‹ La France et le Sacré CœurChapitre 80 sur 148 · QUE DES INGRATITUDES, PAR LEURS IRRÉVÉRENCES ET SACRILEGES, ET PAR LES · texte numérisé non relu

QUE DES INGRATITUDES, PAR LEURS IRRÉVÉRENCES ET SACRILEGES, ET PAR LES

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28 octobre 1672,

Tableau de MM. Langiois, de Paris, et Chatigny, de Lyon, dans la chapelle de la Visitation de Paray-le-Monial. — La supérieure avait envoyé Marguerite-Marie dans le jardin, garder une ânesse et son petit ànon, que la communauté venait d’acheter poufle service d’une sœur malade. Elle passait donc la journée à courir tantôt après l'ànesse, tantôt après l’ànon, que tentaient les herbes du potager. C’est en ce lieu qu’agenouillée dans un petit bouquet de noisetiers, elle reçut une des plus grandes faveurs de sa vie.

FROIDEURS ET MEPRIS Qu’lLS ONT POUR MOI DANS CE SACREMENT D’AMOUR. Et ce qui m’est le plus pénible, c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés. » Alors il lui demanda de faire établir dans l’Église une fête particulière pour honorer son divin Cœur : « C’est pour cei.a QUE JE TE DEMANDE QUE LE PREMIER VENDREDI d’aPRES l’oCTAVE DU SaINT- Sacrement soit dédié a une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-la et en lui faisant réparation d’honneur par une amende honorable pour les indignités qu’il a reçues. Et je te promets que mon Cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son amour sur tous ceux qui lui rendront cet honneur ou qui procureront qu’il lui soit rendu. »

Telle est la révélation définitive au point de vue spirituel. « Tout ce qui regarde la dévotion au Cœur divin de Jésus s’y trouve, dit le dernier historien de la Bienheureuse ; son principe, qui n’est autre que l’amour débordant de Dieu, l’amour essayant un plus grand effort pour vaincre le mal ; son but, qui est d’offrir à Dieu un culte de réparation, de consolation et d’amende honorable; son caractère, qui est d’être un culte public après avoir été si longtemps une dévotion intime ; ses effets enfin, qui seront une nouvelle effusion de l’amour divin sur l’Église, et plus particulièrement sur les âmes pieuses qui s’en feront les propagatrices et les apôtres. »

L’humble vierge, que les précédentes communications avaient souvent agitée, resta calme cette fois. A peine si, en face d’une telle mission, elle laisse échapper un mot : « Mais, Seigneur, comment ferai-je ? » Notre-Seigneur lui dit de s’adresser au serviteur de Dieu envoyé « précisément pour l’accomplissement de ce dessein ». C’était le P. de la Colombière. Déjà elle l’avait vu ; elle lui avait fait part de ses révélations ; et le saint religieux, après mûr examen, avait cru reconnaître l’action du divin Esprit. Cette fois, il demanda un récit écrit, pour l’étudier plus à loisir. 11 l’examina sérieusement devant Dieu, et, éclairé d’en haut, il déclara à la Bienheureuse que sans nul doute cette révélation venait du ciel. Ainsi rassurée, Marguerite-Marie n’hésita plus. Elle s’agenouilla devant le Sacré Cœur de Jésus, et, la première, lui rendit le plus pur hommage, en se consacrant à lui solennellement. Le P. de la

LES GRANDES RÉVÉLATIONS DE PARAY

LA FÊTE DE SAINTE MARGUERITE, AU NOVICIAT Le jour de Sainte-Marguerite, qui tombait cette année-là un vendredi (20 juillet 1 685 ), les novices, apprenant de leur directrice elle-même que rien ne pouvait lui être plus agréable, je concertèrent pour offrir les premiers hommages au Cœur de Jésus. Une image du Sacré Cœur, tracée à la hâte sur une feuille de papier, fut placée sur un petit autel, dans la salle du noviciat, et environnée de fleurs. Alors la directrice se consacra au divin Cœur, et après elle la troupe innocente en fit autant, chacune répétant à haute voix l’acte de consécration. (Tableau conservé au monastère de Paray.)

Colombière voulut se joindre à elle, et il se consacra, lui aussi, au Cœur de Jésus. C’était le vendredi 21 juin 1675, lendemain de l’Octave du Saint-Sacrement. Ainsi, le jour désigné par Notre-

23o jêsus-christ kt le don spécial de son cœur

Seigneur commençait à devenir un jour de fête en l’honneur de son Cœur : touchantes prémices des adorations que l’humanité chrétienne allait bientôt lui rendre ’.

RÉVÉLATIONS CONCERNANT LA MISSION SPÉCIALE CONFIÉE A LA VISITATION ET A LA COMPAGNIE DE JÉSUS

Il est d’autres révélations que nous ne pouvons passer sous silence. Parmi les plus mémorables, il faut placer celle du 2 juillet 1688, fête de la Visitation de la très sainte Vierge. En ce jour, saint François de Sales qui, avec le Vénérable P. de la Colombière, accompagnait la Vierge Marie dans sa visite à la Bienheureuse, prononça cette étonnante parole : Le Cœur de Jésus veut se rendre

TOUT DE NOUVEAU MEDIATEUR ENTRE DlEU ET LES HOMMES. C’est aussi en ce jour que fut solennellement proclamée par la divine Mère, de la part de Notre-Seigneur, « la double et distincte mission confiée à la Visitation et à la Société de Jésus, relativement au Sacré Cœur » : telles sont les expressions mêmes de Mgr Bougaud. Écoutons le récit que l’humble sœur a fait de cette vision à la Mère de Saumaise1 2:

« Je vous dirai qu’ayant eu le bonheur de passer tout le jour de la Visitation devant le Très Saint Sacrement, mon Souverain daigna gratifier sa chétive esclave de plusieurs grâces particulières de son Cœur... Il me fut, ce me semble, représenté un lieu fort éminent, spacieux et admirable en sa beauté, au centre duquel il y avait un trône de flammes dans lequel était l’aimable Cœur de Jésus avec sa plaie, laquelle jetait des rayons si ardents et si lumineux que tout ce lieu en était éclairé et chauffé. La très sainte Vierge était d’un côté, notre P. saint François de l’autre avec le saint P. de la Colombière, et les Filles de la Visitation paraissaient dans ce lieu, leurs bons anges à leur côté.. Cette Reine de bonté dit aux Filles de la Visitation, en leur

1. Voir Histoire de la B. Marguerite-Marie et des origines de la dévotion au Cœur de Jésus, par le P. Ch. Daniel, ch. xi. i 'ol. in-8°. Paris, Douniol.

2. Vie et œuvres de la bienheureuse Marguerite-Marie, ouvrage publié avec approbation du SaifcuSiége, 2e édition. Paray, 1866. Tome If, lettre lxxxviC

LES GRANDES RÉVÉLATIONS DE PARAY

montrant le divin ,Cœur : « Voilà ce divin Trésor qui vous est « particulièrement manifesté par le tendre amour que mon Fils a

LA VISION DU 2 JUILLET 1688 Tableau conservé au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial.

« pour votre Institut, qu’il regarde et qu’il aime comme son cher « Benjamin ; et pour cela, le veut avantager de cette possession « par-dessus les autres. Et il faut que non seulement celles qui

« le composent s’enrichissent de ce trésor inépuisable, mais encore « qu’elles distribuent cette précieuse monnaie de tout leur pouvoir, « en tâchant d’en enrichir tout le monde, sans craindre qu’il « défaille ; car, plus elles y prendront, plus il y aura à prendre. » Et puis, se tournant vers le P. de la Coiombière, cette Mère de bonté lui dit : « Et vous, fidèle serviteur de mon Fils, vous avez grande part « à ce précieux trésor ; car, s’il est donné aux Filles de la Visitation de « le faire connaître, aimer et distribuer aux autres, il est réservé aux « Pères de la Compagnie d’en faire voir et connaître l’utilité et la « valeur, afin qu’on en profite, en le recevant avec le respect et la « reconnaissance dus à un si grand bienfait. Et à mesure qu’ils lui « feront ce plaisir, ce divin Cœur, source féconde de bénédictions et « de grâces, les versera si abondamment sur les fonctions de leur « ministère qu’ils produiront des fruits au delà de leurs travaux et « de leurs espérances, et même pour le salut et la perfection de cha- « cun d’eux en particulier. »

Cette apparition est restée célèbre : on y trouve la preuve manifeste des prédilections de Notre-Seigneur pour les Filles de saint François de Sales et pour les Frères du vénérable P. de la Coiombière. Une mission leur est donnée, et toutes les grandeurs la couronnent. Grandeur de l’origine: elle est surnaturelle et vient de Jésus par Marie; grandeur du but : elle confère à ses élus le soin de propager sa dévotion nouvelle, et elle les sacre zélateurs et apôtres du Sacré Cœur ; grandeur des résultats : les fruits qui naîtront de cet apostolat dépasseront leurs espérances, le Cœur de Jésus régnera ; enfin, grandeur de la récompense : ce n’est rien moins que la perfection ici-bas, et dans l’autre vie un bonheur sans mesure. Conçoit-on rien de plus glorieux?

La certitude de cette mission ne le cède pas à ses grandeurs. La vision du 2 juillet avait laissé dans l’âme de la Bienheureuse une impression profonde, et il lui aurait été aussi impossible d’en douter que de ne pas croire à sa propre vocation, celle-ci devant trouver dans les desseins de Notre-Seigneur sur les deux Instituts son complément nécessaire. Sa conviction s’affirme dans plus d’un endroit de sa correspondance. Écrit-elle à la Mère de Saumaise,

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LA BIENHEUREUSE REPOSANT SUR LE CŒUR DE JESUS Tableau de MM. Langlois, de Paris, et Chatigny, de Lyon, dans la chapelle de la Visitation de Paray-le-Monial. — « Il me fit reposer longtemps sur sa divine poitrine, écrit la B. Marguerite-Marie, et là il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son Sacré Cœur, qu’il m’avait toujours tenus cachés jusqu’alors. Il me l’ouvrit pour la première fois, mais d’une manière si effective et sensible qu’il ne me laissa aucun lieu d’en douter, par les effets que cette grâce produisit en moi. » ( Vie et oeuvres de la B. Marguerite-Marie, publication du monastère de la Visitationide Paray-le-Monial, I, io5. )

elle a besoin de lui rappeler le privilège accordé à la Compagnie et les bénédictions promises à ses travaux (lettre xcvii0). Écrit-elle au P. Croiset, qu’elle nomme « son cher frère dans le divin Cœur », elle épanche toute son âme dans la sienne, elle ne lui laisse rien ignorer des grands desseins que Notre-Seigneur a sur la Visitation et sur la Compagnie; il en attend beaucoup (lettre ce). Enfin, la Bienheureuse touche au terme de sa carrière; son commerce avec le ciel devient plus intime, et à mesure qu’elle en voit de plus près les splendeurs, ses lumières sont plus vives, ses exhortations plus pressantes. Dans une de ses dernières lettres au P. Rolin, son directeur (lettre cxxxiv6), elle lui dit :

« Que ne puis-je raconter tout ce que je sais de cette aimable dévotion au Sacré Cœur de Jésus, et découvrir à toute la terre les trésors de grâces que Jésus-Christ a dessein de répandre avec profusion sur tous ceux qui la pratiqueront! Je vous en conjure, mon Révérend Père, n’oubliez rien pour l’inspirer à tout le monde. Jésus-Christ m’a fait connaître, d’une manière à n’en point douter, que c’est principalement par le moyen des Pères de la Compagnie de Jésus qu’il voulait établir partout cette solide dévotion... »

On le voit, sa certitude est absolue, inébranlable; et, jusqu’à son dernier jour, elle fait profession de croire à la douce mission de son Ordre et de la Compagnie. Les religieuses de la Visitation et les Jésuites ont accepté cet héritage; ils ont cru, en travaillant à propager la dévotion au Sacré Cœur, remplir un mandat céleste. Ni la Mère de Saumaise, ni les PP. Rolin et Croiset n’en faisaient mystère; et, dans toutes les Visitations comme dans tous les collèges et résidences des Jésuites, on lisait la page où le P. Croiset, premier biographe de la Bienheureuse, raconte ce qu’elle savait, de source certaine, touchant ce futur apostolat1.

i. La Vie de la bienheureuse Marguerite-Marie , par le P. Croiset, S. J. Paris, Douniol, i865, p. g5.

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