‹ La France et le Sacré CœurChapitre 45 sur 148 · ÉPOQUE CARLOVINGIENNE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE CARLOVINGIENNE

Cette époque ne présente qu’un petit nombre d’écrivains, et encore n’en puis-je découvrir aucun qui s’impose par l’éclat d’une supériorité incontestable.

Elle est dominée et remplie par le grand nom de Charlemagne, génie puissant et vraiment organisateur, qui plana sur le chaos du monde barbare et des ruines qu’il avait amoncelées, pour en faire surgir, à son heure, cette merveille qui s’appellera « la chrétienté ». Les lettres et les sciences avaient presque péri dans le déluge des invasions germaniques. Il comprit d’instinct que la civilisation nouvelle ne pouvait s’en passer. Il s’appliqua donc à en favoriser la renaissance. Dans ce but, il s’entoura des hommes les plus instruits de son temps et créa cette célèbre École du palais, qui devint promptement un foyer de lumière et de vie intellectuelle.

A sa tête, il mit un moine anglais, Alcuin, qui avait alors quelque quarante ans et jouissait au loin d’une grande réputation de science. Alcuin vécut encore trente ans environ parmi nous, et l’origine même

i3o JÉSUS-CHRIST ET LE DON SPÉCIAL DE SON CŒUR

de ses travaux nous donne le droit de le revendiquer comme Français. La France commençait dès lors à devenir pour le mérite un centre puissant d’attraction. Plus tard, les Anselme, les Thomas d’Aquin, les Bonaventure en présenteront des exemples plus illustres encore.

Je donnerai donc Alcuin comme un anneau de cette chaîne ininterrompue de témoins qui, d’àge en âge, ont parlé à notre pays de la blessure de ce Cœur qui nous a tant aimés. Voici ce qu’on lit au livre VII de son Commentaire sur i Évangile de saint Jean; c’est un écho fidèle de saint Augustin et d’autres Pères déjà cités : « L’un des soldats, raconte l’évangéliste, Lui ouvrit le Côté avec sa lance , et il en sortit de l'eau et du sang. L’évangéliste a bien choisi son expression. Il n’a pas dit : le soldat frappa, blessa le divin Côté; il a dit : ouvrit, et rien autre, montrant en quelque sorte ouverte devant nous la porte de la vie, puisque de cette source ont émané les sacrements de l’Église, sans lesquels rien ne parvient à la vie véritable. Ce sang a été répandu pour la rémission des péchés; cette eau, c’est la coupe de notre salut, à la fois bain et breuvage. N’est-ce pas en figure de ceci qu’il fut ordonné à Noé de pratiquer dans les flancsde l’Arche une ouverture par où les animaux, image anticipée des enfants de l’Église, pussent entrer pour ne pas périr dans le déluge ? Pour cela encore, la première femme fut formée d’une des côtes d’Adam endormi, et appelée la Mère des vivants : avant le grand mal de la prévarication, ce sommeil mystérieux et fécond annonçait un grand bien à venir. De même un jour, le nouvel Adam, inclinant la tête, s’endormira sur la croix pour que, de son côté, lui naisse une Épouse, qui sera l’Église. O mort ! par qui les morts ressuscitent L »

Des pensées et des sentiments analogues se font jour un demisiècle plus tard sous la plume de saint Paschase Radbert, abbé de Corbie, l’un des hommes les plus éminents de son siècle, mort en 860. Entre beaucoup d’écrits plus ou moins remarquables qu’il nous a laissés, on distingue son traité Du Corps et du Sang du Seigneur, qui respire une foi vive, une ardente charité envers la divine Eucharistie, et où l’on trouve formulé, avec une exactitude et une

Page 1