‹ La France et le Sacré CœurChapitre 18 sur 148 · JEANNE D’ARC, LIBÉRATRICE INSPIRÉE · texte numérisé non relu

JEANNE D’ARC, LIBÉRATRICE INSPIRÉE

de plus naïf; en elle la nature et la grâce se sont embrassées comme soeurs; l’inspiration divine a laissé toute sa part au génie national, tout son libre développement au caractère français; c’est une extatique chevaleresque, une contemplative guerrière; elle est du ciel et de la terre; c’est une martyre qui pleure, c’est une sainte qui n’a pas d’autels; que l’on vénère, que l’on invoque presque, et qu’il est permis de plaindre; que le prêtre loue dans le temple, que les citoyens exaltent dans les rues de la cité; modèle à offrir aux conditions les plus diverses, à la fille des pâtres et à la fille des rois (elle a prouvé, elle aussi, qu’elle savait comprendre la noble et sainte figure de Jeanne), à la femme du siècle et à la vierge du cloître, aux prêtres et aux guerriers, aux heureux du monde et à ceux qui souffrent, aux grands et aux petits; type le plus complet et le plus large au double point de vue de la religion et de la patrie; figure historique qui n’a son semblable nulle part, Jeanne d’Arc, c’est une douce et chaste apparition du ciel au milieu des agitations tumultueuses de la terre, une île riante de verdure dans l’aride désert de l’histoire humaine, un parfum de l’Éden dans notre triste exil, et, pour parler le langage de saint Augustin, c’est Dieu venant à nous, cette fois encore, par un sentier virginal. Car Jeanne d’Arc est de Dieu; elle est l’envoyée de Dieu, elle n’a cessé de le dire. Et quel Français se sentirait le triste courage de nier le témoignage des paroles de Jeanne, si magnifiquement confirmé par le témoignage de ses œuvres et par le témoignage de sa vie et de sa mort? Et cela, pour ne pas reconnaître cette vérité si consolante, savoir : que Dieu aime la France, et qu’au besoin il la sauve par des miracles.

« Prince de Bourgogne, écrivait Jeanne à l’ennemi de son roi, je « vous fais assçavoir, de par le Roy du Ciel, pour votre bien et votre « honneur, que vous ne gaignerez poinct bataille à l’encontre des « loyaulx Françoys, et que tous ceulx qui guerroyent contre le dict « sainct Royaulme de France guerroyent contre le Roy Jésus, Roy « du Ciel et de tout le monde; s’il vous plaist aguerroyer, allez sur « le Sarrasin. » Vous l’entendez? Le saint royaume de France, le Royaume des loyaux Français, c’est le royaume de Dieu même; les

JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES

ennemis de la France, ce sont les ennemis de Jésus. Oui, Dieu aime la France, parce que Dieu aime son Église, rapporte tout à son Eglise, à cette Église qui traverse les siècles, sauvant les âmes et recrutant les légions de l'éternité; Dieu, dis-je, aime la France, parce qu’il aime son Église, et que la France, dans tous les temps, a beaucoup fait pour l’Église de Dieu. »

Saluons, en passant, avec l’éloquent orateur, cette « fille des rois »,

Qui courait à sa mère au doux nom de Marie , cette aimable princesse,

Aux mains pleines d’aumône et riches de pense'es *,

dont le virginal ciseau sut tirer d’un marbre pur la figure idéale de notre libératrice, et contribua puissamment à populariser sa mémoire, en lui rendant sa véritable physionomie, naïvement sublime.

Aussi « la sainte qui n’avait point d’autels », si ce n’est dans les cœurs, avance-t-elle à grands pas, sous nos yeux, vers les honneurs suprêmes de l’apothéose catholique. Un mouvement immense, chaque jour plus fort, parti de France, parti d’Orléans comme il convenait, auquel s’associent à l’envi l’épiscopat, le clergé, tout ce qu’il reste encore de chrétien et de patriotique dans les diverses classes de la société française, mouvement qui se propage jusqu’en Angleterre, et trouve à Rome même le plus encourageant accueil, annonce et prépare l’heure sans doute prochaine, où, dans les diptyques sacrés, à côté du nom des Clotilde, des Geneviève, des Bathilde, des Radegonde, des Jeanne de Valois, sera inscrit le nom peut-être plus glorieux encore de sainte Jeanne d’Arc, vierge et martyre. Et qu’on le remarque bien, nul n’entend rester étranger à cette explosion, un peu tardive mais si spontanée, de la reconnaissance nationale : prêtres et laïques, savants et ignorants, riches et pauvres, patrons et ouvriers, croyants et même incroyants, se rencontrent ici dans la communauté de l’admiration, de la gratitude et de l’espérance. Non, jamais assurément, depuis le bûcher de Rouen, ne retentit une acclamation aussi unanime.

i. A. de Musset, le Treize Juillet.

MONUMENT DE JEANNE D’ARC, A ORLÉANS D’après les Antiquités nationales de Millin. Paris, 1791. — Sur l’une des faces du piédestal, on lisait en latin l’inscription suivante : « De leur piété envers Dieu, — De leur dévotion à la divine Mère, — De leur fidélité au roi, — De leur amour pour leur patrie, — De leur reconnaissance pour la Pucelle, — Les citoyens d’Orléans ont relevé — Ce monument, — L’an du Seigneur M.DCC.LXXI. » — Le premier monument, érigé en 1468, fut détruit par les protestants en 1567. Relevé en 1571, il fut déplacé en 1745 et rétabli en 1771. La gravure ci-dessus représente ce dernier monument avant sa destruction définitive en 1792.

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Ce jour-là on ne parlera plus de la séparation de l’Église et de l’État, follement rêvée par une poignée de coupab.es sectaires. Sur le nom de Jeanne d’Arc, nom béni et cher à tout bon Français, la réconciliation serait-elle donc bien difficile à ménager; et dans la fête doublement patriotique qu’appellent tant de vœux, ne verronsnous pas les pouvoirs publics d’alors se faire un devoir et une joie d’associer l’éclat des manifestations officielles aux magnificences des pompes sacrées ?

A l’aurore d’un si grand jour, qui oserait encore parler de découragement? Loin de nous ces noires pensées! L’heure n’est plus à la pusillanimité, elle est à la confiance. Dieu n’a-t-il pas assez montré qu’il nous aime toujours, et que, même quand il décharge sur nous les coups les plus terribles, c’est notre conversion qu’il veut et non pas notre mort? On nous dit que la situation présente, humainement désespérée, ne peut être sauvée que par un miracle : eh bien ! s’il faut un miracle, Dieu le fera. Ce ne serait certes pas la première fois qu’à l’heure marquée par sa Providence, et selon des voies inconnues à notre courte sagesse, Dieu susciterait un libérateur, quelque nouveau saint Louis, tel que le réclament les besoins de l’Église, de la France et du monde.

Que si le chef chrétien de l’avenir, en parcourant les rues de sa capitale, y rencontre encore, entre tant d’autres statues qui la souillent et appellent la foudre du ciel, la statue de Voltaire, oui, de Voltaire, le blasphème vivant, l’ennemi personnel de Jésus-Christ, le vil adulateur du «grand Prussien », le trafiquant d’esclaves déguisé en philanthrope, et, pour comble, l’insulteur immonde de la chaste Pucelle; ah! sans doute, dans un trop juste élan d’indignation, il la fera traîner aux gémonies, vengeant à la fois l’injure de la religion et de la patrie !

Saint Michel et ses anges luttant contre le dragon.

Miniature d’une Apocalypse du xive s., ayant appartenu à M. Ambr. Firmin-Didol.

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