I. L'offensive allemande. — Les propos de M. de Kuhlmann
— Cause et prétexte. — Guillaume II à Tanger. — Les fautes de M. Delcassé. — Le prince Henckel de Donnersmarck. — Laffolement en France. — La démission de M. Delcassé.
II. Le succès allemand. — M. Rouvier et la conférence. — • Acceptation de la conférence par la France. — Les accords franco-allemands. — Concessions marocaines de l'Allemagne. — Succès du grand dessein allemand.
III. L'échec allemand. — La situation à la veille d'Algésiras.
— L'erreur de l'Allemagne. — Les flottements de la politique allemande. — Le but et les moyens. — La « réprobation de l'Europe ». — Ecnec de la tentative allemande pour restaurer l'hégémonie bismarckienne. — L'alliance russe et les ententes occidentales. — La Triple Alliance.
— L'opinion en Allemagne. — La résignation du prince de Bulow.
La politique marocaine de TAlIemagne, pendant la crise de 1905-1906, est impossible à justifier, difficile à comprendre, si Ton se borne à en considérer les manifestations. Elle s'éclaire au contraire si, pour en discerner l'unité, on l'envisage en
fonction de la politique européenne ; si l'on y voit une tentative allemande d'éprouver la valeur des combinaisons internationales scellées de 1902 à 1904; un essai de briser ces combinaisons par la menace, sinon par la violence ; une opération bismarckienne, conduite par des hommes qui n'avaient, pour la réussir, ni le prestige ni le génie de Bismarck.
Le i 1 février 1905, tandis que M. Saint-René-Taillandier, ministre de France, exposait au sultan le plan de réformes élaboré par lui, M. de Kuhlmann, chargé d'affaires d'Allemagne à Tanger, disait à son collègue français, le comte de Ghérisey :
Après l'accord franco-anglais, nous supposions que le gouvernement français attendrait, pour nous mettre au courant d'une situation nouvelle, que l'entente franco-espagnole, prévue dans l'arrangement du 8 avril, fût effectuée. Mais aujourd'hui tout étant définitivement conclu, et les ratifications parlementaires étant intervenues, nous nous sommes aperçus qu'on nous tenait à l'écart systématiquement.
Nous avons donc fixé notre attitude en conséquence.
N'allez pas croire que je me suis tracé une ligne de conduite de ma propre initiative. En présence des interprétations contradictoires de nos journaux, j'ai cru devoir solliciter de mon gouvernement des instructions formelles. Et c'est alors que le comte de Bùlow m'a fait savoir que le gouvernement impérial ignorait tout des accords intervenus au sujet du Maroc et ne
se reconnaissait comme lié en aucune manière relativement à cette question ^
Ces propos étaient faits pour nous surprendre. Il était faux en effet que l'Allemagne eût été « tenue à l'écart » systématiquement. Le 23 mars 1904, avant la signature de l'accord franco-anglais, le prince de Radolin avait été informé de sa teneur par M. Delcassé. L'ambassadeur avait répondu qu'il trouvait l'arrangement « très naturel et parfaitement justifié ». Le 25 mars, à la suite de ces explications verbales, la Gazette de V Allemagne du Nord avait écrit :
Autant qu'on peut jusqu'à présent s'en rendre compte, les intérêts allemands ne pourraient être touchés par les échanges de vues relatifs au Maroc.
En raison de l'assurance réitérée et donnée officiellement du côté français que la France n'a en vue aucune conquête, aucune occupation, mais poursuit bien plutôt l'ouverture du sultanat du Nord-Ouest africain à la civilisation européenne, il y a lieu de croire que les intérêts commerciaux de l'Allemagne au Maroc n'ont aucun péril à redouter.
A propos de ce problème, il n'y a donc pas lieu, au point de vue allemand, d'envisager avec des yeux malveillants l'entente franco-anglaise actuellement en œuvre-...
Quinze jours après, le texte de l'accord avait