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CHAPITRE V

LE XVIIe SIÈCLE

'abjuration solennelle d’Henri IV à Saint-Denis, en 1595, inaugure pour la France une ère vraiment nouvelle.

Après un siècle de désordres sans nom, après les pillages, les incendies, les massacres, les effroyables dévastations de ces longues et atroces guerres civiles déchaînées par les novateurs, quel apaisement, quelle renaissance, quel joyeux réveil d’esprit

Le Lis, entouré d’épines, emblème de la pureté 1 J

protégée par la mortification. patriotique et chrétien sous le sceptre

OEuvres du B. Fr. de Sales. Paris, 1652. . , ,

réparateur du petit-fils de saint Louis, enfin réconcilié avec l’Église et avec son peuple! On put voir alors une fois de plus qu’il ne faut jamais désespérer de notre pays, et que le jour de ses plus profonds abaissements est peut-être la veille de ses plus triomphantes prospérités. De tous côtés les abus se réforment, les institutions monastiques reviennent à leur ferveur

première, de nouvelles surgissent, l’éducation de la jeunesse est confiée à des maîtres tous chrétiens, la plupart religieux : c’est l’aurore d’une des grandes époques de l’histoire.

Or, au milieu de cet élan universel, dès i6o3, tous les yeux se tournent vers l’illustre Thérèse de Jésus, morte vingt ans auparavant, après avoir ramené à la primitive observance l’Ordre antique du Carmel et rempli l’univers du bruit de sa sainteté séraphique. Pouvait-on oublier que la conservation de la foi en France avait été l’idée inspiratrice de sa Règle, si particulièrement marquée du sceau de l’apostolat par la prière et la pénitence? Le royaume très chrétien veut donc à tout prix posséder une colonie de ses dignes filles, on dirait par reconnaissance.

L’établissement parmi nous des Carmélites déchaussées devient une affaire d’Etat. Le roi donne à ce sujet des instructions pressantes à son ambassadeur près de Philippe III. De plus, il députe un de ses aumôniers, le célèbre M. de Bérulle, à la tête de plusieurs autres envoyés, pour aller chercher en Espagne des religieuses formées de la main même de la sainte réformatrice. La négociation fut longue et pénible; mais enfin la France l’emporta. Six carmélites espagnoles nous étaient accordées, toutes éminentes par la vertu et une intrépidité toute virile. Leur voyage à travers nos provinces méridionales fut un continuel triomphe. Les châteaux et les abbayes se disputaient l’honneur de leur donner l’hospitalité. Souvent, des cavalcades de gentilshommes allaient à leur rencontre et leur faisaient cortège. Leur arrivée à Paris prit les proportions d’un événement. La cour se fit représenter à leur réception par des princes et des princesses du sang.

Mais avant de s’installer dans l’humble couvent provisoire qui les attendait rue Saint-Jacques, elles demandèrent à gravir les hauteurs de Montmartre, pour y aller prier, dans la chapelle du Martyrium, sur le tombeau du premier apôtre de Paris. C’était bien comprendre l’esprit apostolique de leur Mère. Bientôt il fallut créer de nouveaux monastères : chaque ville voulait avoir le sien. Circonstance touchante, et qui sans doute se renouvela plus d’une fois : quand s’éloigna de Paris la petite colonie destinée à fonder le Carmel

de Pontoise, elle s’arrêta à Montmartre comme pour s’y retremper dans les ardeurs de l’apostolat.

C’est ainsi qu’en moins de vingt années la France se couvrit de ces pieuses retraites ; et les plus nobles familles, les Marillac, les Larochefoucauld, les Brissac, les Séguier, les Bérulle, les Sancy, les

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