‹ La France et le Sacré CœurChapitre 20 sur 148 · L’ARCHANGE SAINT MICHEL · texte numérisé non relu

L’ARCHANGE SAINT MICHEL

Tiré du tabiean de V Assomption de la Vierge , du Pérugin. (Académie des Beaux-Arts, à Florence, xvi° siècle.) — Avant la ruine du temple de Jérusalem et la dispersion des Juifs, quand déjà tout présageait l’horrible catastrophe, on entendit, au rapport de l’historien Josèphe, les anges du sanctuaire s'écrier : «Sortons, sortons d’ici! » Un ancien texte rabbinique ajoute que les régions occidentales furent dès lors confiées au gouvernement de saint Michel ; comme si, justement à cette heure, le glorieux archange s’était envolé vers Rome et vers nos contrées, pour en prendre possession et y établir le siège de son nouvel empire... La France chrétienne, en effet, ne devait pas tarder à naître et a grandir, pour devenir dès son berceau, sous l’égide de saint Michel, le soldat du Christ et de son Eglise.

N’est-ce pas là précisément le sens de la célèbre vision apocalyptique? Une femme couronnée gémit dans les douleurs de l’enfantement; près d’elle un dragon veille, qui s’apprête à dévorer

JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES

son fruit. Mais saint Michel accourt : armé de la puissance d'en haut, il terrasse le monstre, il délivre la mère et l’enfant. Ainsi, d’âge en âge, sous le nom de synagogue juive, de Rome païenne, d’hérésie aux mille tètes, de barbarie du Nord, de mahométisme, de schisme, de simonie, de césarisme, de révolution, de faux libéralisme, le dragon infernal ne cesse de persécuter la sainte Église de Dieu, la véritable mère des élus, et met tout en œuvre pour l’anéantir avec son peuple fidèle. Par bonheur l’archange est là, l’épée flamboyante à la main; et la honteuse défaite qu’il infligea dans les cieux aux anges rebelles, il la fait constamment subir sur la terre à leur audace toujours renaissante. Ainsi l’Église demeure debout, inébranlable aux coups de l’enfer.

Mais quel est l’instrument extérieur et visible dont Dieu se sert le plus souvent pour faire triompher sa cause? Un peuple choisi et privilégié, qu’il constitue en quelque sorte son porte-glaive. Avant Jésus-Christ, ce fut le peuple hébreu; depuis Jésus-Christ, c’est le peuple franc. Cette mission, qui d’ailleurs n’est nullement exclusive, a été suffisamment démontrée; je la suppose ici admise, et je conclus : Si saint Michel a été le patron spécial de l’ancien peuple chargé seulement de garder le feu sacré de la promesse, combien plus légitimement ne doit-il pas l’être du peuple nouveau, chargé de défendre, de propager, de consolider le règne du Sauveur déjà venu et vivant dans son Église.

Et ceci n’est point pure conjecture. Avant la ruine du temple de Jérusalem et la dispersion des Juifs, quand déjà tout présageait l’horrible catastrophe, on entendit, au rapport de l’historien Josèphe, les anges du sanctuaire s’écrier : « Sortons, sortons d’ici ! « Un ancien texte rabbinique ajoute que les régions occidentales furent dès lors confiées au gouvernement de saint Michel : comme si, justement à cette heure, le glorieux archange s’était envolé vers Rome et vers nos contrées, pour en prendre possession et y établir le siège de son nouvel empire; en sorte que l’on put dire, au sens religieux, et avec une légère altération des vers fameux de Corneille :

Un grand destin commence, un grand destin s’achève;

Solyme est prête à choir, et la France s’élève.

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LE MONT SAINT-MICHEL D’après la gravure de C. Chastillon. — Dix-septième siècle.

JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES

La France chrétienne, en effet, ne devait pas tarder à naître et à grandir, pour devenir dès son berceau, sous l’égide de saint Michel, le soldat du Christ et de son Église.

Au fond de la baie formée par la jonction des côtes de Normandie et de Bretagne, à deux kilomètres environ du rivage, un mont s’élance d’une base de 900 mètres de circonférence jusqu’à 80 mètres au-dessus des flots. Deux fois par jour, à la marée basse, l’île se trouve reliée au littoral par la plage méridionale laissée à sec. Mais la mer, qui semble s’être courtoisement retirée quelques heures pour livrer passage aux pèlerins, s’empresse bientôt de recouvrir l’immense grève de ses ondes impétueuses, dont la course égale, dans les grandes marées, le galop d’un cheval.

Dès les temps les plus reculés, la mystérieuse pyramide de granit fut l’objet d’une sorte d’effroi religieux, et on l’appela « la terreur de l’Océan ». Les druides y adorèrent le soleil sous le nom de Bélénus, et les Romains remplacèrent Bélénus par Jupiter. L’idolàtrie n’en fut définitivement chassée qu’au sixième siècle, par saint Paterne, le puissant évangéliste de ces parages.

Enfin, l’an 708, eut lieu la fameuse apparition qui donna tant d’éclat au culte de saint Michel sur ce rocher prédestiné. Une nuit, saint Aubert, évêque d’Avranches, fut averti, par révélation céleste, de construire, au sommet du mont, un temple en l’honneur du grand archange. Une deuxième et une troisième apparition ayant dissipé les premiers doutes du pieux pontife, il se mit résolument à l’œuvre. La dédicace de la nouvelle église se fit avec une grande solennité le 16 novembre 709. La fondation d’une abbaye bénédictine y assura la pompe et la perpétuité du service divin *.

A partir de cette époque, le mont Saint-Michel — tel fut désormais son nom — devint le but d’un pèlerinage qui n’a pas discontinué jusqu’à la Révolution, et qui a repris dans ces derniers temps, comme tous les autres, sur la terre encore très chrétienne de France. Il n’est point d’honneurs que nos rois n’aient rendus à saint Michel, se plaisant à lui donner le titre et le rang de « Prince de l’empire des Gaules;» Princeps imperii Galliarum. En 81 3, Charlemagne, sur

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