‹ La France et le Sacré CœurChapitre 13 sur 148 · S. LOUIS, LE « SERGENT DE N.- S. JESUS -CHRIST · texte numérisé non relu

S. LOUIS, LE « SERGENT DE N.- S. JESUS -CHRIST

Avant son départ pour la croisade, saint Louis reçoit la bénédiction de l'évêque de Paris.

JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES

passant par les Richelieu, les d’Amboise, les Suger, les Alcuin, jusqu’à ces saint Ouen, ces saint Léger, et tant d’autres si distingués dans la nuit de leur siècle, « véritables Orphées de la France, qui apprivoisèrent des tigres et se firent suivre par des chênes ». Mais tandis que le sacerdoce était en France une des trois colonnes qui soutenaient le trône, et qu’il jouait dans les comices de ia nation, dans les tribunaux, dans les ministères, dans les ambassades, un rôle si important, on n’apercevait pas ou l’on apercevait peu son influence dans l’administration civile; et lors même qu’un prêtre était premier ministre, on n’avait pas en France un gouvernement de prêtres, tant les influences étaient bien balancées1.

Telle est la France véritable, celle que nos évêques, siégeant au conseil des rois, avaient construite de leurs mains, selon une expression célèbre, comme les abeilles construisent leur ruche. Elle éclate en chants, tour à tour tendres et sublimes, dans ces épopées héroïques du moyen âge, que la critique, mieux inspirée, étudie enfin avec amour. Elle créa l’architecture vraiment inimitable de nos cathédrales et les chefs-d’œuvre de la science sacrée. Ses annales ont pu, sans mensonge, s’intituler : Gestes de Dieu par les Francs, gesta Dei per Francos. C’est la France de la chevalerie et des croisades, la France des Godefroy de Bouillon, des Villehardouin, des saint Louis, des Du Guesclin, des Boucicaut, des Bayard, des Pierre d’Aubusson, des Turenne; la France de notre grande littérature encore si chrétienne du dix-septième siècle; la France aussi des héros de la Vendée et des martyrs de Castelfidardo et de Loigny!

La foi anime, gouverne, inspire tout, hommes et choses. Et parce que cette foi est profonde, ardente, passionnée, elle ne peut se renfermer en elle-même, elle fait explosion par le prosélytisme.

Le prosélytisme, notre élément, notre puissance et notre gloire : encore un trait caractéristique de la nation très chrétienne !

Rappelons quelques faits trop oubliés. Clotilde convertit Clovis , et Clovis combat l’arianisme, dont il achève la ruine aux plaines de Vouillé. Ingonde , princesse du sang de Clovis, gagne à la foi

i. Jos. de Maistre, Considérations sur la France, ch. vin.

LA FRANCE ROYAUME TRÈS CHRÉTIEN

de Nice'e son époux Herménégilde, qui bientôt après, par son martyre même, prépare la conversion de l’Ibérie tout entière. Berthe. autre princesse mérovingienne, met son influence au service de saint Grégoire le Grand et de ses missionnaires romains, dont le chef, le saint moine Augustin, deviendra le premier archevêque de Cantorbéry. C’est ainsi qu’elle arrache aux ténèbres du paganisme son mari Ethelbert, roi anglo-saxon de Kent, que les sept royaumes de l’heptarchie ne tarderont pas à suivre au sein de l’Eglise.

Plus tard, Dagobert, dont certains désordres privés ne doivent pas nous faire méconnaître les qualités royales, introduit l’Église dans les Flandres, où elle jeta de si profondes racines-, Charles Martel, dans la Frise; Charlemagne, dans la Saxe, la Westphalie, la Bohême, la Hongrie, la Moravie, c’est-à-dire dans la plus grande partie de l’Allemagne.

Les siècles s’écoulent et les saintes traditions de prosélytisme chrétien se perpétuent sur le trône comme au sein de la nation. Saint Louis envoie des apôtres chez les Tartares; Henri IV, en Acadie et dans le Canada, cette Nouvelle France en qui se survit aujourd’hui la meilleure France du passé; Louis XIII, au Tonkin et en Cochinchine; Louis XIV, au Sénégal, à Madagascar, en Tunisie, à Siam et à la cour impériale de Pékin, qui reçoit de simples religieux comme ambassadeurs officiels du grand roi : tandis que dans les Échelles du Levant le même prince, en cela vraiment très chrétien, se fait partout le protecteur déclaré des missionnaires contre la violence ou la rapacité musulmane, et qu’aux portes mêmes de son royaume il oblige le fanatisme calviniste à tolérer dans Genève la célébration de la messe catholique, interdite depuis Calvin sous peine de mort.

Chose étrange! La France même de la Convention et la France politiquement athée de l’heure présente n’ont pu répudier ce glorieux héritage de protectorat chrétien dévolu à notre pays. A défaut de sens religieux , un reste de sens patriotique révèle aux petits hommes d’État de la Révolution que l’influence catholique se confond à l’étranger avec l’influence française, et que l'Évangile demeure la seule préparation possible à une colonisation sérieuse.

JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES

Mais ils ont beau faire, cette source est trop abondante et trop généreuse pour s’épuiser jamais. Entre toutes les nations catholiques, la France est encore celle qui fournit aux missions étrangères les plus nombreuses et, disons-le, les plus vaillantes recrues. Le sang de nos martyrs n’a pas cessé d’arroser les plages infidèles. A l’heure où nous traçons ces lignes, toutes les contrées de la terre, du Japon aux forêts du Napo équatorien, de la Chine aux Montagnes Rocheuses, du Thibet au Maduré, du Groenland à la Syrie, à l’Égypte, au Zambèse, à Madagascar, aux îles de l'Océanie, etc., saluent avec admiration dans des fils de la France les intrépides messagers de la bonne nouvelle.

Il y a plus. Notre sol, toujours fertile en nobles pensées comme en vrais dévouements, n’a-t-il pas enfanté presque sous nos yeux et fait rapidement croître jusqu’au plus magnifique développement cette œuvre si simple, si grande, si catholique de la Propagation de la Foi, par laquelle souvent aujourd’hui, à défaut de largesses royales , l’obole du pauvre devient la seule ressource humaine des apôtres de Jésus-Christ? Depuis, l’on a vu successivement d’autres œuvres d’apostolat extérieur , telles que la Sainte-Enfance et les Écoles d’Orient , auxquelles sont venues se joindre diverses œuvres d’apostolat extérieur, comme celles de Saint-François de Sales , des Campagnes , des Écoles chrétiennes , du Vœu national , des Cercles catholiques d'ouvriers , etc., adresser de nouveaux et très fructueux appels à la charité française : malgré tout, les recettes de leur sœur aînée, considérées en quelque sorte comme la dette sacrée de notre prosélytisme conquérant , se sont maintenues au chiffre annuel d’environ cinq millions de francs.

Non, non, la France n’a pas été en vain proclamée le royaume très chrétien; et ce n’est pas en vain que l’illustre pape Pie II s’écrie dans le transport de sa reconnaissance : « En vérité, il semble que les Français et leurs rois aient été choisis de Dieu pour propager l’Évangile par toute la terre. Voilà leur plus beau titre d’honneur ! »

La France croisée partant pour la Terre-Sainte.

La France chrétienne, obéissant à l’appel du pape Urbain II. dans le concile de Clermont, se lève au cri de « Dieu le veut ! » — Dessin de Boucher, dans l 'Histoire de France du P. G. Daniel. Paris, 1729.

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