ARRANGEMENT
Le gouvernement de la République française et le gouvernement de Sa Majesté l'Empereur du Japon, animés du désir de fortifier les relations amicales qui existent entre eux et d'en écarter pour l'avenir toute cause de malentendu, ont décidé de conduire l'arrangement suivant :
Les gouvernements de la France et du Japon , d'accord pour respecter l'indépendance et l'intégrité de la Chine ainsi que le principe de l'égalité de traitement dans ce pays pour le commerce et les ressortissants de toutes les nations, et ayant un intérêt spécial à voir l'ordre et un état de chose pacifique garantis, notamment dans les régions de l'empire chinois limitrophes des territoires où ils ont des droits de souveraineté, de protection ou d'occupation, s'engagent à s'appuyer mutuellement pour assurer la paix et la sécurité dans ces régions, en vue du maintien de la situation respective et des droits territoriaux des deux parties conti'actantes sur le continent asiatique.
Il suffît de se souvenir des inquiétudes ressenties par la France, au cours de la guerre russo-japonaise pour apprécier à sa valeur la garantie diplomatique qu'elle obtenait du Japon pour l'intégrité de ses possessions. Sans doute, cette garantie ne résulte que de la parole du cabinet de Tokio et, le jour où il lui plairait d'attaquer la Cochinchine,
TAnnam ou le Tonkin, il nous serait, à une si longue distance, difficile de les défendre. Mais c'est faire injure au Japon que de douter de sa sincérité. Sa politique extérieure a été énergique toujours, parfois brutale. Elle n'a jamais été déloyale. Il a tenu les engagements qu'il a souscrits. Il a d'avance annoncé les décisions qu'il comptait prendre. Tout lui conseille d'ailleurs d'entretenir avec la France d'amicales relations. La guerre terminée, sans que la Russie payât d'indemnité, a rendu difficile la situation financière de l'empire du mikado. Sa dette, qui était en 1903 de 559 millions de yen^ se montait après la paix de Portsmouth, à 1.859 millions, soit 1.300 millions d'augmentation S La France, inépuisable réservoir de capitaux, peut donc être pour le Japon le plus utile des amis. Deux emprunts de 23 millions de livres sterling ont déjà été souscrits par le marché français. Pourvu que le gouvernement japonais assure à notre industrie des avantages équitables, ces opérations pourront se renouveler. L'accord, pris en lui-même, est donc avantageux pour les deux contractants. Il prend plus de valeur encore si on le rapproche de l'alliance anglo-japonaise, de l'amitié franco-anglaise et des accords russo-japonais. Il