‹ La France et le Sacré CœurChapitre 74 sur 148 · LA COMPAGNIE DE JÉSUS, LE VÉN. P. EUDES, ETC · texte numérisé non relu

LA COMPAGNIE DE JÉSUS, LE VÉN. P. EUDES, ETC

Pour propager le culte du divin Cœur par toute la terre, les Filles de saint François de Sales devaient avoir des collaborateurs. En dehors même du plan divin inauguré au Calvaire et qui nous montre Jésus et Marie se survivant, à travers les âges, dans une longue suite d’ouvriers et d’ouvrières, providentiellement appliqués

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à une même entreprise, il faut tenir compte de l’impuissance relative où se voit tout Ordre de femmes dans les œuvres auxquelles doit s’ouvrir un vaste théâtre. L’influence de religieuses, surtout cloîtrées, ne peut avoir qu’une expansion nécessairement limitée.

Pour suppléer à cette insuffisance, il fallait que la Providence leur envoyât des auxiliaires rompus à tous les genres de propagande, prêts à parler, prêts à écrire, sachant manier également la plume et la parole ; des hommes qui, libres de toute entrave, sans racine qui les fixât au sol natal, n’attendissent qu’un signe pour s’élancer à travers les océans ou les déserts, et porter dans les deux hémisphères la connaissance et l’amour du Sacré Cœur. Pour eux, le cloître reculait ses limites ; le cloître, c’était l’univers 1

Des auxiliaires de cette trempe ne pouvaient appartenir qu’à un Ordre religieux voué à l’apostolat. Le choix du divin Maître s’arrêta sur les fils de saint Ignace. Il leur avait donné son nom, il voulut leur donner son Cœur.

Dans son Histoire , déjà citée, de la bienheureuse Marguerite- Marie *, Mgr Bougaud a écrit une page qui éclaire d’un beau jour ce choix de Notre-Seigneur, et que nous nous permettons de reproduire, malgré les éloges dont nous y sommes comblés, et qui doivent remonter à Dieu seul :

« Dieu voulut récompenser par là cette vaillante Société des services qu’elle avait rendus à l’Église, au milieu de la grande mêlée du seizième siècle.

« Peut-être aussi, par une attention délicate, voulut-il la remercier de la position qu’elle avait prise, au dix-septième siècle, dans la redoutable bataille que le jansénisme naissant commençait à livrer à l’Église... Car, sans affaiblir le respect que l’on doit à la majesté infinie de Dieu, elle n’avait pas cessé d’exalter sa bonté, sa tendresse pour les pécheurs, son amour infini... Ajoutons que, pour prix de tant de services, pour la récompenser d’avoir élevé la jeunesse européenne tout entière, civilisé le Paraguay, évangélisé le Japon, versé son sang sur mille plages inhospitalières, embaumé le monde du parfum de toutes les vertus, la Compagnie de Jésus

i. Ch. vi.

SAINT IGNACE ET SES PREMIERS COMPAGNONS Autour du saint fondateur de ]a Compagnie de Jésus sont groupés, à sa gauche, les Pères Jean Codure, Simon Rodriguez, le B. Pierre Fabre et le P. Jacques Lainez; à droite, les Pères Paschase Brouet. Claude Le Jay, Alfonse Salmeron, Nicolas Bobadilla et saint François Xavier. — Une gravure coloriée du dix-huitième siècle, signée Mariage, et conservée aux Ursulines de Quimperlé, représente un sujet semblable, avec cette légende :

Cara tuo Jesu quani sis, gens indyta, disce : Peuple heureux, vois combien te chérit ton Sauveur :

Dat tibi Cor, Nomeu qui dédit ante suum. Il t’a donné son Nom, il te donne son Cœur.

allait être persécutée, honnie ; ses membres les plus vénérables jetés en prison ou envoyés en exil, et qu’il était bien juste que Dieu lui don-

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nàt, dans des circonstances aussi critiques, non seulement un appui et une consolation, mais surtout un signe public de son amour. »

Le Cœur que Jésus donnerait ainsi à sa Compagnie n’y était pas inconnu. Longtemps avant la bienheureuse Marguerite Marie, bon nombre de ses anciens Pères, de ses écrivains ascétiques, l’avaient déjà entrevu, honoré, prêché dans leurs discours ou leurs écrits; et les ardeurs de leur piété respirent encore dans les saintes pages de leurs livres. C’est là que d’innombrables lecteurs se sont initiés à la connaissance de ce Cœur adorable, là qu’ils ont appris à lui rendre les hommages de la confiance et de l’amour, sans toutefois qu’aucun lien extérieur réunît ces adorations individuelles en forme de culte public. L’heure de Jésus n'était pas arrivée. Mais, grâce à ces enseignements isolés, à ces rayonnements du livre dans les intelligences, un esprit nouveau, celui-là même dont saint François de Sales fut le plus éloquent organe, pénétra peu à peu le monde chrétien; les âmes s’orientaient vers ce Cœur sacré, que toutes n’apercevaient pas sans doute, mais qu’elles pressentaient dans les clartés naissantes de son prochain avènement.

Ces précurseurs de la bienheureuse Marguerite-Marie, au sein de la Compagnie de Jésus, se révèlent de plus en plus nombreux et dans un enseignement de plus en plus lumineux et distinct, à mesure qu’ils se rapprochent de la seconde moitié du dix-septième siècle. Toutefois, dès l’origine de l’Ordre, et plus d’un siècle avant les grandes manifestations de Paray-le-Monial, le B. Pierre Canisius préludait aux effusions qui remplissent la Retraite spirituelle du vénérable P. Claude de la Colombière. Voici ce que nous lisons dans le Mémorial du saint apôtre de l’Allemagne :

« Le jour de mes vœux était arrivé, et déjà je m’avançais vers l’autel, lorsqu’un ange sembla me dévoiler toute l’étendue de mes misères et me faire sentir mon indignité. Mais alors, ô mon divin Rédempteur! vous m’avez entrouvert votre Coeur adorable et vous m’avez permis d’y plonger mon regard; vous m’avez invité à puiser en vous les eaux du salut, ordonné de boire à vos fontaines sacrées. Comme je désirais avec ardeur être inondé des flots d’amour, d’espérance et de foi que j’en voyais jaillir ! Quelle soif de pauvreté,

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