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LES NOUVELLES ENTENTES 2ol

blait la meilleure garantie de la paix asiatique. Mais les principes en cette affaire, déguisaient mal les convoitises, qui, dès ce moment, à Pétersbourg et plus encore à Berlin, guettaient l'heure de se déchaîner. Depuis Bismarck, l'Allemagne a toujours cherché à orienter la Russie vers l'Asie pour en « désencombrer » l'Europe. « La Russie n'a que faire en Occident, disait le chancelier. Elle ne peut y gagner que le nihilisme et d'autres maladies. Sa mission est en Asie. Là, elle représente la civilisation. » Dès 1880, au moment de l'affaire de Kouldja, cette politique s'était donné carrière. Un diplomate signalait à ce moment « l'incompréhensible intimité » du ministre de Russie, M. Koyander, et du ministre d'Allemagne, M. de Brandt et leurs efforts combinés pour pousser les choses à l'extrême, « le premier par ambition nationale, mû par le désir imprudent et irréfléchi de ménager quand même à son pays de nouvelles conquêtes, l'autre, dans la pensée très raisonnable au contraire d'engager le cabinet de Saint-Pétersbourg en le poussant à des aventures dont il mesurait toute la gravité et qui eussent absorbé pour longtemps les forces vitales de la Russie en écartant de l'Europe et de la Vistule les hommes et les généraux dont le voisinage pourrait embarrasser l'Allemagne le jour où celle-ci aurait besoin d'avoir ses coudées

franches ' ». Quinze ans avaient passé depuis lors. Et en naissant à la Weltpolitik le gouvernement allemand avait pris pour son propre compte le goût des conquêtes coloniales. Réaliser en Chine une conquête de ce genre et entraîner la Russie à sa suite constituait un coup double digne de tenter la diplomatie impériale. C'est à le préparer qu'elle travaillait dès 1895.

La Russie, qui, par une politique de pénétration pacifique et amicale, avait obtenu en Chine pendant tout le xix^ siècle d'admirables résultats, ne sut pas résister à la tentation de profits immédiats. La France, dans la lune de miel de l'alliance, n'eut pas assez d'autorité pour retenir son allié. L'Allemagne put mener le jeu sans difficultés. Le l*"" novembre 1897, le meurtre de deux missionnaires allemands au Chantoung fournit à Guillaume II l'occasion souhaitée de faire sentir à la Chine son « poing ganté de fer » . Après une expédition théâtralement organisée à Kiel sous le commandement du prince Henri de Prusse, la Chine, le 6 mars 1898, dut céder à l'Allemagne à bail pour quatrevingt-dix-neuf ans la baie de Kiao-tchéou et une zone de 50 kilomètres à la ronde : excellent pied à terre chinois pour faire suite aux points d'appui

1. Voir André Ghéradame, Le vionde el la guerre russo-japonaise.

du Pacifique augmentés la môme année par l'achat des colonies espagnoles. Trois semaines après, le 21 mars, la Russie, sans un prétexte, et seulement « en vue de la protection de la flotte russe et pour lui permettre d'avoir une base solide sur la côte septentrionale de la Chine», se faisait céder dans les mêmes conditions Port-Arthur, Talienwan et une zone attenante, terminus du chemin de fer transmandchourien pour lequel, en août 1896, le comte Cassini avait obtenu du Tsong-li-Yamen l'autorisation de passage en territoire chinois. Le 11 avril 1898, la France exigeait à son tour la « location » de la baie de Kouang-tchéou-Ouan. L'Angleterre s'installait à Wei-hai-Wei. Il n'était pas jusqu'à l'Italie qui, — sans succès d'ailleurs, — ne réclamât en 1899 la baie de San Moun. C'était le break-up of China dont lord Charles Beresford avait parlé quelques mois plus tôt.

Cette curée a été le principe des événements qui, depuis lors, ont marqué l'histoire de l'Asie. Et la situation créée par elle a déterminé pendant huit ans la politique de l'Extrême-Orient. Le Japon, dépouillé de ses conquêtes, se fût peut-être résigné à les voir rester chinoises : le drapeau russe, remplaçant à Port-Arthur le drapeau japonais, le décida à la revanche. La Chine, sauvegardée dans son intégrité en 1895, aurait pu pour-

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suivre une existence léthargique : l'invasion étrangère sur son sol la secoua et la réveilla. La tentative de réformes de Kang-yu-Wei n'échoua (1900) que pour faire place au mouvement xénophobe des Boxers. Au mois de juin 1900, les légations européennes de Pékin étaient attaquées par la foule, avec la complicité intermittente des soldats réguliers et du gouvernement chinois. Le baron de Ketteler, ministre d'Allemagne, était assassiné, tandis qu'il se rendait à cheval au Tsong-li-Yamen, Le 13 août, une armée internationale, constituée à Tientsin, délivrait les légations. Le commandement en était remis, quelques jours plus tard, au feld-maréchal comte de Waldersee. L'Allemagne continuait ainsi à jouer le premier rôle, ou tout au moins le plus apparent, dans les afïaires d'Extrême-Orient, Fort de l'assassinat de son ministre, Guillaume II réclamait hautainement un châtiment sévère ; il proposait à l'empereur de Chine « sa protection militaire » et refusait d'évacuer Pékin. Par un arrangement avec l'Angleterre (16 octobre 1900), il semblait se réserver comme champ d'action, tout le nord de la Chine, tandis que ses compagnies de navigation expropriaient dans le Sud les sociétés concurrentes. En même temps une armée russe occupait la Mandchourie. La politique de main mise européenne persistait donc, agitée de contra-

dictions qu'expliquaient les divergences des puissances, de plus en plus inquiélantc pour la Chine qui en était la victime, pour l'Angleterre et pour le Japon forcés, à des titres divers, d'en demeurer spectateurs.

Depuis de longues années, les progrès de l'influence russe en Chine inquiétaient, économiquement et politiquement, le gouvernement britannique. Ses consuls écrivaient en 1900 : « Toutes les routes frontières amènent aux marchés russes le thé en briques ou en feuilles, dont la valeur totale doit se chiffrer en dizaines et centaines de millions et par mer des chargements considérables arrivent à Odessa. A défaut de renseignements précis, de jour en jour, mille indices montrent la mainmise de la Russie sur le commerce de la Chine septentrionale. Dans la vallée même du Yang-tsé, une riche colonie de marchands et de commissionnaires russes a remplacé les intermédiaires anglais, qui, jadis, faisaient tous les achats de la Russie à Han Kéou, le grand marché du thé \ » Le 16 avril 1899, le cabinet de Londres, déjà absorbé par la guerre imminente dans l'Afrique du Sud, avait signé avec la Russie un accord dont il attendait la protection de ses intérêts. La Russie promettait de ne deman-

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