‹ La France et les alliancesChapitre 29 sur 71 · Voir D' F. Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc · texte numérisé non relu

Voir D' F. Weisgerber, Trois mois de campagne au Maroc

nom, c'est Menebbi qui régna et qui garda le pouvoir jusqu'au jour où sa disgrâce mit le sultan en d'autres mains.

Abd-cl-Aziz, par ses qualités et ses défauts, n'avait rien de ce qu'il fallait pour consolider une autorité chancelante. Ce grand jeune homme, au teint jaune, à la barbe incertaine et naissante, avec une tendance à l'obésité, quelque gaucherie et une grande timidité, est resté jusqu'à trente ans dans l'âge ingrat. Il a le cœur bon et l'intelligence vive. Mais il n'a ni patience ni énergie. Il a l'esprit ouvert et est plus libéral que la plupart de ses sujets. Il a le goût des réformes et du progrès. Il est sympathique à l'Europe. Il le lui a prouvé quelquefois. Mais rien de tout cela n'est classé ni ordonné : rien de tout cela ne répond à une politique. Ce qu'Abd-el-Aziz préfère de la civilisation européenne, ce sont ses excentricités. On sait les acquisitions inutiles, dont il a grevé son budget sur les conseils de quelques aigrefins. Billards, automobiles, cabs, uniformes, chemins de fer, ballons, cinématographes, machines à glace, un jour essayés, et, le lendemain, délaissés, ont rempli son palais et vidé sa bourse. Ces amusements frivoles ont choqué le sentiment indigène. Et Abdel-Aziz, pour une large part, a été le destructeur de sa propre autorité. Même ses bonnes intentions

ont, par sa faute, tourné contre lui*. Il a voulu en 1901 réformer un système d'impôts d'ailleurs inique. Mais il a supprimé les anciennes taxes avant de savoir ce qu'il mettrait à leur place. Les Marocains ont profité du dégrèvement mais sont restés rebelles aux impôts de remplacement, si bien que, depuis 1901, aucun revenu régulier, sauf les douanes, n'a alimenté le trésor chérifien. Les maladresses du sultan ont également favorisé les révoltes successives, celle d'abord du Rogui Bou- Hamara, celle ensuite, bientôt triomphante, de Moulaï-Hafid.

Le Maroc, pourtant, est un pays riche. « Bien arrosé par les pluies de l'Océan qu'attirent les hautes montagnes, irrigué dans ses parties les plus sèches par les eaux des ouadi qui dévalent des sommets de l'Atlas, il est par son chmat et sa situation plus favorisé que l'Algérie et la Tunisie. A l'Est, le bassin de la Moulouya n'est guère qu'un prolongement de l'Oranie. Au pied des montagnes, les oasis du Tafilet et de l'oued Draa participent des conditions géographiques du Sahara et ressemblent à nos plus belles oasis du Sud Algérien. Mais à l'Ouest, le long de l'Océan, s'étend depuis Tanger jusqu'à l'Atlas une longue bande, large de 50 à

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