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la déclaration franco-espagnole. Le ministre lui avait de nouveau marqué « l'intérêt exclusivement économique que l'Allemagne attachait aux affaires marocaines ». L'ambassadeur avait aussitôt répliqué, — et il avait renouvelé cette affirmation au nom de M. Delcassé, — que « la déclaration francoanglaise du 8 avril stipulait la liberté commerciale et que la déclaration franco-espagnole ne pouvait, selon lui, modifier les garanties déjà offertes au commerce international ».

L'affirmation de M. de Kuhlmann était donc, à tous égards, injustifiée. Elle constituait un « amorçage », — basé sur un prétexte, — en vue d'une action diplomatique motivée par des raisons d'ordre général et non local. Ce furent également des raisons, non locales, mais générales, qui réglèrent le développement de cette action. Le 15 février, M. de Muhlberg, sous-secrétaire d'Etat, interrogé par M. Bihourd, au sujet des propos de M. de Kuhlmann, déclarait n'en rien connaître. Mais quinze jours plus tard, à Moukden, l'armée russe subissait l'échec décisif, qui, pour longtemps, devait réduire à l'impuissance le cabinet de Saint-Pétersbourg. Aussitôt la politique allemande se déployait. Dès le 21 février, le consul d'Allemagne à Tez avait rendu compte que M. Saint-René-Taillandier — ce qui était faux, — invoquait pour soutenir

ses réformes un « mandat de l'Europe ». Le 7 mars, le même fonctionnaire dénonçait les « tendances coloniales offensives de la France ». Le \2 mars, on annonçait que Guillaume II, au cours d'une croisière dans la Méditerranée, s'arrêterait à Tanger. Le 16 mars, M. de Biilow disait au Reiclîstag en une forme énigmatique :

M. de Reventlow touche la question de savoir si et comment de nouveaux accords entre les tiers peuvent influencer nos relations avec le Maroc.

M. de Reventlow semble trouver que notre politique est trop inactive sur ce point et que nous nous laissons aller à des négligences.

Je comprends parfaitement l'attention que l'on apporte ici aux événements qui se déroulent au Maroc et à son sujet.

Je considère comme du devoir du gouvernement allemand de veiller à ce que, à l'avenir, nos intérêts économiques dans ce pays ne soient pas lésés.

Le moment est mal choisi pour faire des déclarations plus détaillées.

Je les remets à plus tard.

Le 29 mars, le chancelier déclarait :

L'empereur a depuis longtemps déclaré au roi d'Espagne que l'Allemagne ne poursuit au Maroc aucun avantage territorial.

Après une déclaration aussi nette, il est inutile d'essayer de prêter à la visite impériale à Tanger des intentions intéressées, dirigées contre l'intégrité ou l'indépendance du Maroc.

On ne peut déduire de la visite de l'empereur à Tanger aucun motif justifié d'inquiétude pour quelqu'un qui ne nourrit lui-même là-bas aucune intention agressive.

M. Bebel a laissé entendre qu'il croit que notre politique envers le Maroc a changé depuis un an.

Je dois lui rappeler d'abord que le langage et l'attitude des diplomates et des politiques se règlent d'après les circonstances.

Le moment, que je juge favorable pour la production des intérêts allemands, je le choisis d'après ma propre estimation.

Abstraction faite de cela, rien n'a changé dans les tendances de la politique allemande sur ce point.

Celui qui cherche un fait nouveau ne le trouvera pas dans la politique allemande.

Mais si l'on tente de modifier la situation internationale du Maroc ou d'installer un contrôle à la porte ouverte dans son développement économique, nous devons aussi veiller plus qu'auparavant à ce que nos intérêts économiques ne soient pas en danger.

Nous nous mettons là-dessus d'abord en relations avec le sultan du Maroc.

La menace se précisait donc. Le 31 mars, elle s'accentuait. Guillaume II, débarquant à Tanger, tenait en effet au représentant d'Abd-el-Aziz le langage suivant :

C'est au sultan, en sa qualité de souverain indépendant que je fais aujourd'hui ma visite.

J'espère que, sous la souveraineté du sultan, un Maroc libre restera ouvert à la concurrence pacifKjue Tardieu. -^ Alliances. 14

de toutes les nations, sans monopole et sans annexion, sur le pied d'une égalité absolue.

Ma visite à Tanger a eu pour but de faire savoir que je suis décidé à faire tout ce qui est en mon pouvoir pour sauvegarder efficacement les intérêts de l'Allemagne au Maroc, puisque je considère le sultan comme souverain absolu libre.

C'est aveclui que je veux m'entendre sur les moyens propres à sauvegarder ces intérêts.

Quant aux réformes que le sultan a l'intention de faire, il me semble qu'il faut procéder avec beaucoup de précaution, en tenant compte des sentiments religieux de la population pour que l'ordre public ne soit pas troublé.

Le 12 avril, par une circulaire à ses ambassadeurs, le chancelier saisissait l'Europe : la partie était engagée. C'était une répétition des griefs mal fondés qu'avait déjà invoqués M. de Kuhlmann et la proposition d'une solution. La France, forte de ses droits et de ses accords, avait voulu agir seule. M. de Bûlow réclamait la réunion d'une conférence internationale, composée des signataires de la convention de Madrid de 1880'. Cette convention n'avait manifestement rien à voir au débat — et des jurisconsultes allemands l'ont eux-mêmes reconnu, — puisqu'elle n'avait réglé que la question toute spéciale de la protection accordée à des sujets marocains par les légations étrangères. Mais

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