APÔTRE DE LA FRANCE, PATRON DE SES ROIS
Tiré de la Vie apostolique de 5. Denys , par le P. Binet. Paris, 1624.
« et non pas pour acquérir de la gloire, moi qui n’y ai jamais « prétendu autre gloire que celle de Dieu, de saint Denys, et de « nos rois très chrétiens, qui sont ses bons enfants, et moi sa très « humble servante. Est-ce pas la coutume du royaume de rapporter à « Dieu et à ce bon saint tout l’heureux succès de la guerre et de « toutes les affaires d’État de cette florissante monarchie française? »
Puis, le chroniqueur revient à l’autre religion heureusement née dans ce lieu de bénédiction : c’est la Compagnie de Jésus. « Compagnie qui est, à vrai dire, fille de cette montagne, des saints martyrs et de la France. Car, comme il plut à Dieu de se servir de saint Ignace de Loyola pour assembler quelques personnes en vue de fonder cette petite Compagnie, il les mena aux pieds de la sainte Mère de Dieu, et au lieu où le grand saint Denys avait signé de son sang l’Évangile qu’il avait prêché tant d’années. Comme il n’y avait personne en ce temps-là qui demeurât en cette sainte chapelle, ils s’en firent donner les clefs, afin d’offrir leurs vœux là même où saint Denys avait offert sa tête. Là ils prirent leur premier esprit et un brûlant désir d’être martyrs de Jésus; là ils promirent de rendre aux compatriotes de saint Denys et aux habitants de la Palestine les mêmes services que ce grand homme avait rendus à la France et à l’Occident... » Recueillons, pour finir, ce cri d’enthousiasme, où perce je ne sais quel pressentiment prophétique : « Puisse tout le bonheur du ciel et de la terre couronner cette noble colline et la rendre à jamais heureuse et mémorable! Et puisse encore ce digne sang de saint Denys, de temps en temps, produire des enfants dignes de ses travaux, et combler la France d’un million de belles âmes, capables d’imiter ses vertus éminentes et de servir parfaitement Jésus- Christ! Enfin, puisse — oh! je le dis de bon cœur — se vérifier de cette heureuse montagne ce que jadis chantait David :
« O mont de notre Dieu! Basan tant estimé!...
Non, le mont de Basan n’est point si renommé,
Avec tous ses coteaux et sa terre si grasse.
Montagnes, qui vous fait votre chef relever?
En vain contre ce mont tâchez-vous d’estriver :
Dieu même l’a choisi pour toujours s’y complaire;
Son char est en ce lieu; d’anges, ses chevaliers,
Suivent tout à l’entour mille et mille milliers;
Et comme au Sinaï, c’est là son sanctuaire.
« Las ! s’il m’était loisible, que j’enchérirais volontiers sur la pensée de David ! Car, à tout rompre, ces montagnes de la Palestine ne portaient que des fleurs à la vérité très suaves et des fruits
SES PRÉDILECTIONS DÈS NOS ORIGINES
savoureux à merveille, mais douceurs périssables et quasi d’un moment. Montmartre porte des fleurs éternelles, des lis de virginité, des violettes d’une humilité rampante à terre, des bouquets d’un sacré souci de toujours plaire à Dieu, des girasoles et des cœurs qui toujours regardent le ciel, d’un éternel printemps de toutes les vertus; bref, les fruits de Basan ne sont que fruits de la terre; ici, ce sont filles du ciel, des enfants de Dieu et de ses saintes grâces. »
Que dirait le gracieux biographe s’il voyait le Montmartre d’aujourd’hui ? Sans doute, la vieille abbaye royale est tombée, comme tant d’autres monuments, sous le marteau de la Révolution ; mais Dieu prend sa revanche. Déjà, sur les flancs de la colline, s’échelonnent les communautés religieuses, et la chapelle du Martyre, sortie de ses ruines *, brille d’un éclat qu’elle n’eut peut-être jamais, tandis que les sommets se couronnent de cette basilique triomphale à l’ombre de laquelle la foi des aïeux va partout refleurir.
Avant de quitter saint Denys, disons quelques mots des sublimes écrits qui lui sont attribués. Qu’ils soient de lui ou d’un autre, on ne peut les parcourir sans admiration. Harmonieuse fusion de tout ce qu’il y a de plus beau dans le génie grec et de plus élevé dans le génie chrétien, c’est tout à la fois du Platon, surtout du saint Paul et aussi du saint Jean. Il y a telles pages sur la Passion, sur les merveilles de l’Eucharistie et les délices ineffables de la communion, sur les miséricordieuses tendresses, la douceur et l’humilité du Cœur de Jésus, qu’on dirait tombées de la plume même du Bien-Aimé. Je n’en veux d'autre preuve que la lettre à Dimophile et surtout la vision de Carpus qui la termine. Carpus était un saint prêtre qui, indigné de voir qu’un infidèle lui avait enlevé un néophyte récemment baptisé, s’était laissé entraîner jusqu’à souhaiter la mort éternelle de l’un et de l’autre. « Soudain, raconta-t-il plus tard, il crut voir la maison où il était, d’abord s’ébranler, puis se diviser en deux par le faîte; une vive flamme étinceler à ses yeux, et du haut du ciel, à travers les combles en apparence déchirés, descendre jusqu’à ses pieds; le firmament s’entr’ouvrir alors, et, au fond du firmament, Jésus siéger au milieu d’innombrables anges.
i. Chapelle des Religieuses Auxiliatrices des âmes du Purgatoire, rue Antoinette.
« Carpus, levant les yeux, contemple ce spectacle qui le frappe d’étonnement. Ensuite les baissant, il voit le sol se creuser en un vaste et ténébreux abîme, et ces hommes qu’il avait maudits se tenir en face de lui, au bord du gouffre, tremblant, hélas! d’y tomber à chaque instant avec leurs pieds qui glissent.
« Du sein du gouffre rampent vers eux des serpents, qui, s’attachant à leurs pieds chancelants, tantôt s’y enlacent, les pressent, les tirent, et tantôt des dents ou de la queue, les déchirent ou les caressent : infinies machinations pour les entraîner dans le précipice !
« De plus, des hommes, pêle-mêle avec les serpents, assaillent, secouent, poussent ces êtres, qui paraissent sur le point de choir, moitié de gré, moitié de force, quasi contraints et tout à la fois fascinés par le mal.
« Et Carpus, tout joyeux du spectacle d’en bas, oublie le spectacle d’en haut. Il s’impatiente et se fâche qu'ils ne soient pas déjà précipités; il travaille lui-même à leur chute; et voyant l’impuissance de ses efforts, il bout de colère, il lance des imprécations.
Enfin il porte ses regards vers le ciel et les arrête sur ce qu’il a déjà aperçu. En ce moment, Jésus, ému de compassion à la vue de cette scène, quitte son trône céleste, descend jusqu’à ces hommes et leur tend la main avec bonté, pendant que les anges, leur venant en aide, les soutiennent, qui d’un côté, qui de l’autre.
« Et Jésus dit à Carpus : « De ta main déjà levée, ne frappe plus « que moi, car je suis’prêt à souffrir de nouveau pour le salut de ces « hommes, et cela me serait cher, à part le crime de mes bourreaux. « Pour toi, vois si tu aimes mieux demeurer dans l’abîme avec les « serpents, que d’habiter avec Dieu et ses anges si bons. »
Le Cœur du Sauveur du monde se montra-t-il jamais plus tendre, plus aimable, plus miséricordieux 1 ?
i. Voir Œuvres de saint Denys VAréopagite, trad. par l’abbé J. Dulac, i vol. in-8. Paris, 1 865, p. 526.
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Saint Honorât et l’ile de Lérins.
Longtemps inculte et infestée de serpents, cette ile fut transformée par saint Honorât et ses disciples, au point de devenir un foyer de vie et de civilisation chrétienne. — Tiré de la Chronologie des Saints de Vile de Lérins. par dom Vincent Barrai. Lyon, Pierre Rigaud, 1 6 1 3 .