‹ La France et le Sacré CœurChapitre 37 sur 148 · Voir Darras, Saint Denis l’Aréopagite, p. 181 et suiv · texte numérisé non relu

Voir Darras, Saint Denis l’Aréopagite, p. 181 et suiv

SES PRÉDILECTIONS DÈS NOS ORIGINES

Vie de saint Denys devint le signal d’une grande extension de son culte. C’est à partir de cette époque que l’emplacement même de son martyre, à mi-côte de la colline de Montmartre, est l’objet d’une vénération universelle attestée par beaucoup de monuments. Et ici le lecteur entendra avec plaisir un pieux biographe de saint Denys, qui, en 1624, sous Louis XIII, résumait assez exactement les faits les plus notables de ce culte traditionnel du saint martyr à Montmartre : nous respectons les grâces naïves de son vieux langage; nous n’en changeons que l’orthographe1.

« Saint Denys, dit-il, par la blancheur de son innocence massacrée en ce lieu, consacra ces montagnes à la dévotion; et Dieu y fit naître une religion de filles vierges et très chastes, comme fleurs de lis et roses blanches, pour rendre à jamais odoriférante la mémoire de saint Denys et de son heureux martyre.

« Là même où il versa son sang, Dieu fit naître encore une autre religion, la Compagnie de Jésus; et les premières pensées qui vinrent aux premiers saints et fondateurs de cet ordre, ce fut d’aller répandre leur sang au pays de saint Denys et en la Judée, pour convertir les ennemis de Dieu, ainsi que saint Denys était venu de là pour convertir la France à la foi de Jésus-Christ.

« Cette colline, jadis, était nommée Montagne de Mercure, ou, selon les autres, Mous Martis , « Mont de Mars » : le sang de saint Denys effaça la mémoire de ces idoles et en étouffa le nom, de façon que depuis on la nomma Montmartre « le cœur de la France », ainsi qu’on le lit dans une ancienne charte du roi Jean.

« La bonté des premiers chrétiens y dressa un petit oratoire, et, à la mode du temps, on y fit des lieux souterrains pour y prier Dieu en cachette, à cause de la rigueur de la persécution, et aussi pour y cacher un nombre incroyable de saints ossements des martyrs, qui y avaient versé leur sang avec et après l’apôtre de France.

« Les bonnes gens la nommaient Capella de Sancto Martyrio. Il y avait comme trois étages, à savoir, la chapelle haute et quasi à fleur de terre; et là-dessous une autre cachée dans la terre qu’on voit

1. La Vie apostolique de sainct Denys aréopagite, patron et apostre de la France, par le R. P. Estienne Binet, de la Compagnie de Jésus. 1 vol. in- 18. Paris, 1624.

toujours, puis une troisième encore plus basse, longtemps inconnue et enfin découverte en l’année 1 6 1 1 (comme on l’a vu plus haut}.

« L’an ii 33, Louis VI, dit le Gros, et la bonne reine Alix, sa femme, furent inspirés de fonder là un monastère de filles de l'Ordre de Saint-Benoît. Mais pour ne pas faire tort à Saint-Martin des Champs, dont les religieux possédaient le terrain où devait s’élever le monastère, on fit, par autorité du Pape et de l’évêque, que l’abbaye de Saint-Denys de la Chartre serait donnée par échange aux dits religieux, et que Mont-Martre serait pour l’abbaye des filles. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, ratifia cet échange.

« Or, de bonne aventure, le pape Eugène III étant venu en France l’année 1146, il fut requis par Leurs Majestés de dédier cette nouvelle église. Il le fit et fut assisté de deux excellents abbés, l’un saint Bernard, abbé de Clairvaux, qui servit de diacre, et l’autre, Pierre, abbé de Cluny, qui servit de sous-diacre. Saint Bernard y laissa en don sa tunique, et je crois que s’il eût pu y appendre son cœur, il l’eût fait volontiers, tant il aimait ce lieu béni du ciel... L’air est bien plus pur à Montmartre qu’à Paris, non seulement pour son élévation, et pour être hors de ces égouts puants et au-dessus de l’air grossier de la ville, mais parce qu’il semble que les cœurs y respirent plus à leur aise l’air du Paradis, qui est le vrai élément de nos âmes. »

Ici l’auteur rapporte divers traits de la dévotion de nos princes et aussi du peuple de Paris pour le glorieux saint Denys, et arrive à Jeanne d’Arc. Ce qu’il dit de l’incomparable héroïne ne sera pas lu sans quelque charme. « Quand Jeanne, la Pucelle d’Orléans, eut donné une bataille sanglante et emporté la victoire, tout soudain elle envoya son épée et ses armes pour être présentées aux pieds du patron de la France. Au procès qui lui fut fait, on l’accusa de cette vanité, d’avoir osé, pour s’acquérir de la gloire, présenter son épée à saint Denys, chose qui n’appartient qu’aux rois de France. « Messieurs, dit la pauvre fille, je n’ai point fait cela par « orgueil, hélas! Dieu m’en garde, mais par pure dévotion, et pour « montrer que je rapporte le bonheur de mes armes et des armes de « France aux prières du bienheureux apôtre saint Denys. Que pour-

SES PRÉDILECTIONS DES NOS ORIGINES

« rait faire une épée dans la main d’une pauvre bergère, si la main « n’était attachée au bras de saint Denys, et celui-ci au bras de « Dieu, qui se sert d’une simple pucelle pour étonner et chasser « les ennemis de la couronne de France. C’est donc pour rapporter « toute la gloire de nos victoires à ce divin protecteur de nos rois,

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