G. M. Fiamingo, op. cit
déterminer le rapprochement en assurant à la France des avantages politiques équivalents. Telle ne fut pas l'opinion de M. Delcassé qui, des relations commerciales restaurées, prit occasion pour engager une conversation diplomatique avec le cabinet de Rome. Au mois d'avril 1901, la flotte italienne, commandée par le duc de Gênes, vint rendre à Toulon au président Loubet une visite officielle. La même année, à la suite d'un échange de correspondance avec Paris, M. Prinetti, ministre des Affaires étrangères d'Italie, déclara qu'à sa connaissance « la France n'avait pas l'intention de dépasser, dans les régions attenantes au village de Tripoli, la hmite indiquée par la convention du 21 mars 1899, non plus que d'entraver les caravanes ». Quelques jours plus tard, M. Delcassé, dans un interview, indiquait qu'en retour de cette assurance l'Italie avait promis de ne rien faire qui pût gêner au Maroc la politique française. Tel était, en effet, le sens des notes échangées, en décembre 1900, entre les gouvernements. En 1902, à l'occasion du renouvellement de la Triple Alliance, M. Delcassé expliqua à la tribune « que les aspirations légitimes des deux nations ne sauraient se heurter nulle part » et il ajouta :
Ni directement, ni indirectement la politique de l'Italie n'est, par suite de ses alliances, dirigée contre la
France. Elle ne saurait, en aucun cas, comporter une menace pour nous, pas plus dans une forme diplomatique que par les protocoles et stipulations militaires internationales. En aucun cas et sous aucune forme, l'Italie ne pourrait devenir ni l'instrument ni l'auxiliaire d'une agression contre notre pays.
Quelle était la valeur de ce rapprochement ? Quelle en était la portée? Du point de vue le plus général, c'est-à-dire du point de vue européen, il ne changeait rien aux termes des traités existants. De si près que l'on serre les déclarations de M. Delcassé, il n'en ressort qu'une affirmation : c'est que les engagements imposés à l'Italie par la Triple Alliance n'ont pas un caractère offensif ; c'est que cette alliance est purement défensive et que, partant, l'Italie ne s'associerait pas à une attaque contre la France. Mais il ne semble pas que le traité constitutif de la Triplice ait jamais eu un autre caractère. Ce qui lui donnait une signification offensive, ce n'était point son texte, c'étaient les dispositions que portait l'Italie à son interprétation. Et c'est le changement de ces disposition.s qui constituait, dans l'ordre international, un important fait nouveau. Du temps que Bismarck songeait à nous « saigner à blanc », c'est à l'Italie que revenait, dans son système, le rôle de provocation. C'est par l'Italie que la Triplice pouvait
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devenir offensive. Sans modinor le texte qui a scellé cette alliance, le rapprochement franco-italien en a donc modifié la nature. La ïriplice, depuis ce rapprochement, a perdu sa pointe la plus aiguë. Elle est militairement moins menaçante, politiquement plus apaisée. Elle laisse à l'Allemagne, attaquée par la France, l'appui de l'armée italienne. Celle-ci n'a plus, pour attaquer la France, le concours des provocations italiennes.
Cette évolution se précise encore, si, au lieu de considérer en elle-même l'entente amicale de Rome et de Paris, on la place, comme il convient, en fonction du rapprochement franco-anglais. De 1882 à 1900, l'Italie n'était pas seulement l'alliée de l'Allemagne. Elle était de plus unie à la Grande-Bretagne par des engagements dont la nature n'a pas été précisée, mais dont l'existence n'est pas douteuse. En février 1887, Depretis disait : « Notre situation est maintenant assurée sur terre et sur nier. » Le 29 juin 1891, le marquis di Rudini, président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, déclarait à son tour :
Ce que l'Italie veut avec persévérance et ténacité, c'est la paix, parce qu'elle croit que la paix est nécessaire au développement de ses institutions et à l'amélioration de ses conditions économiques.
Mais d'autre part l'Italie veut aussi avec ténacité le maintien de l'équilibre en Europe, le maintien du statu
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quo et notamment du statu quo dans la Méditerranée.
Pour réaliser ces intentions, ce n'est pas aujourd'hui seulement que le gouvernement a cherché à nouer des intelligences et à conclure des accords avec les puissances qui sont dans le même ordre d'idées et dont les intérêts sont liés aux nôtres.
Un échange d'idées a eu lieu, il y a quelques années, avec l'Angleterre, échange d'idées qui a fait au parlement anglais, de la part de sir J. Fergusson, l'objet de déclarations auxquelles j'aurai peu à ajouter.
Son langage a été strictement conforme à la vérité : l'Italie et l'Angleterre se proposent de maintenir la paix et de maintenir le sfaiu quo. Je puis dire d'ailleurs que je n'aperçois pas de questions sur lesquelles les vues de l'Italie ne soient conformes à celles de l'Angleterre, attendu que leurs intérêts essentiels sont identiques.
Enfin le 17 mars 1896, le marquis di Rudini répétait dans sa déclaration ministérielle que l'amitié traditionnelle avec l'Angleterre complétait pour l'Italie le système de ses alliances. Aussi longtemps que l'Angleterre fut en conflit avec la France, son intimité avec Rome, — son « alliance sentimentale » comme disait le duc de Sermoneta — ne fut pas, on le conçoit, de nature à améliorer les relations franco-italiennes. Au contraire, le rapprochement franco-anglais, conclu en 1904, donna un regain de valeur à l'entente franco-italienne. Il en fut comme la garantie morale, multipliant son efficacité diplomatique dans le sens de l'apaisement. Le rapprochement italo-russe, né delà crise
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orientale de 1908-1909 et consacré par la visite du tsar à Racconiggi en novembre 1909, a eu un effet analogue.
Quant aux accords de désintéressement mutuel, dont le Maroc et la Tripolitaine ont fait l'objet, ils répondaient à l'intérêt des deux pays. On verra plus loin quelles raisons obligeaient la France à s'occuper du Maroc ^ Et, sans doute, comme on Va dit, ce n'est pas à Rome qu'il convenait d'aller chercher la clef de l'empire chérifien. Mais la bienveillance de l'Italie à l'égard de projets encore mal définis pouvait, quelque jour, être utile. A Tripoli, au contraire, aucun intérêt essentiel n'appelait les Italiens. Ce qu'ils voulaient après leur faillite éthiopienne, c'était surtout une satisfaction d'amourpropre. La Tripolitaine n'a pas la valeur de premier ordre que Rohlfs lui attribuait naguère en écrivant : « Celui qui possédera Tripoli sera le maître du Soudan : la possession de Tunis ne vaut pas la dixième partie de celle de Tripoli. » D'autre part, personne, même à Rome, ne se fait d'illusions sur les possibilités de réalisation de l'affaire tripolitaine. Le sultan est souverain du villayet et il ne l'abandonnerait qu'à la force. Comme le disait un jour un ministre italien : « Il importe que nos projets