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HORS DE FRANCE : ORDRES RELIGIEUX
de Notre Seigneur : la bienheureuse Élisabeth de Spaelbeck, sainte Ludgarde, Béatrix de Nazareth, — premier cas de stigmatisation du
saint bernard
Tableau de Philippe de Champagne, xvm' s. — D’après une estampe de la Chalcographie du Louvre.
cœur que nous offrent les annales hagiographiques; Catherine] la Cistercienne, et la bienheureuse Ida de Louvain, qui fut stigmatisée du vivant même de saint François d’Assise.
L’histoire de chacune de ces admirables vierges mériterait de nous arrêter longuement. Mais c’est Ludgarde, la sainte religieuse d’Aywières en Brabant, qui nous 'semble entre toutes digne d’être rangée avec saint Bernard parmi les précurseurs lointains de la bienheureuse Marguerite-Marie.
Entrée dès l’enfance comme pensionnaire au couvent de Sainte- Catherine, Ludgarde y fut plus tard visitée par un jeune homme qui désirait ardemment l’avoir pour épouse. Un jour qu’ils se trouvaient tous deux au parloir et que la conversation était des plus animées, tout à coup la jeune fille s’interrompt, son visage pâlit et trahit une émotion indéfinissable. Ah! c’est que, près de celui qui cherche à capter son cœur, Notre-Seigneur vient de lui apparaître. Découvrant sa poitrine, le divin Sauveur lui montre la plaie de son Côté, d’où découle un sang vermeil, et, d’une voix qui remue Ludgarde jusqu’au fond de l’âme, lui fait entendre ces paroles : « Ma fille, laisse de côté les vains charmes d’un amour étranger. Regarde ici, désormais, ce que tu dois aimer et pourquoi tu dois l’aimer. Entre dans cet asile; tu y goûteras, je te le promets, les pures délices du saint amour. » Ludgarde, les yeux fixés sur la place que vient de quitter l’apparition, demeure interdite et toute pensive; elle cherche à comprendre le céleste avertissement. Enfin, un rayon de la grâce illumine son intelligence, et son cœur s’ouvre au mystère d’amour qui vient de lui être révélé.
Ce n’était que le commencement des merveilleuses communications du Cœur de Jésus, qui vont remplir et embaumer l’existence entière de l’heureuse vierge. Devenue religieuse, elle entend un jour le Sauveur lui dire : « Que souhaites-tu donc ? Demande, je te l’accorderai. — Je veux votre Cœur, s’écrie Ludgarde dans un élan sublime de tendresse. — C’est moi plutôt qui veux le tien. — Qu’il en soit ainsi, mon Dieu; mais, pourtant, proportionnez à la faiblesse de mon cœur les ardeurs du vôtre... » Où trouver une scène plus ravissante, plus naïve?
Plus tard, une nuit qu’elle ne croyait pas devoir se lever pour matines à cause de son état de santé, tout à coup une voix retentit : « Pourquoi restes-tu ? Que signifie cette conduite? Lève-toi, lève-toi !
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Il faut que tu fasses pénitence pour les pécheurs!... » Saisie de crainte et couverte de confusion, Ludgarde obéit aussitôt. Elle se hâte et arrive à l’église; mais là elle s’arrête, tombe à genoux et entre en extase. A la porte du lieu saint, Jésus l’attendait, cloué à la croix. Du regard il semble l’inviter à approcher davantage. Elle avance, elle se précipite pour baiser les pieds ensanglantés du Sauveur. Alors Jésus, détachant sa main droite de l’arbre sacré, attire à lui l’enfant chérie de son Cœur, la presse sur sa poitrine et applique les lèvres de Ludgarde contre la plaie de son divin Côté. « Or, ajoute son biographe, elle y puisa tant de douceur et tant de force, qu’à partir de ce jour on la vit plus vaillante encore et plus allègre au service de Dieu, si bien qu’il lui suffisait de renouveler cette application de sa bouche sur le divin Cœur, pour que rien au monde ne fût capable de la troubler ou de l’attrister1. »
« En étudiant la vie de sainte Ludgarde, nous écrit un pieux cistercien, il est facile de se convaincre que le Seigneur l’avait appelée à l’état religieux, non seulement pour se sanctifier elle-même, mais encore pour travailler à la sanctification des autres et venir au secours des pécheurs, des malades, des pauvres âmes du purgatoire. En effet, quand Jésus lui apparaît pour la première fois au parloir de Sainte-Catherine et lui montre la plaie saignante de son divin Côté, que voit-elle dans ce côté blessé par l’amour et largement ouvert ? Le Cœur sacré de Jésus; et, dans ce cœur elle lit, écrits en caractères de feu, ces mots de l’Évangile : « Mon précepte à moi, c:est « que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés; » Hoc est præceptum meum. Voilà le foyer de son zèle; voilà la source de son inépuisable et vraiment héroïque charité envers le prochain... » Notre correspondant établit ensuite entre la mission de sainte Ludgarde et celle de la bienheureuse visitandine de Paray un parallèle plein d’intérêt et de charme, où nous aimerions à le suivre. Mais l’espace nous manque, et nous nous contentons de signaler après lui une coïncidence frappante. La fête de sainte Ludgarde se célèbre le 16 juin; et c’est précisément le jour de la plus importante manifestation du Sacré Cœur à la bienheureuse
i. Bolland., Act.S. Ludgard, 16 juin.
Marguerite-Marie; le jour assigné par Pie IX, en 1875, pour la consécration solennelle du monde catholique au même Sacré Cœur ; et le jour encore où fut posée, à Montmartre, la première pierre du monument de nos repentirs et de nos espérances !
III. — L’Ordre de Saint-Bruno appartient presque à la France, soit par son fondateur qui, bien qu’originaire de Cologne, fut docteur de Paris et chanoine de Reims, soit par son lieu de naissance, les monts Chartreux, près de Grenoble, auxquels il a emprunté son nom. Son premier couvent fut bâti dans ce désert, alors affreux, mais qui ne devait pas tarder à se transformer et à se couvrir de fleurs dont le parfum embaumerait l’univers. Ces nobles transfuges du monde ne pouvaient manquer de peupler leurs silencieuses retraites des souvenirs de la vie et de la mort du Sauveur, surtout des signes de son amour les mieux faits pour éclairer leur solitude d’un doux rayon du Ciel. C’est ce qu’atteste un monument d’archéologie religieuse extrêmement rare et d’un grand intérêt : le chiffre de Jésus traversé par une lance, le Chrisme à la lance. On voit ce motif exécuté plusieurs fois dans le vieux cloître gothique de la Grande- Chartreuse, qui remonte à 1474. Mais ce même chrisme à la lance se retrouve, plus raide sans doute quoique aussi nettement accusé, dans une clef de voûte de la première église du monastère, voûte construite au plus tard en 1375. Ce chrisme tout particulier, qui n’existe peut-être nulle part ailleurs, prouve clairement que la dévotion au Côté percé de Notre-Seigneur florissait, il y a bien des siècles, chez les fils de saint Bruno. Or, du Côté ouvert de Jésus à son divin Cœur le passage est facile. « La plaie du Côté est une porte qui ouvre sur le Sacré Cœur, » écrira le dévot Lansperge : Per illud vulnus, quasi per ostium , in Cor introeatis l. »
Entre beaucoup d’autres ascètes appartenant à cet Ordre vénérable, nous en citerons seulement deux dont le nom est resté plus populaire: Ludolphe, né en Saxe vers 1295, mort à la Chartreuse
1. Voir le délicieux opuscule de doru Cyprien Boutrais, intitulé : Mois du Sacré Cœur , par d’anciens auteurs chartreux, i vol. in-18, Neuville-sous-Montreuil, 1886 (préface, p. 25). C’est là que nous prenons les citations qu’on va lire.
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de Strasbourg en 1378, et Lansperge, chartreux de Cologne, où il mourut en i53o.
Écoutons d’abord l’auteur de la Grande Vie de Jésus-Christ , toujours si chère à la vraie piété :
« Un soldat ouvrit le Côté de Jésus avec sa lance. Dans cette dernière circonstance de la Passion du Sauveur, nous trouvons trois utiles enseignements.
« D’abord nous apprenons que, si par le renoncement au monde et au péché nous sommes morts avec Jcsus-Christ, nous devons être blessés avec lui de l’amour divin comme par une lance acérée.