JÉSUS NOTRE FRÈRE
Fresque de Fra Angelico, au couvent de Saint-Marc, à Florence. xve siècle. — Jésus apparaissant à Madeleine après sa résurrection, lui dit: « Va trouver mes frères, et porte-leur ces paroles: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu, » voulant leur montrer que, loin de les méconnaître dans sa gloire, il les regardait comme lui étant encore plus proches et plus chers. (Louis Veuillot, Jésus-Christ.) — « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère. » (S. Matthieu, xii, 5o.)
Fontaine-Mareuil et cent autres tinrent à honneur d’être représentées dans les rangs de la nouvelle milice.
Entre les premières, s’était enrôlée avec trois de ses filles, aussi pures que belles, l’illustre Mme Acarie, que dirigea saint François de Sales, et que sainte Thérèse elle-même avait miraculeusement désignée comme la seconde Mère de son Ordre en France. Dès qu’elle fut libre, la grande dame devint petite sœur converse au couvent de la rue Saint-Jacques, sous le nom de Marie de l’Incarnation, qu'elle
devait rendre si glorieux en le sanctifiant. C’est ici le lieu de mentionner une faveur insigne dont Notre-Seigneur daigna l’honorer. Au témoignage du pieux et savant docteur Duval, son confesseur, «elle portait intérieurement les cinq plaies du Crucifix, et ressentait à certains jours toute la pointe des douleurs qui en sont la suite1 ». Fidèle à garder le secret du divin Roi, elle n’en parla jamais qu’au père de son âme. Mais, à sa mort, un céleste parfum, s’exhalant de sa poitrine, trahit la bonne odeur de Jésus-Christ qui était en elle. Les vierges du Carmel, qui ne vivent que de prière, de pénitence et d’amour, pouvaient-elles ne pas être les adoratrices, même anticipées, du Cœur de Jésus?
Mais ce n’est pas seulement au fond des monastères qu’éclatent ces touchantes merveilles : le monde n’en est point déshérité. En ce moment-là même, vivait dans le Limousin une admirable femme, Madame, ou comme on disait alors, Mademoiselle de Neuvillars, souvent favorisée des plus étonnantes communications du divin Cœur. Citons quelques passages de ses Mémoires : « M’étant un jour prosternée aux pieds de Notre-Seigneur et faisant avec sa Majesté des colloques pleins d’affection en les lui baisant tendrement, il me fit reproche de mon peu de confiance en ces propres termes : « Il n’y a personne « qui n’eût accepté mon Cœur, si je le lui eusse offert aussi bien qu’à « vous. » Et, toutefois, je n’eus pas encore le courage de lui faire cette requête, que j’estimais trop incivile à cause de mon indignité. De sorte que la promesse demeura sans effet jusqu'au i5 juin (i6i5), que, m’entretenant sur la considération des grâces que Dieu fait aux âmes qui sont véritablement vertueuses, et me persuadant qu’elles doivent être bien avantageuses puisque, nonobstant mon indignité et mes misères, j’en reçois de si grandes, Notre-Seigneur se présenta soudain devant mes yeux, et, répondant à mes pensées : «Je vois bien, me « dit-il, que tu te plains de moi ; mais tu ne le feras plus désormais : « voila mon Cœur que je t’avais promis, tu y trouveras abondamment « tout ce que tu y saurais désirer. » En vérité, tout, jusqu’au jour du mois et aux termes mêmes, rappelle ici les révélations que recevra dans soixante ans la bienheureuse visitandine de Paray-le-Monial. i. Vie de la B. Marie de l’Incarnation, par M. Duval, ch. vu.
On vient d’entendre les paroles mêmes de Mm0 de Neuvillars; la naïveté de son vieux langage ne suffit-elle pas à en garantir la sincérité? Son biographe contemporain, aussi très digne de foi, ajoute : « Je ne veux point ici rechercher en quelle façon se fit cet admirable commerce de cœur à cœur, et comment Notre-Seigneur lui mit entre les mains le don qu’il lui faisait; je me contenterai de dire qu’en quelque sorte que cet échange de cœur se soit accompli, la suite montra qu’il s’était passé de grands changements dans l’âme de cette servante de Dieu, et qu’elle agissait par un principe incomparablement plus relevé qu’à l’ordinaire... » Et plus loin : « Ceci parut sensiblement dans une excellente vision qu’elle eut quelque temps avant de mourir. Car un jour, Notre-Seigneur lui découvrant à nu les ouvertures de ses Plaies sacrées, et faisant sortir de son Côté comme un torrent de flammes divines, elle qui en brûlait toute et qui voyait que c’était là son élément et son séjour naturel, s’élança à plusieurs reprises, avec une ferveur admirable, au milieu de ces flammes, ne pouvant espérer de lieu plus propre à entretenir son amour que cette fournaise d’amour. Après ces élancements, Notre-Seigneur, s’étant retiré d’elle, la laissa si transportée qu’elle ne savait si elle était au ciel ou sur la terre ; et elle-même avoue dans son écrit qu’il lui serait impossible d’expliquer la disposition où elle se trouva alors, avec des pensées ou des paroles humaines1. » Omettons beaucoup d’autres grâces pareilles, ou plus étonnantes encore, et disons seulement que la noble châtelaine ainsi favorisée, née calviniste, mariée à un gentilhomme calviniste, privée de presque tout secours religieux, recevait ces visites célestes au fond d’un manoir isolé du Limousin.