‹ La France et le Sacré CœurChapitre 42 sur 148 · JESUS MEDECIN DES AMES · texte numérisé non relu

JESUS MEDECIN DES AMES

La Samaritaine, tableau de Guido Reni. xvi° siècle. — «Si tu savais, dit Jésus, quel est le don de Dieu et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire, toi-même peut-être lui en aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. « — 11 était des maladies que Jésus seul guérissait, les maladies qui torturaient l’àme, la honte et les remords du mal. Seul il pouvait dire : « Allez en paix, vos péchés vous sont remis, u

également illustré par son célèbre Commonitorinm. Je n’y découvre rien qui se rapporte au culte du Cœur sacré de Jésus, sauf l’expression la plus vive de l’union substantielle de deux natures en la personne de l’Homme-Dieu, doctrine qui est tout le fondement théologique de ce culte. Mais il y a mieux : l’auteur répond d’avance, avec une merveilleuse précision, au reproche de nouveauté que cette dévotion ne devait pas manquer de soulever. Cette page trouve ici sa place naturelle : « Mais, dira quelqu’un, il n’y aura donc dans l’Eglise du Christ aucun progrès de la religion ? Bien au contraire, qu’il y ait progrès, et très grand progrès. Où est l’ennemi de Dieu et des hommes qui osât s’y opposer? Toutefois, il faut que ce soit vraiment un progrès de la foi, et non un changement radical. En effet, le progrès consiste en ce que chaque chose se développe en restant elle-même; le changement, en ce qu’une chose se transforme en une autre. Que l’Église croisse donc, qu’elle fasse d’immenses progrès, suivant la marche des temps et des siècles; que dans son universalité, comme dans chacun de ses membres, elle grandisse en intelligence, en science, en sagesse, mais selon sa nature, c’est-à-dire sans cesser d’être fidèle au même dogme, au même esprit, à la même pensée. La religion des âmes doit se conformer ici à la loi des coïps, qui développent peu à peu les éléments harmoniques dont ils sont composés, sans perdre rien de leur identité. Assurément, il y a loin de la fleur de l’enfance à la décrépitude de la vieillesse; et pourtant c’est bien l’enfant d’autrefois qui est maintenant vieillard, en sorte que le même homme a beau changer de stature et d’extérieur, il garde toujours la même nature, il est la même personne. Telles sont les lois qui s’imposent à la religion chrétienne pour le progrès de sa doctrine : se fortifier avec les années, se dilater avec le temps, grandir avec l’âge, mais demeurer sans tache ni souillure, dans la plénitude de tous ses membres, de tous ses organes et de tous les enseignements qui lui sont propres, n’admettant aucun changement réel, aucune altération de ses propriétés constitutives, aucune variation dans les dogmes définis'. »

i. Migne, Patrol. lat., t. L, col. 667 et suiv.

DE CLOVIS A SAINT LOUIS

On nous pardonnera cette citation dont l’opportunité est manifeste, et l’on conclura avec nous que si le dogme catholique luimême comporte un véritable progrès, à plus forte raison faut-il l’admettre dans les manifestations, variables à l’infini, de la piété chrétienne, qui est comme l’efflorescence spontanée de la foi et de la charité. Voici des paroles qui se rapportent plus directement à notre sujet. Elles sont empruntées à l’illustre saint Avite, mort évêque de Vienne en 525. Le fond de la doctrine qu’elles contiennent n’est qu’un écho de l’enseignement des anciens Pères, qui se répercutera de proche en proche dans tout le cours des âges chrétiens. Après avoir exposé comment le fer du soldat, en perçant le Cœur du divin Crucifié, prépara un refuge au genre humain régénéré, Avite continue : « Le Côté du Seigneur ayant donc été ouvert, il en jaillit à flots de l’eau et du sang. Quoi de plus merveilleux, de plus significatif, de plus mystérieux? Il est certain que le Christ a souffert, certain qu’il est mort; mais la réalité même de sa mort respecte la dignité de sa personne. Vit-on jamais un cœur humain, dont la vie est absente, répandre de l’eau et du sang? Admettons, bien que ia raison et l’expérience le permettent à peine, que la chair morte contînt encore quelques gouttes de sang, où était cachée dans ce cadavre la source d’eau de la vie? D’où s’échappe ce double ruisseau qui fécondera la stérilité du monde, en l’arrosant d’une eau pure et d’un sang précieux? D’où s’élance l’onde sacrée du fleuve, seul capable de laver efficacement nos péchés et d’éteindre les flammes de l’enfer? Voyez comme notre Adam tire de son cœur l’Église, sa future compagne! Voyez comme par sa mort il se prépare une épouse pour sa vie ressuscitée! Voyez comme son assoupissement assure la joie à son réveil! Or, l’Église n’est composée que de deux classes d’hommes : ceux qui font leur salut par une mort fidèle, et ceux qui le font par une mort sublime; ceux qui vivent au Christ et ceux qui meurent pour le Christ. A nous donc de recueillir l’eau du Côté du Christ, aux martyrs d’en recueillir le sang. A eux la robe empourprée de ce sang très précieux; à nous la robe blanche lavée dans l’eau du baptême1. »

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