‹ La France et le Sacré CœurChapitre 97 sur 148 · V TT · texte numérisé non relu

V TT

Si, par un effet de la bonté infinie de Dieu, je recouvre ma liberté, ma couronne et ma puissance royale, je promets solennellement :

io De révoquer le plus tôt possible toutes les lois qui me seront indiquées, soit par le Pape, soit par quatre évêques choisis parmi les plus vertueux de mon royaume, comme contraires à la pureté et à l’intégrité de la foi, à la discipline et à la juridiction spirituelle de la sainte Église catholique, apostolique, romaine, et notamment la Constitution civile du clergé;

20 De rétablir sans délai tous les pasteurs légitimes et tous les bénéficiers institués par l’Église, dans les bénéfices dont ils ont été injustement dépouillés par les décrets d’une puissance incompétente, sauf à prendre les moyens canoniques pour supprimer les titres de bénéfices qui sont moins nécessaires, et pour en appliquer les biens et revenus aux besoins de l’État;

3° De prendre, dans l’intervalle d’une année, tant auprès du Pape qu’auprès des évêques de mon royaume, toutes les mesures nécessaires pour établir, suivant les formes canoniques, une fête solennelle en l’honneur du Sacré Cœur de Jésus, laquelle sera célébrée à perpétuité dans toute la France, le premier vendredi après l’octave du Saint-Sacrement, et toujours suivie d’une procession générale, en réparation des outrages et des profanations commis dans nos saints temples, pendant le temps des troubles, par les schismatiques, les hérétiques et les mauvais chrétiens;

40 D’aller moi-même en personne, sous trois mois à compter du jour de ma délivrance, dans l’église Notre-Dame de Paris, ou dans toute autre église principale du lieu où je me trouverai, et de prononcer, un jour de dimanche ou de fête, au pied du maître-autel, après l’offertoire de la messe, et entre les mains du célébrant, un acte solennel de consécration de ma personne, de ma famille et de mon royaume au Sacré Cœur de Jésus, avec promesse de donner à tous mes sujets l’exemple du culte et de la dévotion qui sont dus à ce Cœur adorable;

5° D’ériger et de décorer à mes frais, dans l’église que je choisirai pour cela, dans le cours d’une année à compter du jour de ma délivrance, une chapelle ou un autel qui sera dédié au Sacré Cœur de Jésus, et qui servira de monument éternel de ma reconnaissance et de ma confiance sans bornes dans les mérites infinis et dans les trésors inépuisables de grâce qui sont renfermés dans ce Cœur sacré;

6° Enfin, de renouveler tous les ans, au lieu où je me trouverai, le jour qu’on célébrera la fête du Sacré Cœur, l’acte de consécration exprimé dans l’aiticle quatrième, et d’assister à la procession générale qui suivra la messe de ce jour.

Je ne puis aujourd’hui prononcer qu’en secret cet engagement, mais je le signerais de mon sang s’il le fallait, et le plus beau jour de ma vie sera celui où je pourrai le publier à haute voix dans le temple.

O Cœur adorable de mon Sauveur! que j’oublie ma main droite et que je

26o jésus-christ et le don spécial de son cœur

m’oublie moi-même, si jamais j'oublie vos bienfaits et mes promesses, et cesse de vous aimer et de mettre en vous ma confiance et toute ma consolation. Ainsi soit-il.

Ce cri de prière et de détresse n’eut pas son plein effet. Pourquoi? Peut-être parce que Louis XVI n’était plus roi que de nom quand il prit cet engagement solennel. Dieu veut que la France soit consacrée au Cœur de Jésus par son souverain réel et agissant comme souverain; et la France officielle d’alors, au lieu d’adorer le Cœur de Jésus, adorait le cœur de Marat! Du moins le pieux monarque puisa-t-il à cette divine source l’héroïsme du martyre, et son appel ne resta pas sans écho. Peu de temps après, la Vendée se levait, et l’on sait bien que « cette race de géants », les Bonchamp, les Cathelineau, les La Rochejaquelein et tous les autres gentilshommes et paysans, se faisaient gloire d’aller à la bataille avec l’image du Sacré Cœur sur la poitrine.

Madame Élisabeth, l’angélique sœur de Louis XVI, et la reine Marie-Antoinette, sur qui elle exerça une influence bénie, après avoir été tendrement unies au roi dans le culte du Cœur de Jésus, ne pouvaient manquer d’être associées à son martyre. Quelques mois avant son incarcération, Madame Elisabeth avait écrit la formule d’un vœu au Cœur immaculé de Marie pour obtenir la conservation de la foi en France; et ce vœu, adopté par la comtesse de Carcado, la comtesse de Saisseval 1 et d’autres amies de la pieuse princesse, fidèlement observé jusque dans les péripéties douloureuses de l’émigration, devint au retour le principe de plusieurs œuvres charitables, dont quelques-unes subsistent encore. En parcourant ce qui nous reste de sa correspondance et de ses écrits intimes, on rencontre à chaque ligne l’expression émue de son double amour pour les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie et pour la France, qu’elle ne sépare pas de son roi 2.

Aussi, dans une perquisition faite au Temple, les commissaires de la Convention ne trouvèrent-ils que deux choses : l’image

1. Voir Notice biographique sur Madame la comtesse de Saisseval, par le P. de Ponlevoy. Paris, Poussielgue, i85o.

2. Voir Œuvres chrétiennes, etc., de Paul Viol let, op. cit., p. 354 et 355.

LE CULTE DU S. CŒUR AU XVIII® SIECLE

du Sacré Cœur et un livre de prières renfermant une feuille de quatre pages écrites à la main, où on lisait :

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