Voir ci-dessus p.'iiTiî
faite des dépenses occasionnées par la guerre et les constructions de chemins de fer, — sont en équilibre. Les difficultés des dernières années s'expliquent plutôt par des raisons de trésorerie que par des raisons budgétaires. Elles ont en effet leur origine, soit dans des dépenses qui sont directement productives, soit dans des remboursements de dettes, soit dans des circonstances passagères. Le capital de la dette russe, qui se montait le 1" janvier 1908 à 23.327.000.000 francs, représente moins de 200 francs par habitant, chiffre assurément élevé, mais qui n'est cependant pas excessif. Le service brut de la dette, — qui comprend les amortissements, c'est-à-dire, la contrepartie des ressources d'emprunts, — absorbe 17,4 p. 100 des recettes budgétaires normales, c'est-à-dire une proportion moindre que dans nombre d'autres Etats. Sans doute, la France a le devoir et le droit de souhaiter qu'une réforme profonde de la bureaucratie russe assure, aussi bien dans l'ordre financier que dans les autres administrations, la régularité, l'honnêteté et la compétence, qui ont si souvent fait défaut. Non moins légitime est le désir de^développer, par des accords commerciaux, les relations économiques qui, malgré une législation douanière peu favorable, ont progressé sensiblement depuis vingt-cinq ans.
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Mais, sans méconnaître l'importance des services que la France a rendus à la Russie, il est de toute injustice de prétendre, comme on Fa fait, que l'alliance soit exposée à avoir la faillite pour contrepartie.
En matière militaire, il est naturel que les Russes forment le vœu de voir l'armée française à la hauteur de sa mission. Le devoir de développer nos forces et de compenser par une utilisation meilleure de jios ressources l'affaiblissement qui résulte du service de deux ans s'impose à nous dans notre intérêt plus encore que dans celui de nos alliés. La Russie, de son côté, doit se rendre capable déjouer avec succès le rôle qui lui incomberait en cas de guerre européenne. Elle a, pour cela, beaucoup à faire. La guerre russo-japonaise lui a en effet porté un préjudice durable. Cette guerre a successivement affecté les formations militaires propres à l'Extrême-Orient, les divisions de réserve stationnées dans les gouvernements centraux, enfin les corps d'armée affectés à la défense de la frontière de l'Ouest et spécialement préparés pour une intervention au delà de cette même frontière, ceux qui, par conséquent, intéressent directement l'alliance franco-russe. Transportés par échelons sur le théâtre des hostilités, ces corps ont dû emprunter des hommes, des officiers, de l'artillerie, du maté-
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ricl à ceux qui ne se mol)ilisaient pas. Ces derniers sont, de ce fait, devenus incapables de passer du pied de paix au pied de guerre. Les troubles intérieurs exigeaient d'ailleurs leur emploi contre les révolutionnaires dans des conditions qui n'avaient rien avoir avec le plan démobilisation. En un mot, ce qui restait de forces en Russie au terme, de la guerre ne pesait plus dans la balance de l'équilibre européen.
Pour que cet état de choses prît fin, il fallait d'abord que fussent restitués les emprunts faits par l'Extrême-Orient à la Russie d'Europe. La démobilisation commença immédiatement après le traité de Portsmouth. La grève générale des chemins de fer la retarda et rendit les transports de retour presque aussi lents C[\ie l'avait été la mise en marche . Ce n'est que dans les derniers mois de 1906 que les corps d'armée européens furent complètement replacés le long de la frontière de l'Ouest. Ils avaient perdu en Mandchourie une partie de leur personnel et la totalité de leurs convois, dépensé leurs approvisionnements de guerre, éprouvé les fatigues d'une campagne pénible, subi la démoralisation de la défaite. Leur capacité militaire ne pouvait être restaurée que par un double et persévérant effort, effort de reconstitution, effort de réorganisation. La i-econstitulion exige des dépenses considérables
et est par suite subordonnée à l'état des finances. Elle implique des changements dans l'armement et dans l'outillage militaire. Le comte Witte évaluait naguère à un milliard de roubles, près de trois milliards de francs, le coût de cette œuvre nécessaire. Si formidable que soit ce chiffre, le gouvernement et la Douma ont le strict devoir, vis-à-vis de la Russie et vis-à-vis de la France, de se mettre à la besogne sans tarder.
Pour la réorganisation, diverses mesures ont été prises depuis la paix. La loi militaire fondamentale de mars 1906 a réduit à trois ans la durée du service, que la loi antérieure fixait nominalement à cinq et qui s'abaissait à quatre dans la réalité. Le long séjour sous les drapeaux des soldats de l'armée active avait pour consétjuence le vieillissement relatif et la faiblesse numérique des réserves. Ces deux inconvénients avaient été vivement ressentis en Mandchourie, où la mauvaise contenance des divisions de réserve, transportées les premières sur le théâtre des hostilités, fut une des causes de la défaite de Liao-Yang. Avec un service plus court, on a été obligé d'accroître numériquement les contingents annuels, puisque l'armée active devra désormais se compléter au moyen, non plus de quatre, mais de trois contingents. Les trois dernières levées ont été fixées à 470.000 hommes
LA FRANCE ET l'aLLIANCE RUSSE 39
environ. Ce phénomène s'étendra aux classes de la réserve qui deviendront plus nombreuses, plus jeunes, plus capables d'homogénéité. On sera également conduit à modifier le règlement sur le recrutement, qui date de 1874, et à diminuer les cas de dispense. Enfin, trois années étant tout juste suffisantes pour former en Russie un sous-officier, il faudra de toute nécessité recourir aux réengagements. Bien que certaines mesures aient été déjà prises, on sent vivement le défaut d'un plan d'ensemble. Il est indispensable à la sécurité de la Russie, à ses engagements contractuels envers la France et à l'équilibre de l'Europe, que ce plan soit nettement défini et énergiquement exécuté par l'accord cordial de la vieille bureaucratie et de la jeune Douma.
A ces conditions, l'alliance franco-russe aura pratiquement son plein effet. Aujourd'hui comme hier et demain comme aujourd'hui, cette alliance, sincèrement menée, est et demeurera également indispensable aux deux contractants. Il suffît, répétons-le, de regarder une carte pour se convaincre que, dans une guerre continentale, la Russie seule serait capable d'immobiliser une partie des forces de nos adversaires, — et réciproquement. C'est en revenant à ce principe premier que l'on comprend toute la portée du pacte de 1891. Comme
me le disait en 1905 le comte Witte : u L'essence des relations franco -russes n'est pas modifiée. L'alliance demeure conforme à l'intérêt des deux peuples. A cette alliance, il n'y a rien de changé et il ne faut rien changer. » Pour que ce changement se justifiât, il faudrait que l'Europe cessât d'être l'Europe.
I. La rivalité franco-anglaise. — Trois siècles de guerre. — • Les tentatives d'entente et leur avortement. — L'Algérie.
— La Tunisie. — Le Niger. — Le Congo. — Le haut Nil et l'Egypte. — Fachoda.
n. Les causes du rapprochement i'ranco-anglais. — L'Allemagne et l'Angleterre. — La politique de Bismarck. — L'essor allemand. — La concurrence commerciale. — Les commerçants et les consuis anglais. — La défiance politique. — Le réquisitoire britannique. — La France et l'éciuilibre. — Le commerce franco-anglais. — La fin de la querelle coloniale.
IIL L'entente cordiale. — Le rôle d'Edouard VII. — Le voyage de l'J03. — Les négociations. — L'accord du 8 avril 1904. — L''Egypte. — Le Maroc. — La valeur de l'arrangement. — Les manifestations franco-anglaises. — La politique allemande et l'évolution de l'entente cordiale. — Le rapprochement anglo-russe. — Son développement. — L'entente anglo-franco-russe. — Son fonctionnement de 1907 à 1910-
IV. Entente ou alliance. — Le problème militaire. — La faiblesse de l'armée anglaise. — La réforme de M. Haldane.
— Son insuffisance. — L'état de l'opinion anglaise. — L'intérêt français. — La politique de neutralité. — Les conditions d'une alliance. — Faute de ces conditions, amis, mais pas alliés.
Jamais réconciliation ne fut plus inattendue que celle qui, le 8 avril 1004, mil un terme à la que-
relie séculaire de l'Angleterre et de la France. Inattendue par sa conclusion, elle le fut, plus encore peut-être, par sa durée. Il est arrivé quelquefois, depuis un siècle, que l'on prononçât le mot d'entente cordiale : mais d'ordinaire la réconciliation fut sans lendemain. En 1801, le peuple de Londres détela les chevaux du colonel de Lauriston, aide de camp du premier Consul, venu pour ratifier la paix. Mais, quelques mois plus tard, commença la guerre qui devait finir à Waterloo. En 1838, le maréchal Soult, quand il alla assister au nom de Louis-Philippe au couronnement de la reine Victoria, reçut un accueil enthousiaste. Mais, en 1840, la rupture fut près d'éclater entre l'Angleterre et nous. De même, sous Napoléon III, l'entente, et même l'alliance, n'eurent qu'un jour et, dès 1860, la reine Victoria conseillait contre la France « une croisade en règle » . Albert Sorel a écrit : « 11 peut s'établir, il s'est établi entre la France et l'Angleterre des ententes pour conserver l'ordre établi. L'Angleterre n'a jamais été, elle ne saurait être une alliée pour la France, tant que la France ne renoncera point à s'étendre \ » C'est ce qu'exprimait, un siècle plus tôt, lord Chatham en disant : « La seule chose que l'Angleterre ait à craindre