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CHAPITRE VIII

I. Les sentiments et les affaires. — Les souvenirs de l'Indépendance. — Les républiques sœurs. — Les « impondérables » et la politique. — Manifestations franco-américaines.

— Les paroles et les actes. — Le commerce franco-américain. — Les accords commerciaux. — Le conflit douanier de 1910. — Les progrès possibles. — La crise financière de 1907 et la France.

II. La politique. — La doctrine de Monroë et la France. — Affaires américaines. — La France et le big stick. — Affaires d'Asie. — Les Etats-Unis et la « porte ouverte ». — M. Hay et la Russie. — Les États-Unis et le Japon. — L'accord franco-japonais et les États-Unis. — Affaires européennes.

— Les États-Unis et la crise marocaine. — La conférence d'Algésiras. — Les raisons de la politique américaine. — Les États-Unis et l'alliance franco-russe. — Les États-Unis et l'entente cordiale. — Les États-Unis et l'équilibre européen.

Entre les États-Unis et la France, — pas plus d'ailleurs qu'entre les États-Unis et un pays d'Europe, quel qu'il soit, — il n'existe de liens politiques enregistrés en forme d'alliance. La doctrine de Monroë le défend, qui, en proclamant le contrôle

moral de l'Union sur les terres américaines, affirme par contre-partie son désintéressement à l'égard des questions européennes, — et aussi le testament politique de Washington conseillant à ses compatriotes de ne jamais contracter d'alliances. Mais un peuple de 80 millions d'habitants, maître matériellement ou moralement de tout un continent, mêlé avec une activité croissante à la vie économique du monde, doté dès maintenant d'une force navale de premier ordre et d'une force qui grandira, animé d'un patriotisme ardent et d'une haute fierté nationale, ne peut pas vivre, « tassé sur lui-même, comme un petit marchand dans une boutique étroite^ ». Les Etats-Unis, qu'ils le veuillent ou non, ont une politique mondiale. Depuis dix ans, on les a vus participer, quelquefois au premier rang, non seulement à la solution des problèmes américains, mais à celle aussi des questions asiatiques, même des questions européennes. Il est donc impossible de ne point leur faire place entre nos alliés, nos amis et nos rivaux, dans le tableau de notre action extérieure.

Jusqu'ici, à la base des relations établies entre la France et l'étranger, nous avons trouvé l'intérêt. Avec les Etats-Unis, cette base est dans les senti-

1, Voir Théodore Roosevelt, L'Idéal américain.

menls. Les rapports franco-américains se sont développés dans une atmosphère de sympathies réciproques. Et ce sont ces sympathies qui leur assurent aujourd'hui encore leur meilleure originalité. Exagérer l'action de ces impondérables serait s'exposer à des erreurs. La nier serait s'y condamner. Si certains événements ne s'étaient pas produits, si d'autres fussent survenus que la marche de l'histoire a contrariés, peut-être ces sentiments eussent-ils perdu de leur sincérité et de leur ardeur. Mais, favorisés par les circonstances, ils se sont librement épanouis, et l'Américain du XX® siècle n'éprouve aucun embarras non seulement à les exprimer, mais encore à s'en inspirer. La reconnaissance américaine est un fait. Et comme, dans l'ordre des faits, rien ne la contredit ni ne la gêne, elle est prête à se traduire en actes. Ainsi que le proclamait naguère le secrétaire d'Etat Elihu Root, c'est une réalité avec laquelle il faut compter, sur laquelle nous pouvons compter.

Un des historiens les plus distingués d'Amérique écrivait récemment :

En deux occasions, la conduite du gouvernement français a été décisive pour l'avenir de l'Union, si bien qu'on peut se demander ce qu'aurait été sa destinée, si la France avait agi autrement. Sans l'aide de la France, les treize colonies révoltée ne seraient peut-

être pas parvenues à conquérir leur indépendance à la date où elles le firent et, si elles y étaient parvenues, elles n'auraient peut-être pas obtenu les limites qui, en fait, leur furent garanties. Sans l'achat de la Louisiane, — et l'on doit se rappeler que la France prit l'initiative de la transaction, — le mouvement d'expansion vers l'Ouest, bien qu'inévitable de toute façon, eût abouti à d'autres résultats. Si la France avait gardé la Louisiane assez longtemps pour y implanter une population française considérable, il pourrait y avoir aujourd'hui parmi les blancs du Sud-Ouest une lutte entre deux nationalités rivales pour la suprématie. Ou bien si l'Angleterre l'avait conquise et l'avait ajoutée à ses possessions du Canada, quel aurait été l'avenir des États-Unis ^ ?

On peut dire que, dans son ensemble, le peuple américain, si remanié qu'il soit chaque année par l'immigration, sent comme pensent ses historiens. Les statues de La Fayette et de Rochambeau, dressées en face de la Maison Blanche, leurs portraits placés dans le palais du Congrès à côté de celui de Washington ne sont pas la froide affirmation d'une courtoisie officielle, mais la vivante expression d'une amitié nationale. Comme me le disait l'archevêque Ireland, a les Etats-Unis n'ont rien oublié. C'est en apprenant l'histoire de son pays qu'un Américain apprend à aimer la France. Le passé n'a

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