DE LA FRANCE
ac he un chacun que Dieu a montré et montre chaque jour qu’il a aimé et qu’il aime le royaume de France, et qu’il l’a spécialement élu en héritage et pour entretenir par son moyen la sainte foi catholique et la remettre du tout sus. Et pour ce, Dieu ne veut pas le laisser perdre. Mais sur tous les signes d’amour qu’il a envoyés au royaume de France, il n’y en a point
Tiré de l’Histoire sainte du P. N. Talon. si grand ni de si merVeilleUX ,
Paris’ lé59- comme celui de cette Pucelle. »
Ainsi parle, dans le Registre DelphinaR , un grave magistrat, contemporain de Jeanne d’Arc, Mathieu Thomassin.
i. Voir Procès de Jeanne d’Arc, t. IV, p. 3cf).
JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES
Voici, en elïet, le plus grand, ou du moins le plus extraordinaire, le plus visiblement miraculeux des dons du Ciel à la France, une libératrice inspirée, Jeanne d'Arcl C’est là un fait inouï, un privilège à part, qui n’a d’analogue que dans l’histoire de l’ancien peuple de Dieu. Interrogez, scrutez les annales des autres nations : vous n’y trouverez rien de semblable. Seul, le royaume des Lys a sa Débora, son Esther, sa Judith. Mais plus vaillante encore, plus gracieuse et plus pure, plus douce surtout et plus généreuse que ces illustres héroïnes du vieux Testament, notre libératrice ne verse pas le sang, et ses mains virginales n’en porteront jamais la moindre tache. Elle déploie sa blanche bannière, où brillent ces mots naïfs et triomphants : Jésus! Maria! elle marche ainsi à la tête des bataillons qu’elle entraîne, et «en son Dieu» les mène à la victoire.
Etonnante prédilection du Seigneur pour son peuple de France! Quand tout est désespéré, lui-même daigne intervenir! Les Anglais étaient maîtres des trois quarts du territoire. Leur roi Henri V avait été couronné roi de France à Paris même. Notre roi Charles VII, réduit à n’être plus que le roi de Bourges, se laissait dire sans rougir, « que jamais prince ne perdit plus gaiement son royaume ». Au reste, plus d’armée, plus d’argent, presque plus de patrie. Partout des factions, partout des ruines, et en beaucoup d’endroits des massacres et des excès hideux, qui le cèdent à peine aux récentes horreurs de la Commune parisienne. C’en était fait, ce semble, de la France. Jamais elle n’avait été si bas; et, ne craignons pas de l'affirmer, notre situation présente, si déplorable soit-elle, nous laisse bien plus de ressources et de gages d’avenir que notre situation d’alors.
Jeanne paraît! c’est une jeune fille inconnue, une petite bergère. A peine a-t-elle fait reconnaître sa mission divine, tout change de face, tout renaît. Orléans est délivré. Les cœurs se raniment. Les vieux guerriers suivent cet ange, cette envoyée d’en haut. Patay est témoin d’un premier et éclatant triomphe : Patay où, cinq siècles plus tard, pour sauver au moins l’honneur français, les soldats du Cœur de Jésus et du Pape verseront leur noble sang, mais sans autre victoire que celle des martyrs!... L’ennemi épou-
JEANNE D’arc MARCHANT VERS ORLEANS
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secours au*endmoi rV r “ ^ " eSt .moI’.ne Peut ^ouvrer le royaume de France, et il n’y a secours quen moi... C est pour cela que je suis née. » J
JÉSUS-CHRIST HT NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES
vanté fuit de toutes parts. Troyes ouvre ses portes, Reims n’oppose aucune résistance; et c’est là qu’en présence du drapeau de Jeanne, qui « devait être à la gloire après avoir été à la peine », Charles, désormais le Victorieux , reçoit la solennelle onction des rois.
Il est vrai, quelque dix ans plus tard, l’héroïque Pucelle, victime de son ardeur et de son dévouement, ou plutôt par un secret dessein de la Providence, tombe aux mains des Anglais, est jetée en prison, soumise aux plus indignes traitements, et, malgré l’irrésistible éloquence de ses réponses, condamnée au feu par un tribunal infâme. L’humble fille des champs pleure en montant sur son bûcher. Mais bientôt, retrouvant toute sa vigueur, elle demande une croix, l’embrasse, et ne cesse plus de la presser contre sa poitrine, jusqu’à ce que son âme, blanche colombe, s’envole dans un dernier appel au roi Jésus. Voilà comment elle meurt, empruntant à son infortune même « ce je ne sais quoi d’achevé que le malheur donne à la vertu ». 11 y a plus, ces flammes imméritées couronnent son chaste front d’une auréole nouvelle, en faisant de l’héroïne une martyre. Et il le fallait ainsi, pour qu’elle remplît sa mission tout entière. C’est une loi universelle, surtout depuis le Calvaire, que nul n’entre dans la gloire que par le chemin de l’épreuve, et aussi, que le pardon, que le salut pour les peuples comme pour les individus, ne viennent que par l’expiation : loi qui se vérifie dans le bûcher de Jeanne, comme elle se vérifiera un jour dans l’échafaud de Louis XVI.
« O Dieu! s’écriait dès 1844, dans un magnifique élan d’enthousiasme, le futur évêque de Poitiers *, ô Dieu! dont les voies sont belles, qui marchez par un chemin virginal, soyez béni d’être venu à notre aide par des mains si pures et si dignes de vous! Soyez béni d’avoir fait notre Jeanne si belle, si sainte, si immaculée! Je cherche en vain ce qui pourrait manquer à mon héroïne : tous les dons divers s’accumulent sur sa tête; pas une pierrerie à joindre à sa couronne. Par l’esprit et par le cœur, je ne connais rien de plus français que Jeanne d’Arc, rien de plus mystique et 1. Œuvres du cardinal Pie, t. Ier, Panégyrique de Jeanne d’ArC.