‹ La France et le Sacré CœurChapitre 67 sur 148 · DU XIII® AU XVII® SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU XIII® AU XVII® SIÈCLE

L’illustre carmélite dont nous venons d’esquisser l’attrayante figure n’avait que deux ans lorsque, en 1429, disparut de la scène

LL QUATRIÈME LIVRE DE V IMITATION DE JÉSUS-CHRIST Dessin de M. Ch. Michel, d’après son tableau du musée du Luxembourg.

Le treizième siècle avait déployé les pompes nouvelles de la Fête-Dieu; au siècle suivant, un moine inconnu soupirait le livre de l 'Imitation, le plus beau de tous ceux qui ont été écrits de la main des hommes; surtout ce ive livre destiné à enflammer tous les cœurs pour la sainte Eucharistie... Et le monde, vivifié et transformé par les ardeurs de cette dévotion, reprenait sa marche en poussant le cri vainqueur : « Pour nous, nous croyons à l’amour infini que Dieu a eu pour nous! » (L’abbé Bougaud, Histoire de la B. Marguerite-Marie , p. xtx et xx. )

du monde, où il avait tenu tant de place, un homme éminent par la science, par la piété et par les services rendus à l’Église, Jean Gerson, le célèbre chancelier de l’Université de Paris. Nous n’ignorons

iç»o JÉSUS-CHRIST ET LE DON SPÉCIAL DE SON CŒUR

pas les erreurs et les fautes du docteur gallican; mais, outre qu’elles sont en quelque sorte couvertes par l’humilité du catéchiste des petits enfants de Lyon ne peut-on pas dire qu’il suffirait à sa gloire d’avoir pu être présenté sans trop d’invraisemblance comme l’auteur probable de Y Imitation de Jésus-Christ? Ce qui est certain, c’est que ses écrits, sous une forme parfois assez étrange, qui s’explique par le mauvais goût du temps, contiennent une spiritualité très élevée, . aussi solide qu’affectueuse, dont les âmes peuvent en toute confiance faire leur aliment. Un maître de la science sacrée, qui a parlé avec tant d’amour de la très sainte Vierge Marie, de son chaste époux saint Joseph, et de Jésus, surtout de Jésus crucifié, ne pouvait être complètement étranger aux mystères du Cœur divin transpercé par la lance. Traduisons quelques distiques d’une versification demi-barbare, mais d’une noble inspiration, empruntés à un poème qu'il a intitulé Centilogium de Meditatione Crucis :

« O mon Jésus crucifié! pardonne, je t’en prie, si ta bonté me ravit et me fait oublier la crainte de ta Majesté...

« Il étend les bras, il incline la tête, il me montre par l’ouverture de son Côté l’amour de son Cœur.

« Ne serais-je pas de glace, ne serais-je pas un ingrat, si, sans égard à de telles avances, je ne rendais pas amour pour amour ?

« Sans doute la Majesté repousse, si l’on y fixe les yeux; mais la chair lui sert de voile, on ne voit que la bonté.

« O bonté ! qui n’as pas reculé devant les soufflets, les crachats, les fouets, les clous, ni devant la mort de la Croix!

« Maintenant, il ne languit plus d’amour, il ne sent plus les coups; il est mort, mais il demeure encore suspendu au gibet.

« Mort, comment pourrait-il se dérober à mes embrassements? Ose, âme pieuse, ose t’unir au divin Ami.

« Qu’hésites-tu à lui donner un baiser? Ne devrais-tu pas te fondre tout entière d’amour? Que la croix n’est-elle baignée de tes larmes!

« Ah! peut-être, descendu de la croix, repose-t-il sur le sein de sa Mère : mêle, mêle tes pleurs aux pleurs maternels !

i. Voir Joann. Gersonii opéra, t. III, p. 277. Traité de la manière de gagner à Jcsus- Christ les petits enfants.

Tiré de la Revue le Règne de Jésus-Clirist, année 1887; estampe conservée au musée eucharistique de Paray. xvir» siècle.

T.e 21 avril 1 5o5, Louis XII fit hommage de sa couronne à l’Hostie miraculeuse de Dijon. Cette hostie, percée de plusieurs coups d’épée et maculée du sang sorti de ces plaies, avait été envoyée par le pape Eugène IV au duc de Bourgogne Philippe le Bon. Animé d'un profond sentiment de foi, Louis X1H, lors de son entrée à Dijon, en 1629, se rendit à la Sainte-Chapelle, et, refusant le carreau qui lui était offert, se traîna sur ses genoux jusqu’au pied de l’autel de la Sainte-Hostie.

« N’est-il pas plus dur que la pierre, plus dur que le diamant, le cœur qu’un tel spectacle ne peut attendrir1 ? »

La seconde moitié du quinzième siècle vit briller, sur les marches du trône et ensuite dans la retraite, les vertus d’une illustre princesse, sainte Jeanne de Valois, d’abord reine de France, puis déchue de ce haut rang par l’annulation de son mariage, simple duchesse de Berry, et fondatrice de l’Ordre des Annonciades de la très sainte Vierge. Nous n’avons pas à nous étendre sur sa résignation dans un tel changement de fortune, sa charité sans borne envers les pauvres, sa piété vraiment angélique, ni sur les faveurs célestes dont elle fut comblée. Mais une circonstance de sa vie posthume nous a frappé. Morte à Bourges en i5o3, son tombeau fut sacrilègement profané en i 56o parles calvinistes. Or, d’après le grave annaliste Raynaldi, « ces bandes impies ayant pris la ville de Bourges, trois soldats pénétrèrent dans le caveau funèbre de la sainte duchesse, pour enlever la caisse de plomb où étaient renfermés ses restes précieux. Ils trouvèrent le corps parfaitement conservé. Quand ils y portèrent la main, un gémissement en sortit à trois reprises, de telle sorte qu’ils s’enfuirent épouvantés, et allèrent raconter à leurs camarades ce prodigieux événement. »

Pourquoi ces gémissements ? demande un pieux auteur. Sans doute on peut les expliquer comme une douloureuse plainte de tant d’injures faites à Dieu et à ses saints; mais l’histoire de Jeanne nous permet d’entrevoir une cause plus intime et plus haute. Pendant quelque temps on l’avait crue malade, lorsque son confesseur devina que son infirmité sortait des conditions ordinaires. Il la pria de s’en ouvrir à lui. Alors elle avoua que Jésus-Christ lui était apparu et l’avait invitée à un festin pour le jour suivant. En effet, le lendemain, à la sainte messe, on la vit baignée de larmes et ravie en extase. Jésus- Christ et son auguste Mère étaient devant elle, tenant les dons promis : c’étaient deux cœurs, qu’ils lui présentèrent. Comme Jeanne voulait, sur l’invitation du Sauveur, y joindre le sien, elle porta la main à sa poitrine et fut bien étonnée de n’y rien trouver. Jésus la regardait avec un doux sourire. Elle ne pouvait plus trouver son i. Joann. Gersonii opéra, t. IV, p. 538.

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