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Voir Jean Darcy, Op. cit

Tardieu. — Alliances. é

tiU LA FRANCE ET LES ALLIANCES

avait doublé pour F Angleterre. Le 9 février 1877, lord Beaconsfield, de sa propre autorité, achetait pour 100 millions, les 177. UOO actions qui constituaient, dans la propriété du canal, la part du khédive. Quatre ans plus lard, par une inconcevable erreur, le gouvernement français laissait les Anglais s'installer seuls dans la vallée du Nil. De 1882 à 1885, ils soutinrent contre les Derviches une lutte meurtrière et perdirent le Soudan. Mais ils affermirent sur le Nil inférieur leur position. Le 14 janvier 1883, ils obtinrent de la faiblesse de M, Duclerc, ministre français des Affaires étrangères, sa renonciation à un condominium, qui n'avait plus d'ailleurs qu'une valeur théorique. En 1884, ils annoncèrent leur intention d'évacuer à l'échéance de 1888. Mais cette promesse, comme toutes les autres formulées dans le même sens par la voie diplomatique ou au Parlement, demeura sans effet. De 1891 à 1894, ils s'installèrent solidement sur le haut Nil et sur tout le plateau compris entre le lac Albert-Nyanza et le lac Victoria. A la fin de 1895, lord Salisbury fit savoir confidentiellement au gouvernement français qu'il avait décidé de porter au mahdisme le dernier coup et de reconquérir le Soudan. L'emprise de l'Angleterre se faisait de jour en jour plus forte sur TEgypte.

Or, au même moment, avec des moyens d'exé-

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cution insuffisants, auxquels ne pouvait suppléer l'héroïsme de ses agents, avec surtout une déplorable instabilité dans la direction, le gouvernement français, en donnant le haut Nil comme but à l'expédition du capitaine Marchand partie de rOubanghi et à celle de M. de Bonchamps partie de Djibouti, se préparait à poser devant l'Europe le problème égyptien. Un député, le 28 février 1895, avait eu Timprudence de dire à la tribune du Palais Bourbon : « Aujourd'hui le rêve anglais de posséder tout le haut Nil est, je crois , à jamais troublé. » Certains membres du gouvernement pensaient qu'en devançant l'Angleterre nous serions à même d'engager avec elle une négociation d'ensemble dans des conditions favorables... Trois ans après, le capitaine Marchand arrivait à P'achoda. Mais au lieu de s'y trouver en force, en communication avec TAbyssinie, appuyé par une action diplomatique préalable, il rencontrait en face de lui l'armée anglo-égyptienne du Sirdar Kitchener, victorieusement campée sur le champ de bataille d'Omdurman.

Ce que fut le lendemain, on s'en souvient : une discussion pénible, haletante, humihante entre M. Delcassé, ministre des Affaires étrangères et Sir Edmund Monson, ambassadeur d'Angleterre ; des sommations brutales du gouvernement britan-

nique, de Lord Salisbury, de Sir Mchael Hicks Beach, de M. Rilchie; finalement le 4 novembre 1898, l'évacuation de Fachoda sous la menace directe d'une guerre à laquelle notre marine n'était malheureusement pas prête. De 1894 à 1896, nous avions perdu deux ans. En 1896, nous nous étions décidés à agir, mais en chargeant un seul officier avec deux cents hommes de rouvrir la question d'Egypte. Nous subissions la juste peine de tant d'imprévoyance. L'Angleterre, forte de nos fautes, nous avait traqués sans merci. La partie désormais était gagnée pour elle dans l'Afrique orientale. Le 21 mars 1899, nous signions un traité de règlement, qui reconnaissait sa prépondérance dans le Bahr el Gazai et dans le Darfour. On affectait de ne point parler du Nil ; mais ce qui était vrai du Darfour l'était a fortiori de l'Egypte. Par l'abandon du Bahr el Gazai, la Grande-Bretagne exigeait de nous la cession d'une région où jamais elle n'avait pénétré, où nous avions conclu des accords avec les indigènes et créé une trentaine de postes. Une fois de plus, les Anglais nous avaient traités en ennemis. Et cette convention de 1899 mettait à des siècles de haine le point final qui convenait. Si, à ces graves motifs de conflit, on ajoute les difficultés secondaires, à Terre-Neuve, à Zanzibar, à Madagascar, au Siam, au Maroc, on peut se faire

une juste idée de ce qu'avaient été les rapports franco-anglais jusqu'à la veille du jour où fut scellée l'entente cordiale. Tantôt vainqueurs de l'opposition anglaise : à Alger, à Tunis, au Congo ; tantôt vaincus : au Niger, en Egypte, au Soudan ; nous pouvions dire avec lord Salisbury : « Toutes les causes de controverses n'ont pas été écartées. Et à coup sûr, dans l'avenir, nous aurons beaucoup de discussions. » La paix avait été maintenue, mais une paix armée, alarmée, pleine de défiance, de rancune, d'irritation. Comment en cinq années, un accord sincère allait-il s'établir entre les ennemis héréditaires ?

Ce n'est ni en Angleterre, ni en France, c'est en Allemagne qu'il convient de chercher le principe de cet accord. C'est en effet la crainte de l'Allemagne qui a déterminé l'Angleterre, non seulement son roi et son gouvernement, mais son peuple tout entier à se rapprocher de la France.

Les vingt années qui suivirent la fondation de l'empire allemand gardèrent aux relations angloallemandes un caractère de correction. Aussi bien, la diplomatie allemande, sous la direction du prince de Bismarck, avait le souci très vif de rester en

bons termes avec Londres et ne poursuivait hors d'Europe aucun dessein de nature à inquiéter le Foreign office : « Je suis Anglais en Egypte », disait un jour le chancelier. Et, en une autre occasion, il ajoutait : « L'Angleterre est plus importante pour nous que Zanzibar et toute la côîe orientale de l'Afrique. » En dépit des polémiques, dont l'installation des Allemands, sur différents points de la côte africaine, fut l'occasion, malgré même l'intervention diplomatique qui empêcha l'Angleterre de ratifier son traité congolais avec le Portugal, la Wilhelmstrasse, systématiquement, ménageait Downing street. Le 14 juin 1890, un traité anglo-allemand fut signé, qui reconnaissait les prétentions anglaises sur le bassin du haut Nil. Le 15 novembre 1893, un second traité marquait un nouveau succès anglais en stipulant que le Cameroun allemand ne s'étendrait pas à l'Est au delà du bassin du Chari et que le Darfour, le Kordofan et le Bahr el Gazai seraient soustraits à l'influence allemande. Le télégramme même de l'empereur Guillaume au président Kriiger, en 1896, ne souleva qu'une tempête passagère et n'empêcha pas la conclusion d'un traité secret qui, en 1898, disposa, dans des conditions mal connues, de l'avenir des colonies portugaises. Tandis que la presse allemande attaquait sans mesure l'Angleterre tout

au long de la guerre du Transvaal, l'empereur rendait visite ;\ sa grand'mère et négociait un accord anglo-allemand relatif aux Samoa. Quelques mois plus lard, nouveau traité anglo-allemand relatif à la Chine. A la fin de 1901, une triple action navale associait les flottes anglaise, allemande et italienne contre le Venezuela.

Dès ce moment cependant, la politique d'entente était définitivement condamnée. Elle était condamnée parce que le « rat de terre de cousin », comme disait Bismarck, s'était mis en tête de vouloir naviguer et que, dans cette carrière nouvelle, il avait obtenu, en peu d'années, des succès prodigieux, dont l'Angleterre était tout à la fois confondue et exaspérée. Au lendemain du traité de Francfort, aucun Anglais ne prévoyait cette foudroyante transformation. « Un sol aux richesses mal exploitées ; des voies de communication encore incomplètes ; des fleuves irréguliers et peu profonds ; à leurs estuaires, des ports ensablés, ouverts sur une mer resserrée entre les continents et où le climat et les brumes gênent la navigation huit mois sur douze ; une organisation économique défectueuse^ l'anarchie de la production, l'insuffisance des capitaux, enfin et surtout un peuple de soldats, d'érudits et de paysans, fout semblait interdire à l'Allemagne d'aspirer aux brillantes destinées du

Royaume Uni ^ » Ce dernier, délivré de la concurrence française, était sans conteste le « routier des mers », Tintermédiaire nécessaire des deux mondes. La sécurité était absolue.

Sécurité trompeuse. Jamais en effet essor économique ne fut plus prompt, plus soutenu, plus heureux que celui de l'Empire allemand. Jamais on ne vit mieux que « le fer appelle l'or ». En 1870, la population de l'Allemagne était de 40 millions d'habitants. Elle atteignait, en 1907, 61 millions. Pendant cette même période les chemins de fer ont passé de 20.000 kilomètres à 58.000 kilomètres. La navigation intérieure, par suite de magnifiques travaux fluviaux, a franchi les lignes de partage des eaux, réuni les vallées, drainé les produits de l'Europe centrale vers les ports. Ces ports, à qui les ports belges et hollandais, Anvers et Rotterdam, servent de succursales, sont les mieux outillés du monde. Les chantiers allemands ont une célébrité universelle. Les quais allemands monopolisent la majeure partie de l'exportation continentale. La flotte commerciale de Hambourg dépasse, à elle seule, en tonnage, la totalité de la flotte française. Le commerce allemand (importations et exportations) était de 6 miUiards de marcs en 1878, de

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