Bolland., Acta Sanctorum, 4 Febr
caces, pour la guérison des malades, des choses qui, par elles-mêmes, leur auraient été inutiles ou même nuisibles : « Par charité, disait-il, prenez cette herbe, usez de cette poudre, mangez ce morceau, et vous serez guéri. » En un mot, il avait toujours la charité dans l’esprit, dans le cœur, dans les mains et sur la langue. Par un contraste, au fond bien aisé à comprendre, en même temps qu’il impose à son Ordre, comme signe distinctif, une vie de carême perpétuel, il lui donne pour armes et pour blason le mot Chantas , brillant en lettres d’or sur un champ d’azur. Et que dit autre chose le Cœur de Jésus, tel que nous l’adorons, avec sa plaie béante, la couronne d’épines qui l'entoure et les flammes qui le surmontent?... Voilà comment, au début d’un siècle de naturalisme, de corruption et de haine, Dieu voulut encore une fois ménager au monde, dans la personne de saint François de Paule, la saisissante apparition d’une vie toute miraculeuse de prière, de mortification et d’amour!
En effet, déjà le fougueux moine de Wittemberg s’apprête à jeter son cri de rébellion contre Rome. Le sombre fanatisme de Calvin ne lui fera qu’un trop puissant écho; et les passions voluptueuses d’un Henri VIII consommeront, pour ainsi dire, l’œuvre d’iniquité. Un nuage de deuil plane sur le monde chrétien. Mais, ne craignons pas, le grand concile de Trente inaugure la véritable Réforme, qui sera si féconde. Les saints naissent de toutes parts, avec de nouveaux Ordres religieux, plus libres dans leurs allures, plus militants, tels que les réclament les malheurs présents de l’Église : saint Ignace de Loyola, saint Gaétan de Thienne, saint Philippe de Néri, sainte Thérèse de Jésus, sainte Angèle de Mérici, etc. Que d’autres noms, également illustres, viennent comme d’eux-mêmes se placer ici : saint Thomas de Villeneuve, saint François Xavier, saint Pierre d’Alcantara, saint Louis Bertrand, saint Jean de la Croix, saint André Avellin, le bienheureux Pierre Canisius, saint Charles Borromée, et comme pour conduire ce chœur d’apôtres, d’évêques, de contemplatifs, de réformateurs inspirés, l’admirable pape saint Pie V !
La France, il est vrai, brille peu dans ces diptyques sacrés. Mais Dieu lui réserve au moins l’honneur de voir se former à son école théologique de Paris des hommes puissants en œuvres et en pa-
LA DOUCEUR DU REGARD DE JÉSUS Fresque de Fra Angelico, au couvent de Saint-Marc, à Florence. Quinzième siècle.
“ Ils se moquèrent de Jésus en le frappant, et ils lui voilèrent le visage. » (Ezéchiel, ni, 23.) Mais le bandeau transparent laissait apercevoir son regard plein de bonté. — Pierre venait de renier Jésus avec serment. Alors le Sauveur dirigea vers l’apôtre des yeux brûlants d’amour, qui exprimaient des reproches pleins de bonté; et celui-ci, ouvrant son âme au repentir, versa des torrents de larmes. Le jour même de son martyre, des pleurs inondèrent encore son visage, quand le souvenir de ce regard de Jésus vint se retracer dans son esprit. (V. Dalgairns, supérieur de l’Oratoire anglais. Delà Dévotion au Sacré Cœur de Jésus, p. 94 ' — Il est beau notre Dieu : beau, Verbe éternel au sein du Père; beau, Dieu enfant entre les bras de sa . 1ère; beau dans les miracles; beau sous les coups de fouet; beau sur l’arbre de la croix; beau jusque dans la tombe. (Saint Augustin, Enarrat. in Psalm., 44.)
rôles, tels que saint Ignace de Loyola, François Xavier et, avec tant d’autres, le bienheureux Pierre Lefèvre, cet humble et pieux enfant de la Savoie, dont le modeste apostolat opéra des prodiges. Le Parlement, la Sorbonne et le peuple, sinon toujours la royauté et la noblesse, opposeront une digue infranchissable aux nouvelles doctrines. Notre terre, profondément imprégnée du sang de Jésus-Christ, aura encore assez de vigueur, malgré la trop visible décadence des mœurs publiques, pour susciter de vrais martyrs et aussi des héros chrétiens, parmi lesquels figurent au premier rang Anne de Montmorency, le maréchal de Saint-André, le sublime François de Guise, et cet invincible défenseur de Malte, Jean de Lavalette. Aussi, les hordes calvinistes pourront bien couvrir notre sol de ruines sacrilèges et l’arroser du sang le plus précieux, elles ne parviendront pas à nous arracher la vieille foi de nos pères; elles n’empêcheront pas la formation de la sainte Ligue catholique, dont il faut regretter les déviations et les excès, mais sans oublier que la France lui doit la conversion de son roi Henri IV et la préparation d’une ère nouvelle, la plus belle de son histoire après celle de saint Louis.
Médaille frappée en souvenir de la conversion d’Henri IV.
Reproduite d'après l’original, mesurant vingt-deux millimètres en diamètre, et conservé au musée eucharistique de Paray-le-Monial.
Glorification de S. François de Sales. D’après Abraham Bosse, xvn' s.
Le saint donnait aux religieuses de la Visitation le titre de « Filles du Sacré-Cœur de Jésus ».