Ibid
été publié à Londres. Le 12 avril, le comte de Biilow, chancelier de l'empire, avait dit alors au Reichstag :
Nous n'avons aucune raison de supposer que cet accord soit dirigé contre une puissance quelconque. Ce qu'il paraît constituer, c'est une tentative de faire disparaître une série de différends existant entre la France et l'Angleterre au moyen d'une entente amiable. %
Nous n'avons au point de vue des intérêts allemands rien à y objecter. Nous ne saurions en effet souhaiter une situation tendue entre la France et l'Angleterre qui serait un danger pour la paix du monde dont nous poursuivons sincèrement le maintien.
En ce qui concerne spécialement le Maroc, qui constitue le point essentiel de cet accord, nous sommes intéressés dans ce pays, comme d'ailleurs dans le reste de la Méditerranée, principalement au point de vue économique.
Nous avons là avant tout des intérêts commerciaux. Aussi avons-nous un intérêt important à ce que le calme et l'ordre régnent au Maroc.
Nous devons protéger nos intérêts mercantiles au Maroc et nous les protégerons. Nous n'avons aucun sujet de redouter qu'ils puissent y être méconnus ou lésés par une puissance quelconque*.
Le 14 avril, le chancelier, revenant sur ce sujet, s'était exprimé comme il suit.
Le comte Reventlow a prétendu que l'accord anglofrançais et spécialement la partie fondamentale de cet
i. Voir Livre jaune, 1901-1905.
LF. CONFLIT DES ALLIANCES 20o
accord, celle qui se réfère au Maroc, avait été accueillie en Allemagne avec un sentiment de confusion et de découragement.
Il estime que nous n'aurions pas dû souffrir que d'autres puissances s'assurent au Maroc une plus grande influence que nous.
Cela ne peut signifier autre chose que ceci : nous devons nous-même exiger une partie du Mai'oc. Je voudrais me permettre de poser au comte Reventlow une simple question :
Le comte Reventlow convient certainement avec moi que, si un grand empire, comme l'empire d'Allemagne, formule une telle exigence, il doit nécessairement en poursuivre coûte que coûte la satisfaction.
Qu'aurait maintenant à me conseiller M. le comte Reventlow si une exigence de ce genre se heurtait à une résistance.
Je ne dis pas qu'il est certain qu'elle se heurterait à une résistance, je ne dis pas que c'est vraisemblable, je dis seulement que, dans des questions aussi graves, on ne doit perdre de vue aucune éventualité.
M. le comte Reventlow me donnerait-il le conseil de mettre flamberge au vent?
M. le comte Reventlow se tait, et je comprends qu'il se taise {Hilarité).
Je crois. Messieurs, que ce serait légèreté de ma part, — et à ma satisfaction, les chefs de tous les partis, à l'exception du comte Reventlow, se sont exprimés en ce sens, — de vouloir sans nécessité lancer pour une telle raison le pays dans une aventure.
Je crois, en outre, Messieurs, que si je le faisais, le comte Reventlow, chez qui la veine critique me paraît fortement développée, me reprocherait ma soif d'action
exagérée aussi vivement qu'il a blâmé ma prétendue peur de l'action*.
Le 26 avril, M. Bihourd, ambassadeur de France, avait vu le baron de Richthofen, ministre des Affaires étrangères. Il lui avait dit :
— J'ai apprécié le langage du chancelier, lorsqu'il a reconnu devant le Reichstag que Tentente franco-anglaise n'était dirigée contre aucune puissance et ne menaçait aucunement les intérêts commerciaux allemands.
M. de Richthofen n avait formulé aucune objection, aucune réserve.
Le 7 octobre, après la signature de l'accord franco-espagnol, M. Bihourd en avait notifié la conclusion au baron de Richthofen.
— Pouvez-vous prévoir, avait dit le baron, la portée de cet accord au point de vue des intérêts commerciaux de l'Allemagne qui me préoccupent particulièrement ?
— La déclaration franco-anglaise du 8 avril dernier, avait répondu M. Bihourd, offre toutes garanties sur ce point et l'adhésion de TEspagne ne peut les modifier.
Le 13 octobre enfin, l'ambassadeur de France avait communiqué à M. de Richthofen le texte de