Voiv Victor Bérard, L'Impérialisme an(jlais
des marques les plus demandées par nos clients doutre-mer : voici des couteaux allemands avec deux croix de Malte et le nom Rotgeiis...
Les Allemands de Westphalie ont sur nous l'avantage du transport par eau sur le Uhin jusqu'à la mer... Les Allemands ont aussi sur nous l'énorme avantage de l'éducation technique. En outre, ils sont sobres et ils courent le monde. Ils se sont abattus par bandes sur ce pays. Ils nous ont inondés de leurs produits contrefaits.
A Londres, dans la Cité, je connais des maisons qui fournissaient, il y a dix ans, les colonies et l'étranger de produits anglais et qui n'expédient plus aujourd'hui que de la camelote allemande. Cette camelote arrive avec la marque Sheiïield. Le consommateur, trompé sur la qualité, s'en aperçoit bientôt. Mais c'est nous qu'il accuse et, quand il a fait deux ou trois expériences pareilles, il ne veut plus rien de nous. Il s'adresse directement aux allemands... qui lui offrent alors de bons produits.
Dix ans plus tard, tous les rapports officiels enregistraient, — aggravée, — la même constatation :
Notre place, écrivait en 1897, le consul anglais de Cherbourg, est fournie de quincaillerie et de bimbeloterie allemandes. La région ne vit que par le commerce anglais. Pourtant les boutiquiers n'achètent rien en Angleterre. Au grand bazar, où j'en demandais la raison, le directeur m'a mis en main des objets de bois et de faïence faits en Allemagne sur les modèles donnés par lui et sur les mesures conformes au goût de notre population avec des vues de Cherbourg et des scènes de Thistoire normande.
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Même note dans les rapports des consuls britanniques en Italie^, en Suède, en Norvège, en Grèce, en Roumanie, en Portugal, en Espagne. En 1898, leurs collègues accrédités en Allemagne résumaient ainsi leur impression :
L'année 1897 a été un admirable succès pour l'Allemagne. Les progrès de toute l'industrie ont continué et le bilan peut être résumé en un seul mot : « toutes cheminées fumantes », et non pas seulement les cheminées des usines, mais celles du bourgeois, du paysan
et de l'ouvrier Tout traduit au dehors le gigantesque
effort de ce pays pour arriver à la tête du mouvement industriel et évincer tous ses rivaux ^.
Si les ports anglais sont en décadence, c'est aussi la faute de l'Allemagne :
L'Allemagne depuis vingt-six ans a fait dans toutes les directions des efforts énormes. L'établissement d'industries productives a donné du travail à une population toujours grandissante, qui de 1872 à 1897, a augmenté de 30 p. 100. L'établissement d'un commerce florissant a doté cette population d'une vie de plus en plus confortable. Ce commerce a grandi de 60 p. 100 dans les vingt dernières années. Le trafic des ports allemands a augmenté de 124 p. 100.
A lire ces rapports, on mesure la crainte que ressentent les Anglais d'être commercialement expropriés par l'Allemagne comme ils ont eux-