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LA FRANCE ET l'aLLIANCE RUSSE 31
deur de Russie à Vienne. Le prince venait lui faire savoir qu'on serait heureux en Autriche et en Allemagne qu'après avoir visité Paris et Berlin, il rentrât par Vienne à Pétersbourg. M. Isvolski répondit :
— : Je ne ferai pas ce que vous me proposez. Je suis venu à Paris, parce que la France est l'alliée de la Russie. Je m'arrêterai à Berlin, parce que, passant par cette ville, je dois aux relations amicales que nous entretenons avec l'Allemag'ne, de m'y arrêter. Mais je n'irai pas à Vienne, parce que je n'ai pas de raison d'y aller, parce qu'en y allant, je changerais la signification de mon voyage, et ce d'autant plus que je ne suis pas allé à Londres.
Le ministre russe affirmait ainsi sa résolution de ne pas altérer le caractère de la Double Alliance en lui superposant, plus ou moins nettement, une sorte de résurrection de « l'alliance des trois empereurs ». Depuis lors, sa politique, définie de plus en plus par le rapprochement avec l'Angleterre, a gardé le même caractère. Le remplacement, dès longtemps désiré par lui, de l'ambassadeur de France à vSaint-Pétersbourg, M. Maurice Bompard, par l'amiral Touchard, puis, un an plus tard, par M. Georges Louis n'a pu que le confirmer dans ces dispositions.
Depuis lors, la Russie et la France ont entretenu
les relations les plus cordiales, qu'a consacrées en juillet 1909 la rencontre à Cherbourg du Tsar et de M. Fallières, Un lien nouveau s'est d'ailleurs ajouté à ceux qui, depuis longtemps, unissaient les deux alliés, c'est à savoir le contact qui s'est établi à diverses reprises en 1909 et en 1910 entre la Douma et le Parlement français. Le fonctionnement de plus en plus nomial des institutions représentatives en Russie a éliminé d'autre part les risques de malentendu qui s'étaient manifestés dans le passé. Enfm la politique internationale a trouvé les gouvernements de Paris et de Saint-Pétersbourg d'accord sur les principes et sur l'application. On a prétendu, dans certains milieux, que la crise orientale de 1908-1909 avait relâché l'alliance, la France ayant prêté à la Russie un insuffisant appui. Les faits répondent à cette accusation.
C'est M. Isvolski lui-même qui, en décembre 1909, a expliqué à la Douma que, pour protester contre les initiatives austro-hongroises, il n'avait pas, en raison d'arrangements antérieurs, les mains complètement libres. Et c'est en conformité des intentions de la Russie que la France, au cours de la crise, s'est attachée à rester en contact avec Vienne et avec Berlin. En agissant autrement, M. Pichon eût compromis, plutôt que servi, les
intérêts russes qui ne comportaient pas une guerre entreprise pour la Serbie. C'est ce qui a été reconnu du reste par les hommes d'État des deux pays tant lors de l'entrevue de Cherbourg (juillet 1909) que lors de la rencontre entre MM. Pichon et Isvolski à la suite du voyage du Tsar en Italie {décembre 1909), Cette dernière visite, en constatant à l'égard des problèmes orientaux, l'unité de vue de Rome et de Pétersbourg, a rendu meilleure la situation de la France entre la Russie alliée et l'Italie amie.
L'alliance franco-russe, ramenée sur son terrain, semble donc appelée à reprendre en Europe sa pleine valeur. Les fautes commises ont été méditées des deux parts et, des deux parts, on en a tiré la conclusion logique. En dépit des polémiques de presse qui éclatent de temps à autre, l'entente étroite reste la loi des relations entre les deux pays. Soit que les journaux discutent les questions militaires, soit qu'ils abordent les questions financières, leurs discussions sont, d^ordinaire, oiseuses. Lorsque le Novoié Vrémia attaque l'armée française, il exagère à plaisir des défauts faciles à corriger et laisse délibérément dans l'ombre des mérites de premier ordre. Lorsque des journaux français critiquent l'armée russe et prétendent que la guerre de Mandchourie, soutenue pendant deux ans par cette T.tRDiEu. — Alliances. 3
armée à des milliers de kilomètres de sa base, a porté contre elle un verdict sans appel, ils ne se trompent pas moins gravement. Quant à la question financière, et à ce jeu puéril où les Russes disent : « Vous avez été trop heureux de nous prêter votre argent », tandis que les Français répondent : « C'est vous qui êtes trop heureux de le garder », il ne mérite pas qu'on s'y arrête. Le propre des opérations financières est de servir les intérêts des prêteurs et des emprunteurs. Si la Russie a emprunté notre argent, c'est qu'elle en avait besoin : donc elle n'a rien à nous reprocher. Si nous le lui avons prêté, c'est que cela nous a convenu : nous n'avons donc rien à lui reprocher non plus.
Les relations économiques entre les deux pays sont susceptibles d'ailleurs de se développer. On a vu plus haut quelle formidable somme d'argent français est placée en Russie '. Le chiffre de nos prêts, tout autant que l'intérêt de l'alliance, auraient justifié de la part de la France, une pratique moins subalterne des engagements de 1891. Mais les prêteurs français n'ont rien à regretter. La situation financière de la Russie n'est pas mauvaise. Les budgets normaux, — abstraction