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Arch. Cary Coolidge, Les Étals-Unis, puissance inondiala

point cessé d'agir sur le présent. Le sentiment américain ne saurait se détacher de la France. Les immigrants, c'est vrai, arrivent nombreux sur notre sol. Mais il y a dans Fair que nous respirons un je ne sais quoi qui les assimile en moins d'une génération. Et les nouveaux venus sont comme les anciens. En apprenant l'histoire de leur nouvelle patrie, ils apprennent, eux aussi, à aimer la France, la grande bienfaitrice de notre république. Pendant les cinquante premières années de notre histoire, les souvenirs de l'aide, de l'amitié françaises étaient presque contemporains. Ils se sont définitivement incorporés à nos traditions. »

A la gratitude patriotique s'ajoute la confraternité républicaine. Malgré les différences nombreuses et profondes de tempérament et de constitution, les Américains respectent dans la France l'apôtre de la liberté. Thomas Jefferson était l'ami de La Fayette, de Barnave, des frères Lameth, de tout le personnel du club des Feuillants. 11 fut, dès le premier jour, l'avocat de la Révolution française et le mouvement même de réaction, que provoquèrent aux Etats-Unis les excès de notre Convention, ne suffît pas à déraciner la sympathie première née de l'identité des principes, sinon des actes. En dépit des difficultés passagères, — conflit de 1799, expéditioji du

Mexique, affaire de Panama, — cette sympathie a persisté. Les « citoyens » américains, quand ils regardent l'Europe, se sentent naturellement orientés vers les « citoyens » français. En durant, la République a porté témoignage en faveur de notre stabilité politique. Et son aînée américaine, tout en blâmant certaines de ses tendances, notamment en matière religieuse, lui a accordé une estime qui croît avec le temps. Sans doute, aux regards des Américains, comme du reste du monde nous portons encore le poids de nos défaites. Mais la continuité de notre action extérieure, l'ampleur de notre expansion coloniale, les combinaisons diplomatiques que nous avons su sceller nous ont valu des suffrages et assuré des amitiés qu'il faut, dans l'évaluation des forces internationales, apprécier à leur valeur.

Jamais d'ailleurs l'intimité franco-américaine n'a mis plus de soin à s'affirmer qu'au cours des dernières années. Après l'inauguration du monument de Rochambeau, c'est en 1904 l'exposition de Saint-Louis, qui a fourni à cette affirmation le plus magnifique des cadres. Au moisdefévrier 1905, M. Jusserand, ambassadeur de France, a remis officiellement au Congrès des Etals-Unis le buste de Washington par David d'Angers, dont l'original avait été brûlé en 18ol et la maquette en terre

glaise retrouvée récemment à Angers. Au mois de juillet suivant, une escadre américaine est venue chercher à Cherbourg le cercueil de l'amiral Paul Jones découvert à Paris par l'ambassadeur des Etats-Unis : et les marins des deux pays se sont fraternellement associés dans l'hommage rendu à l'un des plus glorieux soldats de l'Indépendance. La retraite du général Porter, cette même année, a été l'occasion d'une manifestation d'affection spontanée qui tranche avec le protocole officiel dont est d'ordinaire entourée la fin d'une mission diplomatique. En 1906, une escadre américaine est venue visiter les ports français de la Méditerranée. Au mois d'avril suivant, une de nos divisions navales, invitée à participer aux fêtes données en l'honneur de Paul Jones, a été triomphalement reçue en Amérique. Le deuxième centenaire de Franklin a donné lieu, tant à Paris qu'aux États-Unis, à des cérémonies auxquelles les deux gouvernements ont solennellement pris part. En 1907, le visite à Brest de l'amiral Stockton et les fêtes du tricentenaire de Jamestown ont de nouveau publiquement affirmé les sympathies franco-américaines.

Les paroles prononcées en ces diverses occasions méritent d'être retenues ; car elles précisent, souvent avec bonheur, le caractère particulier d'inti-

mité et de confiance des relations existant entre les deux républiques. En 1905, c'est M. Mac Cormick, qui, en remettant ses lettres de créance à M. Loubet, disait : « Depuis plus d'un siècle que dure cette alliance franco-américaine, qui doit aux souvenirs qu'ont laissés dans les âmes les services rendus à la cause de la liberté une solidité plus grande que si elle avait été inscrite dans les traités, aucun nuage n'est venu troubler l'entente amicale de nos deux nations. » Quelques jours plus tard, dans le dîner d'adieu qui lui était offert, le général Porter exprimait les mêmes sentiments : « Ainsi que le fer se soude au feu de la forge, les amitiés, disaitil, se soudent au feu de la bataille... L'Amérique est encore trop jeune pour ne pas être reconnaissante... Elle ne manquera jamais de se rappeler que, quand Washington, Rochambeau et La Fayette se rencontrèrent devant l'étranger de Yorktown, au contact de ces grands esprits s'alluma l'étincelle électrique qui éclaira le chemin de la victoire et conduisit à jamais le nouveau monde vers la justice et la liberté fondées sur l'ordre légal et les droits de l'homme. » A cette môme occasion, M. Delcassé parlait « des deux pays que rien ne sépare dans le présent et dont, si loin qu'on regarde dans l'avenir, on n'aperçoit point que risquent de s'opposer jamais les aspirations légitimes ». En

avril 1906, aux fêtes données à Philadelphie en l'honneur de Franklin, en remettant à l'ambassadeur de France une médaille d'or destinée par une loi spéciale du Congrès au gouvernement français, M. Root ajoutait : « Ce que nous offrons n'est rien en regard de l'immense service que de grands cœurs français nous ont rendus. C'est du moins le signe qu'au milieu des conditions changeantes et de l'afflux des citoyens de tous les pays du monde, les Américains n'ont pas oublié leurs ancêtres. Vous saurez qu'il y a chez les Américains un sentiment persistant pour la France et qu'un tel sentiment chez un tel peuple est un fait réel et grand dont on doit tenir compte. Nous demeurons, quant à nous, de vrais et loyaux amis de la France. » Puis c'était M. Roosevelt, qui télégraphiait à M. Fallières pour l'assurer de la « place particulière » que la France tient dans le cœur des Etats-Unis, à qui elle a « rendu des services inappréciables dans la période assurément la plus critique de leur histoire » . C'était aussi le 23 mars 1907, le nouvel ambassadeur de l'Union, M. Henry White qui affirmait à M. Fallières, en inaugurant sa mission, que le gouvernement américain tient à honneur de « resserrer » les liens amicaux qui l'unissent à la France. Et c'est des mêmes termes qu'il se servait encore.

en célébrant, le 4 juillet 1908, la fête nationale américaine.

Ces discours définissent la nature toute spéciale des liens qu'une tradition plus que séculaire à créés entre la France et les Etats-Unis. Sans doute on peut souhaiter que ces liens deviennent plus étroits encore par une intelligence réciproque, plus complète et mieux informée des vertus respectives des deux peuples. On peut souhaiter que les Américains, au lieu de voir dans la France un pays d'élégance, de littérature et d'art, se rendent un compte plus juste de ses ressources, de sa force et de ses aspirations. C'est là un progrès à la fois désirable et réalisable. Mais tout en travaillant à le préparer, on ne doit pas méconnaître les résultats acquis. Si les Français installés aux États-Unis sont peu nombreux et n'exercent qu'une médiocre action, si les Irlandais immigrés, naguère nos plus ardents amis, ont été écartés de nous par notre politique religieuse, en revanche nos idées et notre culture sont l'objet, sur tout le territoire de l'Union, d'une curiosité sympathique. Les efforts couronnés de succès de l'Alliance française, les échanges de conférences et de professeurs par exemple entre la Sorbonne et l'université Harvard, ont largement contribué à nous faire connaître et apprécier outre-mer. L'excellent accueil réservé en

Amérique aux voyageurs français, à Paris à la colonie américaine, ont ajouté aux sympathies collectives les amitiés individuelles. Le sentiment, qui d'ordinaire a peu de place dans la politique, joue dans les rapports franco-américains un rôle indiscutable. 11 est le levain le plus actif des collaborations que les circonstances imposent quelquefois aux deux peuples. Point n'était besoin du traité d'arbitrage de 1908 pour avoir l'assurance qu'entre Paris et Washington les questions posées se régleront toujours dans un esprit de bonne foi, de bonne grâce et de bonne volonté.

L'intérêt commercial, autant que les sympathies anciennes, justifient d'ailleurs les relations cordiales de la France et des États-Unis. Bismarck professait que la politique et l'histoire n'ont rien à voir avec le commerce; que les guerres douanières n'empêchent ni les alliances ni les amitiés ; que celles-ci, inversement, n'ont pas toujours pour conséquence une augmentation du trafic. L'exemple de la France et de l'Italie a permis de constater que cette affirmation n'est pas rigoureusement exacte. L'exemple de la France et des États-Unis la contredit également. Il n'est pas douteux en effet que l'intimité des deux pays ail favorisé de l'un àl'autre le mouvement des échanges. Si l'on considère les ventes de la France aux États-Unis, on constate

Tardieu. — Alliances. 24

que leur progression a été presque constante, accusant une augmentation d'environ 75 p. 100 en moins de quarante ans. Elles ont passé en effet par les phases suivantes {Commerce spécial) :

(en millions de francs)

Nos achats ont progressé dans une proportion analogue à celle de nos ventes :

(en millions de francs)

Ces échanges, pour se développer, rencontraient devant eux le double obstacle du protectionnisme américain et du protectionnisme français. La France a été la première nation, à laquelle les Etats-Unis aient consenti une réduction sur les droits à Timportation. Par le traité du 30 avril 1803,

aux termes duquel nous leur avons cédé la Louisiane, certaines concessions furent accordées à nos navires et à nos produits. En 1831, un second accord, restreignant le précédent sur divers points, abaissa par compensation, pour une période de dix ans, les droits d'entrée sur nos vins rouges ou blancs. Une longue période suivit que ine marqua aucune négociation. Lorsqu'après 1882 les Etats-Unis commencèrent, en raison de leur développement industriel, à éprouver le besoin de recourir à la réciprocité commerciale, c'est d'abord aux Etats du Sud-Amérique que s'appliquèrent les accords qui furent négociés par eux. Mais le tarif Dingley, devenu loi le 25 juillet 1897, élargit les possibilités d'ententes. Le 28 mai 1898, les gouvernements de Paris et de Washington « dans le désir d'améliorer les relations commerciales », conclurent un premier arrangement, portant diverses réductions de droits. Le 24 juillet 1899, un traité de réciprocité fut signé. Mais il provoqua une vive opposition, notamment de la part des bijoutiers et des orfèvres de New- York et de New-Jersey. Aucun des traités négociés en vertu de la section 4 du tarif Dingley ne fut d'ailleurs ratifié par le Congrès. Et l'on dut s'en tenir par conséquent à l'accord de 1898. Le 20 août 1902, un protocole additionnel en étendit le bénéfice à

Porto-Rico et à l'Algérie. Enfin, en 1907, les Etats- Unis ayant signé avec l'Allemagne un accord commercial, qui avantageait, au dépens des champagnes français, les vins mousseux allemands arbitrairement qualifiés du même nom, la France exprima le désir, auquel le gouvernement de l'Union se rendit aussitôt, d'engager une négociation propre à rétablir l'égalité. C'est de là qu'est sorti le traité du 28 janvier 1908. Aux termes de ce traité, destiné suivant son préambule, à « compléter les précédents », les vins de Champagne français bénéficient d'une réduction de 20 p. 100 sur le droit d'entrée, la France continuant d'appliquer son tarif minimum aux denrées coloniales et de consommations originaires des Etats-Unis et de Porto-Rico, autres que les tabacs, les sucres et leurs dérivés. En outre une commission technique de six membres, trois Américains et trois Français, est chargée d'étudier les modifications à apporter aux règlements douaniers des deux pays. Cette collaboration amicale est de nature à faciUter et à développer les échanges de l'un à l'autre.

Depuis lors, il est vrai, d'autres difficultés ont surgi. En 1909, les États-Unis ont élaboré un nouveau tarif, aux termes duquel mécaniquement une surtaxe qui eût été pour la France d'environ 70 p. 100 ad calorem, eût frappé à dater du

3i mars 1910 les pays appliquant aux États-Unis

leur tarif général, — ce qui a été le cas de la France

depuis que le gouvernement de l'Union a dénoncé

l'accord commercial de 1908. Fort heureusement

l'entente s'est établie à la fin de mars 1910 et la

ffuerre douanière a été évitée. L'intérêt commun o

des deux pays imposait cette solution.

Si en effet on analyse la nature de leurs échanges, on constate que, sur de nombreux articles, ils sont susceptibles d'augmentation. Nos tissus qui, dans nos ventes, viennent en première ligne sont menacés, il est vrai, par la création de nouvelles manufactures. Mais, comme nos peaux, comme nos articles de Paris, comme nos vins, comme nos comestibles, comme nos œuvres d'art, il dépend de nous, par une organisation meilleure de la vente, de leur assurer un débouché plus large. Ainsi que l'écrivait, dans un rapport sur l'exposition de Saint-Louis, M. André Lesourd : « La commerçant français a certaines idées fausses bien arrêtées. Il pense que tous les Américains riches viennent chaque année en Europe et peuvent par conséquent acheter à Paris. 11 pense que, sa maison étant très connue à Paris, elle l'est dans le monde entier et que les Américains qui ont des commandes à lui faire peuvent les faire d'Amérique sur le vu de ses catalogues. Or les Américains riches qui vont en

Europe chaque année sont très nombreux, mais ils ne constituent encore qu'une très petite minorité de la classe riche. » Dans le même esprit, notre consul suppléant à New- York, M. Lucien Bonzom, proposait dans son rapport de 1906 de créer dans la Cinquième avenue une sorte de « Maison d'art », où nos industries artistiques seraient toutes représentées. 11 estimait que « le chiffre des affaires serait, dès le premier jour, énorme ». Le chiffre, énorme aussi, des frais généraux et de premier établissement a jusqu'ici fait reculer les commerçants français. Mais rien n'empêche d'espérer que cette idée juste portera tôt ou tard ses fruits.

La crise économique, qui a secoué l'Amérique de l'automne de 1907 au printemps de 1908, a été préjudiciable au commerce franco -américain. Comme il fallait s'y attendre, elle a diminué les achats et ce que l'on peut appeler les dépenses de tourisme. Elle a de plus provoqué des préventions qu'il a fallu dissiper. Au mois de novembre 1907, le marché américain, manquant de numéraire, s'adressa à la Banque de France. Celle-ci, conformément à ses statuts, avait déjà envoyé à la Banque d'Angleterre 80 millions d'aigles d'or américains, qui, naturellement, avaient pris le chemin de New- York. L'opération directe qu'on lui demandait avait un précédent. Lors de la crise Baring,

la Banque de France avait prêté à la Banque d'Angleterre 75 millions en or, contre lesquels cette dernière, en garantie de son engagement, lui avait remis un bon du trésor britannique à trois mois d'échéance. La Banque de France répondit donc qu'elle était prête à intervenir dans les mêmes conditions, c'est-à-dire avec la garantie du Trésor américain. Gomme on l'a justement fait remarquer, cette condition était d'autant plus légitime qu'il n'existe pas aux Etats-Unis de Banque centrale d'émission, analogue à la Banque d'Angleterre et que, en fait, c'est le Trésor qui remplit vis-à-vis du marché le rôle d'une Banque d'Etat : son intervention se justifiait donc doublement. Le gouvernement américain, saisi de cette réponse, ne crut pas devoir, pour des raisons constitutionnelles, donner la garantie qu'on lui demandait. La Banque de France, se trouvant en présence non plus d'une garantie d'Etat, mais d'une opération privée, ne put que se référer à ses statuts qui la lui interdisaient. La presse américaine, mal renseignée, en conçut une mauvaise humeur qu'elle exprima sans ménagement. « Ce refus, écrivait le 17 novembre le New York Herald, est une mesure aussi peu clairvoyante qu'inutile. » 11 y avait cependant quelque excès à prétendre imposer à la Banque de France une responsabilité, à laquelle

le Trésor américain refusait de s'associer. Gomment ignorait-on d'ailleurs qu'elle n'a pas le droit de donner de l'or contre du papier de crédit? Comment pouvait-on supposer d'autre part qu'elle souscrirait à l'émission d'obligations 3 p. 100 du Trésor américain, alors qu'il lui est interdit d'acheter des titres pour son compte et que ceux qu'elle peut accepter en garantie de ses avances sont exclusivement français? Il convient d'ajouter que, par l'intermédiaire de la Banque d'Angleterre, la Banque de France a, durant la crise, envoyé plus de 100 millions d'or en Amérique. Ce service appréciable suffît à prouver qu'en se conformant à ses règlements, notre Banque nationale n'avait été à aucun degré animée de sentiments hostiles à l'égard du marché américain.

Il est notoire d'ailleurs que, depuis quelques années, les capitaux français ont pris aux affaires américaines une part plus active que par le passé. L'alarme de 1907 a ralenti sans doute cette collaboration. Elle ne l'arrêtera pas. Commercialement, malgré la concurrence qui résulte du rapide progrès de l'industrie américaine, la production des deux pays reste, dans une large mesure, complémentaire. Le coton, les céréales, le tabac, les graines et huiles de coton, les fruits, la viande, les bois, les huiles minérales, naturelles et raffi-

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nées, les machines que la France achète chaque année viennent combler les lacunes de son sol ou de son industrie. En revanche, l'industrie française, par le fini de sa fabrication, se distingue si nettement de celle des Etats-Unis qu'elle est assurée de trouver toujours outre-mer un débouché qu'elle peut augmenter dans de notables proportions. Les affaires, comme les sentiments, justifient donc l'intimité des relations franco-américaines. Comment ces relations résistent-elles à l'épreuve des nécessités de la politique contemporaine?

Le 2 décembre 1823, le président James MonroS écrivait :

Les continents américains, vu l'attitude libre et indépendante qu'ils ont prise, ne doivent pas être considérés par aucune puissance européenne comme une terre se prêtant à plus ample colonisation. Nous devons à la franchise et aux rapports amicaux qui existent entre les États-Unis et les puissances européennes de déclarer que nous considérerions comme dangereux pour notre paix et notre sécurité toute tentative d'extension de leur système à une portion quelconque de cet hémisphère.

Nous n'avons jamais pris part aux guerres que ces puissances se sont livrées sur des questions qui les concernent et il n'est pas dans notre politique de le faire.

Nous ne sommes pas intervenus et nous n'interviendrons pas dans les colonies ou dépendances actuelles d'aucune puissance européenne. Mais chez les États qui ont proclamé leur indépendance et l'ont maintenue et dont, après mûre réflexion et suivant les lois de la justice, nous avons reconnu l'indépendance, nous ne saurions considérer une intervention d'une puissance européenne quelconque pour les opprimer ou pour contrôler de quelque autre façon leur destinée que comme une manifestation de sentiments hostiles à l'égard des États-Unis.

Ces règles, qui, dans la pensée de leur auteur, ne s'appliquaient qu'à la situation spéciale créée par la révolte des colonies espagnoles, sont devenues la loi directrice de la politique américaine. Le principe de non annexion et bientôt de non intervention opposé aux puissances européennes dans les affaires du Nouveau Monde a pris la valeur d'un dogme. Et c'est à l'attitude des puissances à l'égard de ce principe que les Américains ont jugé, depuis un siècle, des sentiments qu'ils leur inspiraient. La France, sauf de rares exceptions, ne leur a jamais causé d'inquiétudes. La déplorable intervention de Napoléon 111 au Mexique fut la seule occasion de conflit, qui ait risqué de nous opposer à eux. Ce conflit eût éclaté, sans doute, si la guerr^ de Sécession n'avait, au début de l'aventure mexicaine, paratysé les forces de l'Union ; si, plus tard, la fin tragique de l'empereur Maximilien n'avait

épuisé le débat. Quelque froideur en résulta entre Paris et Washington et se fit sentir à nous en 1870. Mais, depuis lors, nulle difficulté ne s'est élevée. La construction par la France du canal de Panama aurait pu en provoquer, si elle eût été menée jusqu'au bout. Résolus à s'assurer le contrôle du canal, les États-Unis ne se seraient pas résignés à le voir aux mains d'une compagnie étrangère. La débâcle de la société de Panama, douloureuse à notre amour-propre, nous évita par un échec préalable des complications ultérieures. Dans toutes les autres circonstances, nous avons pu, sans dommage, nous accommoder de la doctrine de Monroë. Nous gardons nos colonies de Saint-Pierre et Miquelon, des Antilles et de la Guyane. Mais les États-Unis ne les menacent point. Chaque fois qu'un différend a surgi entre nous et une république latine, le caractère mesuré et loyal de notre action a toujours été apprécié à Washington. Notre contestation avec le Brésil, à propos des frontières de la Guyane, s'est réglée à l'amiable. Vis-à-vis du Venezuela et de son dictateur Castro, nous avons fait preuve d'une patience poussée jusqu'à la faiblesse et souvent jugée excessive par les Américains eux-mêmes. On nous a su gré, en tout cas, de ne pas nous associer en 1902 à la triple action navale de TAUemagne, de l'Italie et

?iSO LA FRANCE ET LES ALLL\NCES

de l'Angleterre. On s'est félicité également que l'accord franco-anglais relatif à Terre-Neuve résolût un litige où les pêcheurs américains pouvaient risquer un jour d'être impliqués ^

On peut dire que, d'une façon générale, la France accepte en fait la doctrine de Monroë. Elle accepte même, au début du xx* siècle, la forme élargie de cette doctrine qu'on appelle la doctrine du big stick. Ce que c'est que cette formule et comment le système primitif a évolué pour arriver jusqu'à elle, on le sait. L'objet immédiat des États- Unis était d'écarter des républiques latines toute action militaire européenne, et, plus encore, toute occupation territoriale. Ils ne pouvaient pas cependant prétendre couvrir ces républiques contre les conséquences du mépris où, trop souvent, certaines d'entre elles tiennent leurs engagements internationaux. Force leur était donc d'exercer sur elles une sorte de contrôle préventif, de s'interposer entre l'Europe et elles, de leur apparaître comme un gendarme bienveillant, mais attentif. C'est ainsi qu'ils sont intervenus à Saint-Domingue. C'est ainsi qu'ils interviendront peut-être au Venezuela. La France, qui n'éprouve à l'égard du nouveau monde, aucune convoitise territoriale, n'a

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