Voir notre ouvrage, Notes sur les Etats-Unis
mêmes. Il n'en pouvait être autrement. La loi de leur expansion les porte en effet de l'Est à l'Ouest. Le jour où, à l'abri de hauts tarifs, leur industrie a eu besoin de débouchés, c'est vers le Pacifique, c'est en Asie qu'elle a été obligée de les chercher. Ils ont commencé par peupler la Californie. Puis ils ont regardé plus loin. Ils ont rêvé d'un Pacifique qui fut une « Méditerranée américaine ». Dans cet océan, les Hawaï, les Samoa, une partie des Mariannes, les Philippines, enfin la zone du canal de Panama ont jalonné pour eux les routes de l'avenir. « Nos produits, s'écriait un jour, M. Shaw, secrétaire du Trésor, seront transportés à travers toutes les mers et les États-Unis deviendront de fait, comme ils le sont par la nature, le maître du plus vaste des océans ». Effectivement, la politique américaine dans le Pacifique et en Asie a été avant tout une politique économique. Les importations américaines en Chine se sont élevées de 1896 à 1905 de 35 milUons de francs à 265 millions. En Corée, elles ont passé de 1.950.000 francs en 1903 à 10 millions en 1905. Au Japon, elles ont monté en dix ans de 42 milhons à 265 millions. Sur ces différents terrains, c'est l'intérêt commercial qui a mené la diplomatie.
A de certaines heures, cet intérêt a pu sembler contradictoire avec l'intérêt français : non pas que
la France eût sur quelque point de l'Extrême-Orient des visées d'annexion ou de monopole, mais parce que son alliance avec la Russie l'associait nécessairement aux projets du cabinet de Saint-Pétersbourg. Ces projets, qui tendaient à mettre la main d'abord sur la Mandchourie, ensuite sur la Corée, inquiétaient depuis longtemps les États-Unis. Ils réclamaient la « porte ouverte ». Et comme le Japon réclamait la même chose, les Américains prenaient fait et cause pour les « chers petits japs ». « Le Japon, écrivait l'un d'eux, représente dans le conflit l'élément civilisé, le principe libéral et moderne de développement national, la promesse du progrès pacifique ». Les immigrés arméniens, polonais et juifs, ne manquaient pas de nourrir de leurs rancunes ce parti pris. Et dans une certaine mesure le gouvernement en subissait l'influence. Dès les premiers jours de la guerre entre la Russie et le Japon, M. John Hay, secrétaire d'Etat, proposa aux puissances de s'assurer que « la neutralité de la Chine et son entité administrative seraient respectées ». C'était, sous une apparence d'impartialité, une précaution prise contre la Russie. Comme le maintien de la neutralité et de l'intégrité chinoise importait à tous les neutres, la proposition américaine fut adoptée. Elle fut considérée à Saint-Pétersbourg comme correcte dans la forme.
mais peu amicale dans l'intention. Et l'opinion française, favorable aux Russes, se trouva de ce fait en opposition avec l'opinion américaine toujours sympatliique au Japon.
Depuis lors, la situation s'est retournée. Très prudemment le président Roosevelt et ses ministres s'étaient abstenus de participer aux manifestations de l'opinion publique. Prévoyaient-ils dès lors, que les succès du Japon feraient de lui, pour les Etats- Unis, le rival du lendemain dans le Pacifique ? La guerre n'était pas terminée que, déjà, les sentiments populaires, ni d'un côté ni de l'autre, n'étaient plus les mômes. Les Japonais reprochaient aux Américains le rôle joué par M. Roosevelt dans les négociations de paix de 1905. Les Américains s'étonnaient du ton que prenaient à leur égard les journaux japonais. Un an plus tard, l'affaire des écoles de San-Francisco faisait éclater cette question de l'immigration jaune en Amérique qui, posée vingt ans plus tôt contre les Chinois, se posait maintenant contre les Japonais, concurrents plus redoutables encore. De l'automne de 1906 au printemps de 1908, le conflit se déroula avec des alternatives d'acuité et de calme, des craintes de guerre et des espoirs d'apaisement. La croisière de la flotte américaine et le voyage de M. Taft au Japon en furent les derniers incidents. Un accord Tardieu. — Alliances. 25
s'établit ensuite, dont on n'a pas publié le texte, et qui enregistre le désir concordant que ressentent les Américains de n'être pas envahis par les coolies japonais, les Japonais de garder chez eux leur maind'œuvre : accord purement opportuniste, puisque les deux parties n'abandonnent rien des principes en présence, principe de libre entrée d'un côté, de libre fermeture de l'autre*.
A ce conflit, la France n'était point mêlée. Elle en a subi pourtant la répercussion. Le 16 mai 1907, en effet, c'est-à-dire en pleine crise nippo-américaine, le traité franco-japonais, justifié par les raisons qui ont été plus haut exposées, était signé. Malgré le caractère limité de cet accord, il produisit aux Etats-Unis une impression désagréable. L'appui financier accordé par la France au Japon, notre engagement de respecter et de faire respecter d'accord avec lui l'intégrité chinoise, d'assurer solidairement le maintien de l'ordre dans certaines provinces du Céleste Empire, la garantie que nous apportions à sa situation territoriale en Asie inquiétèrent les Américains. « Quelques-uns d'entre nous, écrit M. Coolidge (qui refuse d'ailleurs de s'associer à ces craintes), peuvent voir dans le traité franco-japonais une preuve que, dans la riva-