Voyages au Maroc
faut. Ce que l'Espagne a pris, c'est-à-dire ses présides, est purement factice. Ce sont des abstractions administratives, et rien déplus. Ceuta, sans activité commerciale, occupe une position stratégique de valeur, mais n'est pas sérieusement fortifié. Penon de Vêlez, Alhucemas, l'île Alboran, Péregil, Ifni, les îles Zaffarines servent de cadres à des pénitenciers, — quand ils servent à quelque chose. Melilla seul, depuis qu'il est port franc, fait quelque commerce. Mais c'est surtout la France et l'Angleterre qui en bénéficient. Les présides coûtent annuellement 2.500.000 pesetas. Le mouvement commercial, qui est de 2 millions environ, laisse à l'Espagne une somme de 400.000 pesetas. L'excédent des dépenses sur les recettes est donc supérieur à 2 millions. Entre les résidants espagnols et la population indigène, aucune pénétration. Les Marocains ne permettent pas aux Européens de sortir de la forteresse. Dans la plupart des présides, tout vient d'Espagne, même Teau douce. « Cramponnés depuis des siècles à quelques îlots et à quelques presqu'îles du littoral, les Espagnols n'en ont tiré profit ni pour agrandir, ni même pour faire respecter leur territoire. A cette longue domination, ils n'ont gagné que les haines inexpiables des tribus du voisinage. Cette possession précaire de quelques rochers ne leur
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confère guère plus de droits sur la masse du pays que d'accrocher leurs nids aux fenêtres n'en donne aux hirondelles à la propriété d'un édifice. »
Pour travaillera leur développement économique comme aussi pour traduire en actes leurs aspirations marocaines, les Espagnols ont besoin d'un concours. Et ce concours, la France, mieux qu'aucun autre peuple, est à même de le leur assurer. L'appui des capitaux français peut être le levain qui fera germer les ressources inexploitées de la péninsule. Quant au Maroc, comme le disait en 1901 M. Silvela, « la situation actuelle de ce pays, fermé au commerce, à la civilisation , à toute augmentation de la population, à l'exploitation de ses mines, à la consommation et à l'échange des produits n'est pas un bénéfice ni une richesse, mais bien une raison de pauvreté, de stérilité et de stagnation pour l'Espagne... C'est dans une entente avec la France que nous trouverons l'appui le plus sûr, non certes pour la guerre, mais pour un partage équitable et raisonnable ». Bien que cette idée, très répandue en Espagne, ne répondît pas aux vues de la politique française, la parole de M. Silvela méritait d'être retenue comme l'indice de dispositions que nous pourrions avoir un jour intérêt à favoriser.
Il s'en faut en effet que l'Espagne, dans les vingt
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dernières années du xix* siècle, ait paru favorable à la France. Et c'est vers Berlin plutôt que vers Paris que, durant cette période, ses sympathies se sont orientées. Le second mariage d'Alphonse XII avec une princesse autrichienne (1879) répondait à un désir de nouer avec la Triple Alliance des relations plus étroites. Quatre ans plus tard, le roi se rendait en Allemagne, où Guillaume P"" le nommait colonel d'un régiment prussien en garnison à Strasbourg. Et, peu de jours après, Alphonse XII, arrivant à Paris, était accueilli, rue de Rivoli, par des sifflets et des huées. Au mois de novembre suivant, quand le Kronprinz vint à Madrid rendre visite à Alphonse XII, toute la presse européenne parla, à tort ou à raison, d'une alliance hispano-allemande. Sans doute, en 1885,1e conflit qui éclata au sujet des îles Garolines provoqua dans l'opinion espagnole un vif mouvement d'irritation. Mais à la mort d'Alphonse XII (1886), le calme était rétabli et les tendances allemandes du gouvernement de Madrid paraissaient peu douteuses.
La minorité d'Alphonse XIII et la régence de sa mère furent un temps de recueillement, que la guerre avec les Etats-Unis vint tragiquement troubler (1898). Les sympathies témoignées à l'Espagne par les journaux français, comme aussi
l'intervention habile de M. Jules Cambon, ambassadeur de France à Washington, dans les négociations de paix, rapprochèrent Madrid et Paris. Bien qu'autrichienne, la reine régente, avec une rare claivoyance, comprenait que l'Espagne ne pouvait sans péril adhérer à un système politique qui eût risqué de l'opposera la France.
— Nul pays ne peut faire à notre dynastie autant de mal ou de bien que la France, disait-elle un jour à M. Loubet.
Sa diplomatie prudente et circonspecte, admirablement servie par M. de Léon y Gastillo, ambassadeur à Paris, sut réserver l'avenir, que son fils, intelligent, charmeur, libéral, ami de notre pays, dirigea résolument, dès sa majorité, dans le sens de l'amitié française.
Une entente franco-espagnole relative au Maroc se heurtait cependant à de sérieuses difficultés. Certains Espagnols, peu nombreux mais fort remuants, ont gardé la haine de la France. Des hommes comme M. Villanueva, qui, étant ministre de la Marine en 1905, refusa avec éclat, en donnant sa démission, la plaque de grand-officier de la Légion d'honneur, n'avaient, à notre égard, que défiance et parti pris. En ce qui touche le Maroc, l'ampleur de leurs convoitises les rendait hostiles à toute précision : car préciser, c'est limiter. Obsé-
dés par l'espoir de bénéfices marocains impartagés, ils tenaient pour menaçante toute action étrangère, pour prôjucHciable tout accord avec une puissance étrangère, surtout avec la France, maîtresse de l'Algérie. Ainsi s'explique que la politique espagnole, de 1899 à 1904, ait subi des flottements dont les grandes lignes, sinon le détail, sont suffisamment connus.
Il y eut d'abord, en 1902, des pourparlers avec Paris, pourparlers qui allèrent assez loin, sans toutefois aboutir au traité dont on a publié le texte apocryphe. Il s'agissait, semble-t-il, d'un partage sur lequel on ne put se mettre d'accord. Il y eut ensuite une double et parallèle conversation avec l'Angleterre et avec l'Allemagne. Elle avait commencé sans doute au moment de la vente à l'Allemagne de ce qui restait des colonies espagnoles du Pacifique, Carolines et Mariannes. Elle n'aboutit pas davantage. On arriva ainsi jusqu'en 1904 et, le 8 avril de cette année, on apprit à Madrid que la France et l'Angleterre venaient de s'entendre à propos du Maroc.
La nouvelle de cette entente produisit en Espagne une impression désagréable. On eut le sentiment qu'on avait trop tardé et que la France, sûre désormais de l'Angleterre, seraitmoins arrangeante que par le passé. Les deux puissances cependant
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avaient pris la précaution d'inscrire, dans la déclaration qui enregistrait leur accord, la preuve de leurs bonnes dispositions à l'égard de l'Espagne. « Les deux gouvernements, lisait-on à l'article 8, s'inspirant de leurs sentiments sincèrement amicaux pour l'Espagne, prennent en particulière considération les intérêts qu'elle tient de sa position géographique et de ses possessions territoriales sur la côte marocaine de la Méditerranée et ausujet desquels le gouvernement français se concertera avec le gouvernement espagnol. » Conformément à cet engagement, M. Delcassé entra immédiatement en conversation avec M. de Léon y Castillo, ambassadeur d'Espagne. Cette conversation dura tout l'été de 1904 et fut, à de certaines heures, assez pénible. Le 6 octobre, on se mit enfin d'accord et la déclaration suivante fut communiquée à la presse.
Le gouvernement de la République française et le gouvernement de S. M. le roi d'Espagne.
S'étant mis d'accord pour fixer l'étendue et la garantie des intérêts qui résultent pour la France de ses possessions algériennes et pour l'Espagne de ses possessions sur la côte du Maroc.
Et le gouvernement de S. M. le roi d'Espagne ayant en conséquence donné son adhésion à la déclaration franco-anglaise du 8 avril 1904 relative au Maroc et à l'Egypte, dont communication lui avait été faite par le gouvernement de la République française.
Déclarent qu'ils demeurent fermement attachés à l'intégrité de l'empire marocain sous la souveraineté du sultan.
Ce document était très vague. A le lire et à le relire, on ressentait l'impression que les deux gouvernements avaient tu l'essentiel. Sans doute, l'Espagne en adhérant à la déclaration francoanglaise, affirmait, avec les deux signataires de cette déclaration, son attachement à Fintégrité du Maroc et à la souveraineté du Sultan. Elle reconnaissait aussi « qu'il appartient à la France, notamment comme puissance limitrophe du Maroc, sur une vaste étendue, de veiller à la tranquillité dans ce pays et de lui prêter son assistance pour toutes les réformes administratives, économiques et financières dont il a besoin ». Elle se déclarait également résolue à « ne pas entraver l'action de la France à cet effet », et à lui « prêter l'appui de sa diplomatie pour l'exécution des clauses de la présente déclaration ». Mais si la France obtenait de l'Espagne cette précieuse adhésion, c'était « en conséquence » de quelque chose. Ce quelque chose, c'était la fixation de « l'étendue des droits » , de la « garantie des intérêts qui résultent pour l'Espagne de ses possessions sur les côtes du Maroc ». En d'autres termes l'adhésion de l'Espagne résultait des concessions de la France. Et
ces concessions, qui recelaient ainsi l'ûme même de l'accord, étaient précisément ce sur quoi il restait muet. Quelles étaient ces clauses secrètes ? Quels droits, — nouveaux évidemment, — avionsnous reconnu à l'Espagne ? Comment et dans quelle mesure l'étendue de ces droits avait- elle été déterminée ? Comment et sous quelle forme avait été établie la garantie des intérêts ? Telle était la question à laquelle on ne répondait pas.
En réalité, le privilège polititique de la France au Maroc était reconnu par l'Espagne. Mais la France consentait, en faveur du gouvernement espagnol, certaines restrictions à l'exercice de ce privilège. Elle associait l'Espagne à ses plans de pénétration pacifique, dans la partie du Maroc où cette pénétration offrait aux Espagnols le plus d'intérêt. Toutefois, dans cette partie même, toute action de l'Espagne, pendant une durée déterminée, était subordonnée à un accord préalable avec la France, tandis que, sur son terrain propre, la France n'était astreinte qu'à notifier à l'Espagne ses initiatives. Il ne s'agissait point de partage, mais seulement d'une collaboration économique comme aussi d'un concert possible en vue du maintien de l'ordre, au cas où il serait gravement troublé. C'était une combinaison compliquée, qui devait être, l'année suivante, précisée dans certains
de ses termes par un accord complémentaire (septembre 1905). Elle enregistrait, non plus comme les accords franco-anglais et franco-italiens, un désintéressement au profit de la France. Elle couplait au contraire les projets espagnols avec les projets français. EUe était positive, au lieu d'être négative.
Quelques mois plus tôt, cet accord politique avait été précédé d'une entente économique, qui portera dans l'avenir les meilleurs fruits : c'est à savoir le traité relatif aux chemins de fer transpyrénéens*. Il n'y a pas de trajet aussi inutilement long que celui de Paris à Cadix. Depuis longtemps, la question était posée. En mars 1885, une convention franco-espagnole fut signée. A la suite de négociations préliminaires et d'études préparatoires dues, pour le côté français, à M. Mille, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, on était arrivé, à s'entendre sur un double tracé. L'un était celui d'Oloron à Jaca par le col de Canfranc. L'autre était celui de Saint-Girons à Lerida par le col de Salau. Les commissaires avaient décidé que les deux lignes seraient placées sur le même plan. Tout paraissait donc réglé. Mais un article, qui disait que les deux gouvernements s'entendraient sur la date
1. Voir notre ouvrage. Questions diplomaliques de l'année 1904.
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OÙ la convention serait soumise à la ratification parlementaire, rejeta ce règlement aux calendes. Jamais la convention ne fut soumise aux Chambres. Jamais n'intervint la ratification. Depuis lors, on reprit souvent la conversation, mais toujours sans résultat. En 1904, on fut plus heureux. Aux tleux lignes primitivement projetées on en ajouta une troisième, d'Ax-les-Thermes à Ripoll, qui abrégera de trois heures le trajet de Toulouse à Barcelone. Ce traité, signé le 18 août 1904 et complété par un acte additionnel de février 1905, marque un premier effort de collaboration économique entre la France et l'Espagne. D'autres pourraient utilement le suivre.
En 1908, 1909 et 1910 l'entente franco-espagnole a fonctionné, non parfois sans certaines difficultés, mais avec correction et sûreté. Il en a été ainsi lors de l'occupation des Chaouia par les troupes françaises, lors des négociations relatives à la reconnaissance de Moulai Hafid, enfin lors du débarquement des troupes espagnoles dans le Rif à l'automne de 1909. Ce débarquement, provoqué par les violences des indigènes contre des Compagnies espagnoles, désiré par beaucoup dans la péninsule comme une contre partie nationale à l'intervention française à Casablanca, réalisé avec quelque imprudence, puis soutenu par une véri-
table armée de plus de 50.000 hommes, fut constamment appuyé devant l'Europe par la diplomatie française, dont le zèle amical à l'égard de l'Espagne fut pour tous évident. A vrai dire, presque au même moment, les difficultés catalanes et l'émotion, pour une large part artificielle, que provoqua en France l'exécution à Barcelone de l'anarchiste Ferrer, déchaînèrent des polémiques de presse entre les deux pays voisins. Mais l'écho ne tarda pas à s'en apaiser et le rapprochement franco-espagnol ^ fonction de l'entente anglo-française, est désormais entré dans les mœurs, échappant par là aux contingences de la politique intérieure. Du rapprochement franco-espagnol, comme du rapprochement franco-italien, on peut penser qu'il eût été possible de le négocier dans de moins onéreuses conditions. L'Espagne, toutefois, avec son tempérament allier, n'aurait pas admis les développements marocains de notre politique méditerranéenne, si satisfaction n'eût d'abord été donnée à ses prétentions historiques. A lui refuser cette satisfaction, nous aurions provoqué son hostilité. Et soit en Europe, dans l'hypothèse d'une guerre, soit au Maroc, cette hostilité aurait pu devenir périlleuse. Au contraire, l'accord opportunément
1. Voir page 299 le sens des accords anglo-espagnol et franco-espagnol de 1907.
conclu était une garantie d'avenir que fortifiait encore Tintcrvention de l'Angleterre. Il n'est pas en effet téméraire de penser que c'est l'entente franco-anglaise qui a définitivement orienté l'Espagne vers les puissances occidentales. Le mariage d'Alphonse XIII avec une princesse de la famille royale anglaise, ses entrevues avec Edouard VII, ses voyages à Londres et à Paris ont précisé cette orientation, d'ailleurs conforme à ses préférences personnelles : car il n'a pour l'Allemagne aucune sympathie. Il a rapporté de son séjour à Berlin un souvenir déplaisant. Il lui a paru qu'on voulait l'étonner et le mater et il s'en est senti choqué. Sa présence sur le trône est donc le gage d'une politique qui, même si elle est née, pour une part, d'un « panlatinisme » un peu naïf, répond, dans sa forme actuelle, aux intérêts pratiques de ceux qu'elle associe.
Le 5 novembre 1881, Jules Ferry, exposant à la Chambre sa politique tunisienne, disait : « Laqueslion tunisienne est aussi vieille que la question algérienne. Elle en est contemporaine. Un bon Français peut-il supporter la pensée de laisser à d'autres qu'à une puissance faible, amie ou soumise, la possession d'un territoire qui est dans toute
l'acception du terme la clef de notre maison ? » La nécessité, qui s'était imposée à la clairvoyance du plus grand homme d'Etat de la troisième république, devait fatalement inspirer notre politique le jour où, après la question algérienne, après la question tunisienne, se poserait la question marocaine.
A l'extrémité occidentale de l'Afrique, le Maroc a été, jusqu'à nos jours, une épave d'antiquité. Tous les pays musulmans se sont, depuis un siècle, plus ou moins européanisés. Le Maroc est resté fermé, inébranlable dans son particularisme hermétique. Nulle part, la vie religieuse n'est aussi intense que dans le Maghreb el Aksa. Nulle part la vie nationale n'est plus faible. Gomme on l'a dit, le Maroc n'est pas « un empire qui croule » ; c'est un empire à naître, un empire qui n'a pas réussi à imposer une unité d'Etat à l'indépendance des tribus qu'il régit théoriquement. La disposition de son sol favorise cette indépendance, qui est plus ou moins manifeste, suivant que le sultan régnant est plus ou moins capable d'exercer son autorité, mais qui jusqu'ici est demeurée irréductible. Le Maroc se divise en deux parties, dont les variations mesurent la puissance du pouvoir central. Le bled el maghzen comprend, d'une façon générale, les populations de la plaine, qui obéissent à des fonction-
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naires nommés par le sultan et qui consentent à payer un impôt, d'ailleurs irrégulier. Le bled es siba ne reconnaît l'autorité du souverain que quand cette autorité devient présente sous la forme d'une expédition. Au surplus, ce qui fait aujourd'hui partie du pays maghzen fera partie demain du pays siba. La destinée des souverains marocains a été, depuis dix siècles, de soumettre leurs sujets. La vocation de ces sujets est de désobéir à leurs souverains. A dire vrai, la notion de souveraineté n'existe pas. Là où il n'y a pas hiérarchie, la révolte ne se conçoit pas. Le Maroc est un pays d'anarchie féodale et théocratique. Les troubles les plus récents ne sont que la manifestation d'une tendance très ancienne. C'est l'Europe seule qui, d'abord par esprit d'assimilation, ensuite par intérêt politique, a créé l'unité du Maroc. Cette unité n'a jamais été ni réelle ni totale. 11 y a un empire chérifien, avec lequel on traite du dehors. Au dedans, il n'y a que des tribus, qui, dans des batailles ou dans des négociations incessantes, cherchent uniquement leur profit personnel.
Le sultan Moulai-Hassan, qui régna de 1873 à 1894, était un homme énergique, qui, en guerroyant tout son règne, avait fortifié son pouvoir. Quand il mourut, toujours en campagne, au cours d'une expédition au Tedla, près de l'Oued el T.^RDiEu. — Alliances. 9
Abid, son fils, Moulai- Abd-el-Aziz, lui succéda. Il avait, à ce moment, seize ans. Le chambellan du sultan mort, Si Ahmed ben Mouça fit proclamer le jeune homme Amir el Mouminin, c'est-à-dire commandeur des croyants. Puis, rejetant au second plan celui qu'il venait de porter au rang suprême, il se saisit du gouvernement qu'il exerça sans partage. De 1894 à 1900, il fut le seul maître de l'empire. « Doué d'une volonté indomptable, travailleur infatigable, avide de pouvoir et de richesse \ » il dispensait le sultan d'exercer son métier de roi. Il lui donnait des amuseurs au lieu de lui apprendre à régner. Abd-el-Aziz ne connut point l'enseignement viril qui convient aux écoliers qu'un trône attend. Il avait, à la mort de Si Ahmed, vingt-deux ans révolus, mais toute maturité, toute méthode, tout esprit de suite lui faisaient défaut. Après Si Ahmed, les influences rivales se disputèrent le gouvernement. Il y avait l'influence de la mère du sultan, celle de Si el Hadj el Moktar ben Ahmed, secrétaire et successeur du grandvizir défunt, celle enfin de Si elAIehdi elMenebbi, ministre de la Guerre. Celle-ci bientôt l'emporta sur les autres. Au mois d'avril 1901, Si Fedoul Garnit fut appelé au grand- vizirat. Mais, sous son