Lettres, t. III, lettre cccxxix
esprit et dans sa chair, non seulement il brûlait pour Dieu d’une ardeur séraphique, mais comme la victime du Calvaire, il avait une soif immense du salut des âmes... Il disait souvent à ses disciples : « Mes frères, commençons enfin à servir le bon Dieu; jusqu’à présent nous n’avons, pour ainsi dire, rien fait pour lui. » Tout usé qu’il était par les labeurs de l’apostolat, il désirait vivement revenir aux humbles pratiques des premiers temps de sa conversion, servir les lépreux et s’imposer toutes sortes de macérations. Il rêvait de nouveaux combats contre l’ennemi du salut; il espérait de nouveaux triomphes et se proposait d’étendre par toute la terre le règne de Jésus-Christ; car l’amour, quand il sert d’aiguillon, ne laisse ni trêve ni repos et presse toujours de marcher en avant *. »
L’esprit de l’Ordre naissant est admirablement saisi et rendu dans le beau livre d’Ozanam sur les Poètes franciscains en Italie. Écoutez ce chant de F. Jacopone de Todi, l’auteur inspiré du Stabat : « O amour! divin amour! pourquoi m’avoir assiégé? Tu semblés épris de moi jusqu’à la folie; tu ne me laisses point de repos. Tu as mis le siège devant mes cinq portes : l’ouïe, la vue, le goût, l’odorat, le toucher.
« Si je sors de moi par la vue, tout ce que je vois est amour. Dans toutes les formes, c’est toi qui te peins, toi sous toutes les couleurs...
« Si je sors par la porte de l’ouïe pour trouver la paix, que signifient pour moi les sons? C’est encore toi, Seigneur! et tout ce que j’entends ne parle que d’aimer.
« Si je sors par la porte du goût, par celles de l’odorat et du toucher, je retrouve ton image en toute créature. Amour, que je suis insensé de vouloir te fuir!
« Amour, je vais fuyant pour ne point te livrer mon cœur. Je vois que tu me transfigures et que tu me fais devenir amour comme toi, si bien que je n’habite plus dans mon cœur et que je ne sais plus me retrouver...
« O Christ mort! mets la main sur moi, tire-moi de la mer au rivage. Ici, tu me fais languir a la vue de tes plaies. Ah !