‹ La France et les alliancesChapitre 59 sur 71 · Le yen vaut 2 fr · texte numérisé non relu

Le yen vaut 2 fr

devient en effet partie intégrante d'un s^'^stème d'arrangements, dont, pour la France, le profit est double. En Asie, il élimine les risques immédiats de guerre, puisque trois sur quatre des puissances, qui y ont le plus d'intérêts, s'entendent pour la maintien du statu qiio. En Europe, il conjure les risques de complications dont un conflit asiatique pourrait être l'origine. Pour que ce conflit déjà rendu improbable, devînt impossible, une condition restait à remplir, nécessaire, mais suffisante : la réconciliation de Londres et de Saint- Pétersbourg. Moins de trois mois après la conclusion de l'accord franco-japonais, cette condition dernière était à son tour réalisée.

Ily a quelques années, d'août 1900 à décembre 1901, un homme d'Etat anglais publiait dans la Fortnightly Review, sous le pseudonyme de Calchas, une série d'articles sur la politique britannique. Contrairement à l'opinion reçue, « Calchas » soutenait que la Grande-Bretagne devait et pouvait s'entendre avec la Russie. Why not a treaty wit/i Russia? demandait-il en octobre 1900. Et il concluait que, soit sur le Bosphore, soit dans les Balkans, soit en Asie Mineure, soit en Extrême- Orient, il y avait place pour les deux pays, place pour un accord entre eux deux. Cette campagne de presse, qui fut en son temps fort remarquée, peut

être considérée comme l'origine du mouvement, — souvent contrarié, — qui, après sept années, aboutit en 1907 à la conclusion de l'accord anglorusse. Pour en arriver là, il fallait revenir de très loin. Depuis la révolte des cipayes et sa radicale répression, l'invasion russe était apparue à l'Angleterre comme le seul péril dont l'Inde fût menacée. Et l'histoire de l'Asie méditerranéenne ou orientale n'avait été, un demi-siècle durant, que l'histoire du conflit anglo-russe ^ Après la guerre de Crimée, ce fut la lutte contre Schamyl, iman du Caucase ; la lutte contre Yacoub, sultan de Kachgar ; les campagnes de Tchernaief, de Romanowski, de Kaufmann, la campagne du Turkestan en 1870, deKhiva en 1873, deKhokand en 1876, deMerv quelques années plus tard, enfin la guerre contre les Afghans. Derrière chacune de ces résistances indigènes, le Russe apercevait l'Anglais. En 1885, au lendemain des succès du général Komarof, la guerre parut inévitable. Elle fut évitée cependant par une série d'accords de 1885, 1887, 1895, 1899. L'expansion russe en fut ralentie et comme détournée. Elle ne fut pas arrêtée. Bientôt même, on la vit gagner les plateaux de Mongolie et les plaines de Mandchourie, s'infiltrant en Chine et jusqu'au ïhibet,

Page 1