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CHAPITRE II

DE CLOVIS A SAINT LOUIS

n racontant les origines apostoliques des Églises de Provence, de Paris, de Lyon, nous avons montré quels liens les rattachent plus ou moins directement au Cœur de l’Homme- Dieu.

Sans nous attarder à recueillir d’autres souvenirs non moins précieux dont sont justement hères les Églises de Limoges avec son saint Martial, de Toulouse avec son saint Saturnin, etc., constatons que la semence évangélique avait germé de bonne heure dans la Gaule tout entière, et, fécondée par le sang d’innombrables martyrs, y avait porté une abondante moisson de chrétiens.

L’Arche de Noé, image de l’Église.

Tiré de V Histoire sainte du P. N. Talon. Paris, 1659.

ÉGLISE GALLO-ROMAINE DU Ve ET DU VI° SIÈCLE

Dès le quatrième siècle, le christianisme avait vaincu et l’ère des persécutions par le glaive était close. Ce fut le grand saint Hilaire de Poitiers qui porta en Occident, et surtout en Gaule, les derniers coups à la fatale hérésie arienne; et ce fut le grand saint Martin de Tours qui eut l’honneur de détruire, au moins dans le centre des régions qui seront la France, les restes encore survivants du paganisme. Saluons en passant ces deux illustres amis du Sauveur qui, chacun à sa manière, contribuèrent si puissamment au triomphe de sa cause. Hilaire n’est pas seulement le vaillant et infatigable lutteur que tout le monde connaît; c’est aussi un cœur plein de tendresse, comme on le voit dans cette hymne du matin, où avec tant de foi et d’amour il épanche sa prière devant le Seigneur Jésus; mais surtout dans cette ravissante lettre à sa jeune fille Abra, qu’il s’efforce d’attirer à la virginité, en lui parlant, sous le voile gracieux d’une allégorie transparente, d’un « jeune homme, qui est la bonté même, si beau que nul mortel n’oserait soutenir l’éclat de son regard », et qui offre aux âmes pures « un manteau et une perle d’un prix inestimable1». Quant à l’incomparable saint Martin, il suffit de se rappeler le Christ lui apparaissant revêtu de sa chlamyde qu’il avait partagée avec un pauvre, pour avoir quelque idée de l’intimité qui existait entre le Maître et le serviteur.

Le glorieux thaumaturge s'éteignait en 397. Sulpice-Sévère, son digne biographe, qui l’avait souvent visité à Tours, donne la main à saint Paulin de Noie, ce noble fils de l’Aquitaine, que l’Église gallo-romaine peut revendiquer comme une de ses plus belles gloires. Amant passionné du Christ, Paulin lui sacrifia tout, fortune, rang, famille, patrie, et en vint, on le sait, jusqu’à se faire esclave pour racheter le fils d’une veuve. Ses poésies, souvent fort belles malgré la décadence du goût et de la langue, et plus encore sa correspondance avec saint Jérôme, Rufin, saint Augustin, et tout 1. Sancli Hilarii opéra, t. II, p. 520. Veronæ, 1730.

DE CLOVIS A SAINT LOUIS

ce qu’il y avait alors d’éminent en doctrine et en piété, nous révèlent son âme tout entière dans ses ardeurs et ses délicatesses. Que de pages on pourrait en extraire toutes parfumées de la charité de Jésus-Christ! Recueillons seulement quelques lignes : « Jean, qui eut le bonheur de reposer sur la poitrine du Seigneur, et qui dans le Cœur même de la sagesse créatrice de l’univers avait puisé des

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