‹ La France et le Sacré CœurChapitre 75 sur 148 · S. VINCENT DE PAUL ET LES ŒUVRES DE CHARITE · texte numérisé non relu

S. VINCENT DE PAUL ET LES ŒUVRES DE CHARITE

Il y eut, au dix-septième siècle, une abondante effusion de l’esprit de charité spirituelle et corporelle, en opposition avec l'esprit de rigueur froide et sombre qui caractérise le jansénisme. Saint Vincent de Paul est demeuré dans le souvenir des peuples comme une vivante personnification de la religion d’amour.

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de chasteté, d’obcissance! Je vous suppliais de me purifier, de me revêtir d'innocence comme au baptême. Enfin, approchant mes lèvres brûlantes de votre Cœur très doux, j’osai me désaltérer à cette source divine, et vous me promettiez, Seigneur, pour couvrir ma nudité, un vêtement céleste, composé de trois étoffes : les vœux adaptés à la profession, et encore la paix, la charité, la constance. Orné de ce vêtement de salut, j’avais pleine confiance que rien ne me manquerait plus, et que tout me réussirait pour votre gloire.

« La messe des vœux fut célébrée, en présence de tous nos Frères, par le premier général de notre Compagnie, votre fidèle serviteur Ignace L »

Cette vision laissa dans l’âme de Canisius un souvenir ineffaçable. Il ne cessa plus d’invoquer le Cœur de Jésus avec la familiarité d’un ami parlant à un ami ; témoin cette prière qu’il lui adressait tous les matins : «Je vous loue, je vous bénis, je vous glorifie et je vous salue, ô Cœur très doux et très aimant de Jésus-Christ! mon très fidèle ami; je vous remercie de la fidélité avec laquelle vous m’avez gardé et protégé durant cette nuit, et avez rendu pour moi, à Dieu votre Père, les louanges et actions de grâces dont je lui étais redevable. Et maintenant, ô mon unique ami ! je vous offre mon cœur, vous conjurant de faire que, durant cette journée, toutes mes pensées, mes paroles, mes œuvres et mes affections soient réglées sur le bon plaisir de votre très aimable volonté. »

i. Voir le Bienheureux Canisius, ou l’apôtre de l’Allemagne au seizième siècle, i vol. in-i 2. Paris, Douniol, 1 865 , p. 72 et jS.

Le fondateur de la Compagnie de Jésus avait lui-même une tendre dévotion pour les Saints Cœurs de Jésus et de Marie. D’après le vénérable Père Bernier, mort en iG55, Notre-Seigneur lui fit, comme à sainte Catherine de Sienne, et à plusieurs reprises, le « don de son propre Cœur ». ( Ménologe de la Compagnie de Jésus pour l’Assistance de France, 17 juin.) En outre, depuis le jour de sa conversion jusqu’à la fin de sa vie, saint Ignace porta sur sa poitrine une pieuse image de la sainte Vierge, une Pietà, qu’il appelait « Sainte Marie du Cœur ». Il l’invoquait avec amour, et par le moyen de cette image, le saint affirmait avoir reçu, en bien des rencontres, des grâces extraordinaires. Enfin, le vénérable P. Bernard de Hoyos, qui a été en Espagne, dès 17^3, le grand initiateur de la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, reçut un jour la miraculeuse visite du saint Patriarche. C’était le jour même de sa fête, 3i juillet. Saint Ignace lui apparut en compagnie de saint François Xavier, l’entretint longuement de cette bénie dévotion, et déclara que la Compagnie de Jésus était divinement destinée à la répandre.

LE VÉN. P. DE LA COLOMBIERE

Directeur de la B. Marguerite-Marie et son auxiliaire pour la propagation du culte du Sacré Cceur.

En même temps que le bienheureux Canisius, ou, à sa suite, d’autres fils de saint Ignace, le bienheureux Pierre Lefèvre, l’illustre Salmeron, le vénérable Louis du Pont, Corneille La Pierre, Alvarez

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de Paz, etc., invitent les âmes à pénétrer dans le Cœur de Jésus pour y faire leur séjour. Nous ne citerons qu’un passage de Jacques Alvarez de Paz, dont les écrits de théologie mystique sont si universellement estimés :

« Efforcez-vous d’entrer dans le Cœur de Jésus, et considércz-le attentivement, afin de former votre cœur à sa ressemblance. Ce Cœur très saint est le chemin qui conduit au salut éternel; il est la porte qui nous fait entrer dans la contemplation de Dieu même. O sauveur des hommes! Christ Jésus, ouvrez-moi votre Cœur; ouvrez-moi cette porte de vie, cette source d’eau vive, afin que j’arrive par elle à la connaissance de votre Majesté, et que je boive cette eau de la véritable vertu, qui apaise dans mon cœur la soif de toutes les joies temporelles h »

Ajoutons que, dès 1 587, les Lettres annuelles de la Compagnie de Jésus , publiées à Rome, portaient déjà sur leur frontispice le monogramme I. H. S., avec le Cœur de Jésus percé de trois trous. Ce même monogramme, diversement combiné avec le Sacré Cœur et les instruments de la Passion, se retrouve dans une foule d’anciens livres de Jésuites, bien antérieurement aux révélations de la bienheureuse Marguerite-Marie

La France ne reste pas étrangère à ce beau mouvement. En 1657, mourait à Paris, en grand renom de sainteté, un émule des Louis du Pont, des Lancicius et des Alphonse Rodriguez, dans l’art divin de répandre par ses écrits la connaissance et l’amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ : c’est le P. Jean-Baptiste Saint- Juré. Il se sentit appelé «à l’apostolat de la plume» pendant que, célébrant la sainte messe, il tenait dans ses mains le corps du Sauveur. La vénérable Jeanne des Anges 2 vit un jour le divin Crucifié avec la plaie de son Cœur tout ouverte : elle lançait des flammes et le sang en jaillissait à gros bouillons. L’homme de Dieu était enchaîné à ce Cœur sacré par une triple chaîne d’or : il recevait dans ses mains le sang adorable que Jésus y versait à Ilots, et dans sa bouche une flamme dévorante. Alors, s’adressant à son humble

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