‹ La France et le Sacré CœurChapitre 46 sur 148 · CHARLEMAGNE ET ALCUIN · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE ET ALCUIN

Peinture de M. Magaud au Cercle religieux de Marseille. — Alcuin écrit au livre YII de son Commentaire sur l’Evangile de saint Jean : « La première femme fut formée d’une des côtes d’Adam endormi, et appelée la Mère des vivants : avant le grand mal de la prévarication, ce sommeil mystérieux et fécond annonçait un grand bien à venir. De même un jour, le nouvel Adam inclinant la tête, s’endormira sur la Croix, pour que de son Côté lui naisse une épouse, qui sera l'Église. »

précision parfaites, tout l’enseignement catholique sur l’adorable Sacrement. Cet exposé est suivi d’admirables prières, toutes brûlantes d’amour pour le Dieu de nos autels, et qu’il ne tiendrait qu’à nous d’adresser au Cœur sacré de Jésus. Mais c’est seulement au chapitre xic que le mystère de ce Cœur transpercé sur la croix est présenté à nos réflexions. En voici un passage. « Pourquoi, se demande saint Paschase, mêle-t-on l’eau au vin dans le calice?» La question n'est pas nouvelle pour nous. Mais la réponse reçoit ici des développements que nous n’avons pas, si je ne me trompe, rencontrés ailleurs. « La grande raison, répond il, c’est que, à l’heure même où se consomme la Passion, du Côté ouvert du divin Crucifié le sang et l’eau coulèrent en même temps. De là vint que les apôtres, pleinement initiés à l’intelligence du mystère, introduisirent la coutume de mêler l’eau et le vin dans le sacrifice eucharistique, afin que ce sacrement fût le mémorial complet de l’holocauste accompli au Calvaire pour notre rédemption. Car, à peine Jésus avait-il rendu l’âme qu’un des soldats vint avec sa lance et lui ouvrit le Côté, d’où jaillirent, comme d’une source vive, le sang et l’eau. Et voilà le vrai sacrifice : étant réellement mort pour notre salut, le Christ répandit à la fois le sang de notre rançon et l’eau de notre régénération baptismale. Or, ce qui alors découla de sa chair, c’est précisément ce que les chrétiens boivent dans le calice. Tandis que la chair est donnée en nourriture, le sang et l’eau sont donnés en breuvage, afin que l’homme, recevant tout ce qui est sorti du Côté de la Victime, soit, par cette double boisson, renouvelé tout entier, et que, s’il avait contracté quelque souillure depuis le baptême, il trouve dans cette liqueur salutaire la purification de toutes ses iniquités, la guérison de toutes ses maladies, comme aussi le prix de sa rédemption, pour se perfectionner de plus en plus chaque jour dans la vie nouvelle1. » Dans son « Exposition de la Litière de Salomon » ( Explcinatio in Ferculum Salomonis ), Hincmar, le célèbre archevêque de Reims, nous donne de semblables enseignements, mais dans un langage beaucoup plus mystique et plus recherché. Sa doctrine nous semble suffisamment résumée dans les douze vers qui nous sont parvenus I. Migne, Patrol. lat., t. CXX, col. 1J07.

DE CLOVIS A SAINT LOUIS

du grand poème qu’il avait consacré à ce sujet. En voici la traduction fidèle :

« Agneau, lumière du monde, qui nous nourris de ton propre corps, sois toujours notre hôte et toujours notre demeure !

« Agneau, fontaine de vie, qui nous abreuves de ton propre sang, continue à nous servir de boisson, à nous servir de loi !

« Ici le Verbe tout-puissant, par qui le Père atout fait, change comme il veut la substance des choses.

« Ici, par la vertu de sa croix et de sa parole, il crée les dons qu’il nous destine, et du pain et du vin fait sa chair et son sang.

« Son corps crucifié et son sang répandu au Calvaire, il venait à la Cène de les donner à ses apôtres.

« Et maintenant, malgré notre indignité, quand, par son ordre, nous renouvelons son sacrifice, le Rédempteur nous met en main le prix même de notre rédemption i. »

Nous bornerons là nos citations pour cette époque. Nous l’avons dit, elle n’est pas riche en écrivains. La pensée, mal servie par une langue corrompue et demi-barbare, s’y enveloppe comme à plaisir de formules embarrassées et de nuages souvent obscurs. D’ailleurs, la piété n’y a pas, en général, ce caractère de suavité et de tendresse qu’elle revêtira plus tard. Cela est sensible, par exemple, dans les conférences, d’ailleurs si substantielles, si intéressantes, de saint Odon, abbé de Cluny (927), mais où l’on trouve à peine quelques rapides élans d’amour envers le Dieu-Rédempteur.

C’est l’heure où le moine Gothescalc (806-868) sème avec obstination les erreurs du prédestinationisme, qui impute à Dieu même la réprobation des damnés et les exclut des bienfaits de la Rédemption, comme fera un jour avec plus d’éclat le sombre fanatisme de Calvin, et, avec plus d’hypocrisie, l’artificieuse habileté de Jansénius. Vers le même temps, Scot Eugène, préludant à Bérenger, commençait à dogmatiser contre la présence réelle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, arrachant au cœur de l’homme sa meilleure joie et son plus énergique stimulant de généreux amour. Ces doctrines, si contraires au véritable esprit du christianisme, passeront vite et

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