AUTRES SAINTS PATRONS DE LA FRANCE
ejus in montibus sanctis ; « Cet empire a ses fondements dans les montagnes saintes. » On est encore en droit de lui appliquer cette parole du saint Évangile : « Jusqu’à présent elle a tenu bon contre tous les assauts réunis des vents et des orages. Les fleuves déchaînés se sont rués contre elle, et, comme une maison bâtie sur le roc, elle est restée debout. » Toujours la France restera debout, si les fondements qui la soutiennent demeurent à leur place. Mais si par malheur, — plaise à Dieu de ne jamais le permettre ! — les bases saintes sur lesquelles cette nation est assise viennent à être rejetées, et si la dévotion envers ses bienheureux patrons vient à faiblir au cœur de ses enfants, alors la France peut être certaine d’une chose, c’est qu’elle tombera.
Et un peu plus loin, l’annaliste conclut par ces réflexions écrites sous Henri IV, au sortir de nos affreuses guerres civiles 1 : « Nous avons insisté un peu sur ces religieuses solennités d’Orléans, afin de montrer à tous les yeux quel ferme point d’appui se donna, dès l'origine, cette nouvelle race royale. Si nous la voyons toujours sur le trône, en dépit des plus épouvantables révolutions, c’est grâce à la protection des Saints dont elle ne cesse d’implorer le secours et de propager magnifiquement le culte : exemple où se vérifie avec éclat l’oracle divin, que nulle tempête ne peut renverser un édifice bâti sur le Christ comme pierre angulaire et sur les Saints comme autant de pierres vivantes. »
Nous nous abstenons de toute application, et nous laissons au lecteur le soin de chercher dans ces grands souvenirs du passé la leçon de l’heure présente. Ajoutons seulement que nous sommes loin, très loin d’avoir nommé ou même rappelé ici tous les principaux patrons dont la France se glorifiait d’être la fidèle cliente. Sans nous arrêter à saint Remi, mentionné ailleurs comme il convient au second père de la nation, il faudrait montrer d’âge en âge chaque province, chaque église, chaque institution religieuse ou civile, chaque profession et corps d’état, arborant avec amour et fierté la bannière de son patron spécial, et tous ces
1. Baronius avait précédemment dédié son IXe volume à Henri IV, et sa dédicace constate encore magnifiquement la vocation providentielle de la France.
JÉSUS-CHRIST ET NOS PRIVILÈGES HISTORIQUES
patrons étendant, comme de concert, leur protection sur la patrie.
Il faudrait surtout signaler tant de princes et tant de princesses de nos maisons royales, qui, de Clovis à Louis XVI et de sainte Clotilde à Marie-Thérèse de France, ont fait briller sur le trône ou sur les marches du trône tout l’éclat des vertus chrétiennes, et dont un si grand nombre ont mérité les éloges, ou même les honneurs publics de l’Eglise. Mais le seul catalogue en serait long, et aurait-il grande utilité sans les développements biographiques où nous ne pourrions entrer ? D’ailleurs, plusieurs de ces illustres et saints personnages retrouveront leur place dans la seconde partie de ces études. Contentons-nous de remarquer ici qu’ils forment au-dessus de nos têtes comme une nuée d’augustes protecteurs : après avoir tant aimé la France sur la terre, comment ne l’aimeraient-ils pas au sein de Dieu ?
L’un d’entre eux, et assurément l’un des plus vertueux, Louis, dauphin, père du Roi-Martyr, qui, s’il avait régné, aurait peutêtre épargné à la France les malheurs et les crimes de la Révolution, nous a laissé une admirable prière, qui nous semble bien résumer les sentiments de tous ces vrais amis de la patrie française. La voici : « Père éternel, qui, depuis l’établissement de cette monarchie, lui donnez des marques d’une protection spéciale, accordez aux mérites et aux vœux de saint Louis, que ses descendants, que votre serviteur, que tout votre peuple, soient les imitateurs des vertus qu’il a pratiquées, afin que, conservant la paix au dedans et au dehors, nous soupirions uniquement après la joie de ce royaume, où les rois et les peuples, ne reconnaissant plus que vous pour pasteur et pour père, seront unis entre eux par les liens d’un amour éternel L »
i. Œuvres chrétiennes des familles royales de France, recueillies par Paul Viollet, p. 3oi. i vol. in-8. Paris, Poussielgue, 1870.
Louis Xlll et Anne o’Aulriclie consacrent à la sainte Vierge le royaume de France. Gravure de Le Pautre, dans la Véritable dévotion envers la sainte Vierge, par le P. Grasset. Paris, François Muguet, 1679.