je remarque celles de Paris, de Liège, de Londres, de Limerick, de Séville, de Rome et de Jérusalem h
La Société des Auxiliatrices du Purgatoire est à peu près contemporaine de la précédente. La première inspiration en fut donnée le ier novembre 1 853, pendant le salut du Saint Sacrement, à une ancienne élève du Sacré-Cœur, Mlle Smet, de Lille. Divers obstacles la retiennent dans sa famille jusqu’au 21 novembre 1 855 . Ce jourlà, sous les auspices de la Vierge présentée au Temple, elle obtient le consentement maternel, et encouragée par certains signes providentiels, soutenue par les avis prophétiques du saint curé d’Ars, elle vient se fixer à Paris, rue Saint-Martin. On eut beaucoup à souffrir dans cette installation provisoire, qui ne fut remplacée que le ier juillet 1 856 par la maison de la rue de la Barouillère, destinée à devenir la maison-mère delà nouvelle Congrégation. C’est là que le 27 décembre, fête du disciple aimé de Jésus, la fondatrice, appelée désormais Marie de la Providence, et cinq autres religieuses, prononcèrent leurs premiers vœux. Les Auxiliatrices, que leur costume austère et très modeste, mais presque séculier, ferait aisément prendre pour « des dames en deuil », ont adopté comme devise ces trois mots, dont le V. P. du Pont a fait le programme même de la perfection évangélique : Prier, agir, souffrir; et elles y ajoutent : pour les âmes du Purgatoire, afin de se rappeler sans cesse l’objet propre de leur vocation. Au son de l’heure, elles font
1. La gracieuse chapelle byzantine de Marie Réparatrice, à Nantes, est ornée d’une grande et belle fresque en l’honneur du Sacré Coeur, due au pinceau de M. Félix Douillard.
cette prière : « Mon Dieu, nous vous offrons pour les âmes du Purgatoire tous les actes d’amour par lesquels le Sacré Cœur de Jésus vous a glorifié, pendant cette même heure, lorsqu’il était sur la terre. » La visite des malades pauvres, le soin spirituel des enfants et des vieilles femmes délaissées, des écoles professionnelles de jeunes ouvrières, des associations toutes pieuses et toutes charitables de dames et de jeunes filles du monde, en un mot, toutes leurs œuvres extérieures, non moins que leur formation religieuse, les ramènent sans cesse à l’humilité et à la douceur du Cœur de Jésus. L’Institut du Purgatoire, qui n’a point voulu d’autre règle que celle de saint Ignace, à peine béni et consacré par l’approbation apostolique, s’est répandu hors de France, en Belgique, en Angleterre, en Italie, et jusqu’en Chine, où il prête le plus utile concours aux missionnaires du Kiang-nan.
Le Sceau de 1 Amour divin
Tiré des Œuvres du B. François de Sales. Paris, Sébastien Huré, 1 652 .
Le Cœur de Jésus recevant les adorations des anges.
Tiré de la Vie de la Mère Marguerite-Marie, par Mgr Languet. Paris, 1729.