LES TERRES
Sommaire. — 192. Les zones de culture (2). — 193. La région des céréales (3). — 19i. L'altitude (3). — 195. La nature des terrains (5). — 196. La division de la propriété et de l'exploitation (9). — 197. Les amendements, les irrigations, l'outillage et les engrais (13). — 198. L*emploi du territoire agricole (16). — 199. Les régions agricoles (24). — 200. Les pays (34).
192. Lmê xones de ealture. — Plus qu*aucune autre industrie, . Vagriculture est subordonnée au climat et à la nature du soL C'est principalement d'après le climat qu'ont été tracées les grandes zones de culture qui coupent obliquement, du sud-ouest au nordest, le territoire français (voir livre II). Ces zones sont :
l*" La zone de rdivier, zone chaude, dont la limite septentrionale est k peu près figurée par une ligne courbe allant des Pyrénées jusqu'à Valence, en longeant le pied des Corbières et des Cévennes, et de Valence à la frontière, en contournant par le sud les Alpes du Dauphiné et de la Provence. Le pin d'Alep, le chêne-liège, le lentisque s'y plaisent.
Cette zone comprend, sur la côte de Provence, la petite zone de toranger, plus chaude encore, que caractérisent aussi le palmier et l'agave et où les rosiers fleurissent en hiver.
â"* La zone du mais, dont la limite septentrionale est à peu près figurée par une ligne onduleuse allant de l'embouchure de la Sèvre Niortaise jusque dans la Touredne, contournant ensuite par le sud le Massif central trop froid pour cette culture, suivant le pied des Cévennes, embrassant une partie de la Lorraine et aboutissant à Textrémité septentrionale des Vosges. Le maïs exige une assez grande chaleur, il mûrit tard et craint les automnes brumeux ; c'est pourquoi, dans l'est de la France, bien qu'à latitude égale le climat soit plus froid (v. § 67), il s'étend beaucoup plus au nord que sur les bords de l'Océan.
Cette zone renferme la zone secondaire du mûrier, dont la limite est une ligne courbe s*étendant du pied des Corbières jusqu'à Toulouse et contournant par le sud le Massif central, sur lequel ne poussent ni le mûrier ni le maïs.
3<^ La zone de la vigne, dont la limite septentrionale s'étend de l'embouchure de la Loire à la Meuse vers Mézières.
Chacune de ces limites marque seulement l'extrémité septentrionale au delà de laquelle la température ne permet plus la culture
indiquée. Elle n*est pas elle-même une limite absolue, car on cultive le maïs en Bretagne et dans le Maine. Dans le bassin de la Basse-Seine, au nord de Paris, on trouve près de 20,000 hectares de vigne, tandis qu'on n'en plante pas dans la Beauce, et que le raisin ne mûrirait pas sur le Massif central. A Cherbourg, grâce aux tièdes émanations de la Manche, on fait venir en pleine terre des plantes qui ne poussent à Paris que dans les serres.
193. Ija r^irioB des céréalM. — Les céréales, autres que le maïs et le riz, n'ont pas de zone proprement dite; elles viennent sur presque tout le territoire français, à l'exception des montagnes. Cependant elles ne prospèrent pas également dans toutes les terres : le froment aime les sols riches; le seigle le remplace avec avantage dans les sols pauvres, sous les climats froids et dans les régions élevées; l'orge, d'une acclimatation facile, craint les contrées humides; l'avoine, au contraire, redoute la grande sécheresse et prospère particulièrement dans nos départements du nord.
194. L aitltade. — L'élévation des terrains au-dessus du niveau de la mer (voir livre I, section m), la constitution géologique du sous-sol (voir livre I, section ii), l'exposition au soleil levant ou au soleil couchant, au nord ou au midi, exercent sur la production agricole une influence non moins notable que le cli- à^tOt {a„L,a3=«r.d mat général de la région.
L*époque de la maturité des plantes dépend de ces conditions diverses. Quand on regarde une carte indiquant , comme celles que nous avons reproduites dans notre Petit atlas, d'après
le Bureau central météo- Fîg. tlO. — Coope de U rallée do GraisÎTaudan et da »^i«^ ^ ^^ ««;* -.rv ,- rersant occidental de la chaîne de Belledonne, indiquant
rologique, on voit pour i,, ,^„^ ^^ Tégétaiion. le blé, pour l'avoine, pour
la vigne, etc., un système de courbes qui rappellent le relief de la France, et qui témoignent ainsi d'une étroite relation entre la végétation et la forme du terrain.
Par exemple, dans la vallée du Graisivaudan, dont l'altitude moyenne est de 200 à 250 m., les champs sont couverts non seulement de froment et de chanvre, mais encore de maïs et ombragés
de mûriers et de vignes qu'on cultive en « hautains » (1) et en treillages; près de Grenoble, à la Tronche, on peut voir Tolivier en pleine terre (région n** 1). Lorsqu'on s'élève jusqu'à une altitude de 500 m. sur les coteaux (région n° 2), la vigne et le mûrier se mêlent encore aux céréales avec le châtaignier et le noyer, et la campagne conserve les caractères de la richesse. De 500 à 1,100 mètres (région n°3), l'aspect change : la vigne n'apparaît plus, le châtaignier est plus rare; les bois et les prairies dominent au milieu de cultures clairsemées. De i,100 à 1,700 m. (région n^ 4), le caractère alpestre s'accuse plus nettement. Le seigle et la pomme de terre sont à peu près les seules cultures qu'on aperçoive au milieu des pâturages et des massifs d'arbres résineux et de bouleaux blancs. Audessus de 1,700 mètres (région n? o), dans la chaîne de Belledonne qui borde le Graisivaudan à l'est, les arbres, épicéas, genévriers, mélèzes, deviennent rabougris, puis disparaissent. On ne voit plus que des rhododendrons, de vastes pâturages si le sol est argilocalcaire, ou des surfaces nues, pierreuses, tachetées de mousse si le sol est peu fertile (2) ; les neiges se montrent ensuite à partir de 2,200 mètres (région n** 6), persistant pendant dix mois de Tannée, pendant l'année entière même dans les creux ; sur les rocs de couleur sombre s'attachent çà et là les mousses et les lichens jusqu'à ce qu'on atteigne, à 2,700 mètres, la région des glaciers et des neiges perpétuelles. De la Tronche au sommet de Belledonne, on passe ainsi, sur une longueur de quelques kilomètresi du climat de la Provence au climat du Spitzberg.
La pente seule, indépendamment de l'altitude, influe sur la culture ; quand elle dépasse 20 centimètres par mètre, on ne peut plus cultiver qu'en terrasse (Jura, Cévennes, Alpes de Savoie); mais si l'exposition est à l'orient ou au midi, on a une beaucoup plus grande chaleur à cause de l'incidence des rayons solaires plus rapprochés de la perpendiculaire. Sous le rapport de l'altitude, on distingue trois régions :
l'' Les régions des montagnes (21 départements ou parties de départements) où le sol atteint une grande élévation. Elles forment moins du cinquième du territoire français et s'étendent ; d'une part, sur 14 départements, par les montagnes granitiques, schisteuses ou calcaires des Alpes, des Pyrénées, des Vosges et de la Corse ; d au-
(1) C*est-&-dire s'élevant à une hauteur de 2 m. ou plus en se mêlant à des ariares, ormes ou érables, qu*on tient soigneusement écossés à une faible élévation.
(2) Cependant, dans quelques portions de vallées bien exposées, et dans le cas de nécessité, on peut encore récolter du seigle ; dans le cirque du Vénéon, on en cultive à une altitude de 1,900 mètres.
(re part, sur 7 départements par les montagnes calcaires du Jura et de Ja Provence. Les rochers, les forêls et les pâturages y dominent.
2<' Les régions des plateaux et des montagnes de médiocre élévation (41 départements ou parties de départements). Une grande partie de ces régions est de nature montagneuse (Auvergne^ Gévaudan, Cévennes). Elles forment environ le quart du territoire et comprennent : d'une part, les plateaux et montagnes de granit et de schiste de la région granitique du Centre, s'étendant sur 16 départements (y compris les hautes montagnes d'Auvergne); la région de Bretagne et de Normandie, s'étendant sur il départements ; celle des Ardennes, s'étendant sur un département ; d'autre part, les plateaux calcaires des Gausses et du Bas-Languedoc, s étendant sur 5 départements; ceux de Bourgogne, sur 5 départements; celui de Lorraine, sur 3 départements. On y trouve, à côté des céréales, les bois, les pâturages et les bruyères.
3*" Les régions des plaines, formant plus de la moitié du territoire et comprenant la partie centrale des grands bassins fluviaux (37 départements ou parties de départements). Elles se composent de : 1^ la Flandre, la Champagne (3 départements), et la Neustrie (22 départements) qui représentent à peu prés lancien bassin parisien avec la grande plaine du centre durant la période calcaire, c'est-à-dire bien avant l'existence de l'homme; 2* l'Aquitaine (12 départements) qui représente l'ancien bassin aquitanique; 3' la Limagne ou vallée moyenne de l'Allier; 4** la Bresse et la plaine de la Saône ; 5° la plaine du Bas-Languedoc. Les terres labourables et les prairies dominent dans ces régions où se trouvent des plaines, des vallées, des coteaux et des plateaux.
195. lia natare des terrains. — La constitution géologique du sol exerce une influence sur la fertilité (voir livre I, section ii). Les terrains primaires ne sont pas en général les meilleurs pour la culture; la bruyère et les ajoncs y dominent souvent; cependant le seigle, le sarrasin, le châtaignier y prospèrent. Les terrains secondaires et tertiaires sont beaucoup plus favorables; les couchescalcaires, lorsque la surface renferme une certaine proportion de sable et d'argile, sont, en général, propres aux céréales; lescouches argileuses, qui retiennent l'eau, le sont aux prairies. La proximité des sources et des cours d'eau, qui entretiennent naturellement une humidité suffisante et qui permettent d'irriguer le& champs et d'abreuver le bétail, exerce aussi une influence considérable (voir livre I, section iv).
D'ailleurs, dans chaque zone et dans chaque région, il y a des-
champs de nature et de richesse très diverses. Car, outre les causes générales, il faut tenir compte d'un grand nombre d'autres circonstances, secondaires pour le géographe, mais capitales pour l'agronome, au nombre desquelles il convient de placer le voisinage d'une grande ville et la facilité des communications qui permettent d'exporter les denrées ou d'apporter les engrais. Dans ce dernier cas, l'homme triomphe des obstacles de la température et du sol par des travaux savants et coûteux.
Dans la région des plaines et des plateaux, toutes les terres de labour, qui forment à elles seules à peu près la moitié de notre territoire (environ 26 millions d'hectares), sont loin de se ressembler et d'être également propres à tous les genres de culture que le climat permet. Leur degré de fertilité dépend beaucoup de la constitution particulière du terrain agricole.
Le terrain agricole est composé des couches supérieures du sol qui seules exercent une influence sur les travaux de l'agriculture. Il diÉTère du terrain géologique, c'est-à-dire des masses qui composent l'écorce terrestre, quoiqu'il ait une étroite relation avec ce dernier dont il est dépendant dans une certaine mesure. Le terrain agricole se compose, en effet, de deux parties : !• la ietTe végétale ou terre arable, couche superficielle plus ou moins profonde, meuble, perméable à l'air et à l'eau, propre à la végétation, formée des débris des terrains géologiques que ronge et que dissout l'action incessante des pluies, des cours d'eau et de l'atmosphère; t^ le som-soly c'est-à-dire le terrain géologique supérieur sur lequel repose la terre végétale. Il y a cinquante ans, on n'employait que l'ancienne charrue qui ne creusait que des sillons superficiels. Depuis ce temps, les labours profonds, qui ont porté dans certains cas de 15 à 40 et 45 centimètres la couche retournée et aérée et transformé l'agriculture, ont permis d'utiliser le sous-sol pour améliorer la terre végétale.
La terre végétale peut être formée par la désagrégation et la décomposition sur place du terrain géologique ; dans ce cas, les terrains agricoles correspondent exactement aux terrains géologiques et ont les mêmes limites ; on les désigne sous le nom de ter-rains agricoles autochtones. Par exemple, un sous-sol de calcaire compacte donne naissance à une terre végétale toute calcaire et à un terrain agricole très perméable, très sec, impropre aux prairies, mais où les arbres à racine pivotante peuvent réussir, parce que leurs racines vont chercher l'humidité à une grande profondeur. Un sous-sol d'argile est imperméable et donne naissance à
une terre végétale argileuse peu perméable qu'il faut diviser par des amendements pour en tirer des récoltes.
La terre végétale peut être formée des débris de roches charriées en gros fragments ou en poussière par les eaux ou descendues par éboulement du haut des montagnes, soit durant la période actuelle, soit durant la période quaternaire; dans ce cas, la terre végétale est tout à fait indépendante du sous-sol ; on désigne ces terrains sous les noms de terrains de traïuport. Par exemple, presque toutes les vallées et une partie des plateaux du bassin de la Seine sont recouvertes d'un limon que les eaux de la période diluvienne ont apporté. Le terrain géologique influe aussi sur la culture des terrains de transport en fournissant un sous-sol perméable ou imperméable.
Même dans les environs de Paris, où la puissance des engrais et des amendements a beaucoup modifié les qualités naturelles du sol, on voit encore très nettement marquée cette double influence du sous-sol et du sol superficiel ; on trouve généralement des bois et des bruyères sur les sables de Fontainebleau et de Beauchamp et sur les argiles à meulières; de la vigne sur les coteaux du gypse et de la craie; des céréales et des betteraves dans les plaines, comme celles du Soissonnais, et sur les plateaux composés d'un sous-sol perméable de calcaire grossier recouvert de limon. Quand le calcaire grossier ou la craie blanche sont à nu, et souvent aussi quand le limon repose sur des argiles imperméables (i), on ne voit guère que des bois et des broussailles, ou quand le sol a une pente suffisante, des prairies. Dans les vallées, le froment vient bien sur le lœss calcaire, tandis que le sol caillouteux du diiuvium convient mieux au seigle.
Plus loin, dans le pays de Bray (en Normandie), les argiles du crétacé inférieur sont favorables aux herbages et aux peupliers; il en est de même des alluvions de la Marne.
La terre végétale ou terre arable, considérée en elle-même, ofl*re dans le mélange des éléments qui la constituent de grandes difl'érences . On peut dire que les éléments se trouvent partout ; mais, selon que lel ou tel domine, on a classé les terres arables en quatre espèces :
1" Les terres siliceuses, contenant plus de moitié de sable siliceux. Elles se dessèchent promptement. Sous un climat suffisamment humide, elles donnent de belles récoltes; mais, sous un climat sec, elles sont d*une médiocre productivité. Cependant, dans le voisinage des villes, lorsqu'on peut leur donner de l'eau en abondance, elles
(1) Du côté de Rambouillet, par exemple; dana la Brie, le limon aableux qui recouTre Targile à meulières est fertile.
conviennent à la culture maraichère, et, lorsqu'elles sont caillouteuses et bien exposées sur la pente d'une colline, elles constituent de très bons vignobles.
2* Les terres argileuses, dans lesquelles domine Targile formée par la décomposition des roches feldspathiques. Ce sont des terres grasses, compactes, rudes à labourer, avides d'eau, d'amendements et d'engrais; mais, bien traitées, elles récompensent largement le cultivateur de la peine qu'elles lui ont coûtée.
3* Les terres calcaires, dans lesquelles domine le carbonate de chaux. Ce sont des terres ordinairement blanchâtres, légères, friables, quelquefois « froides ». La vigne se plait souvent dans ces terrains, généralement ingrats pour le laboureur; cependant les contrées dont le sol appartient à la formation crétacée et dont le sol arable contient du sable et de l'argile sont celles qui, à égale superficie, produisent en moyenne le plus de froment.
\^ Les terres d'humus, dans lesquelles dominent les débris organiques qui ont formé par leur décomposition le terreau ou la tourbe ; terres noirâtres, riches quand on peut suffisamment les aérer et les amender, mais qui ne peuvent être utilisées pour la culture des céréales sans un assainissement préalable.
D'ailleurs le sable, l'argile, le calcaire et l'humus se trouvent dans un même terrain et constituent ainsi les terres argilo-calcaires, argilo-siliceuses, etc. Mélangés en proportion convenable, ils constituent un sol excellent. Beaucoup d'agriculteurs désignent sous le nom de terres franches, dites « load » par les Anglais, celles où l'argile et le sable se mêlent en parties égales et qui sont réputées les meilleures pour la culture du blé ; beaucoup n'emploient que deux dénominations pour désigner les terres où la proportion n'est pas convenable : tenues fortes, celles où l'argile est en excès ; terres légères, celles où domine le carbonate de chaux ou le sable. Quant aux terres d'humus, elles ne sont qu'une exception en agriculture.
La superficie de chaque nature de terrain peut être sommairement évaluée ainsi qu'il suit (A. de Foville, la France économique^ p. 2) par millions d'hectares.
Montagnes 4,3
Bruyères et landes 5,7
Sol de riche terreau 7,4
— de craie 9,8
— de gravier 3,4
— pierreux 6,6
A reporter* 37,2
Report 37,2
Sol sablonneux 5,9
— argileux 2,8
— limoneux 0,3
— divers 7,8
L'AGRIGGLTUHE.
196. Ia dIvIsloB de 1» pro»Hé«é et de PexplottAtlos. — Le soi
de la France est possédé par un nombre très considérable de propriétaires. Si l'on voulait juger de leur nombre par celui des « cotes » foncières, c'est-à-dire par celui des rôles de la contribution foncière, dressés par commune et pour chaque propriétaire, quel que soit le nombre des immeubles qu'il possède, on trouverait la progression suivante exprimée en millions :
Mais ces nombres sont loin de représenter l'état réel de la propriété rurale (1) ; d'abord, parce que le même propriétaire qui n'a qu'une cote dans une même commune peut y avoir plusieurs propriétés; ensuite, parce qu'inversement une même propriété qui s'clend sur le territoire de deux communes donne lieu à deux cotes ; enfin, parce que la construction des maisons, depuis la loi de 1835, augmente le nombre des cotes foncières (2) sans qu'en réalité le territoire agricole devienne plus morcelé. Or, la Direction générale des contributions directes (portes et fenêtres) comptait 6,432,000 maisons ou usines (non compris les édifices publics et les bâtiments exclusivement agricoles), en 1822, et 8,975,000 en i885.
On ne connaît donc pas avec précision le nombre des propriétaires en France. C'est par une évaluation approximative qu'on porte le total à 8 millions environ, dont 4,835,000 propriétaires ruraux.
Ce qui est certain, c'est que les petits propriétaires ruraux ou urbains forment la très grande majorité (à peu près 90 p 100) de ceux qui possèdent la terre, n'eussent-ils que le terrain sur lequel leur maison est bâtie. Cependant ils occupent à peine le quart du
(1) L'enquête agricole décennale de 188% estime qu'il n'y a que 12 millions de cotes agraires, c'est-à-dire qui ne portent pas uniquement sur un sol couTsrtde constructions; elle estime aussi qu'il y a 125 millions de « parcelles » agraires et 4,835,000 propriétaires ruraux.
(3) Les cotes foncières, depuis 1822, ont augmenté de près de 4 millions, et les maisons d'environ 2,540,000. Mais on ne peut pas tirer de ces deux nombres an rapport précis, parce qu'avant 1882 les cotes des maisons n'étaient pas distinguées sur les rèles des contributions de la cote du sol sur lequel elles sont bâties, et parce que le plus souvent le propriétaire rural qui possède uoe maison possède aussi des champs dans la même commune; dans ce dernier cas il n'y avait, avant 1882, qu'une seule cote par propriétaire. Les maisons sont relevées aussi dans le recensement quinquennal de la population ; celui de 1881 a fourni en nombrerond 7,609,000 maisons d'habitation et 1,115,000 locaux séparés servant d'ateliers, magasins ou boutiques : total 8,724,800, qui diffère pea du total fourni par les contributions directes, celui de 1886.
sol français, tandis que les grands propriétaires, qui figurent pour moins de i p. 100, possèdent plus du tiers de ce sol. G*est ce que montre le tableau ci-joint relatif à la répartition des cotes en 1884 :
Répartition de la petite, de la moyenne et de la grande propriété.
NOMBRB
DB COTBS
rarBilUm.
KONITIM p. 100
NOMBRE d'bbctaus MrBllIim.
nONlTHM p. 100
HBCTARB8.
Petite propriété (de moins de 6 hectares). Moyenne propriété (de 6 à 50 hectares). . Grande propriété (de plus de 50 hectares).
D'un travail fait avec une précision rigoureuse par M. Gimel (1) pour quatre départements (Gers, Yonne, Isère, Nord), il résulte que dans l'espace d'une quarantaine d'années la petite propriété a gagné aux dépens de la grande, mais dans une proportion assez modique pour que le morcellement (qui comprend d'ailleurs les propriétés bâties, classées dans la catégorie des petites propriétés, les jardins et les cultures maraîchères) n'inspire aucune inquiétude. Loin d'être alarmant, ce changement témoigne même d'une aisance plus générale de la population.
En 1881, trois départements, le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme et, d'autre part, le Puy-de-Dôme, où il y a beaucoup de petites cultures, et la Charente-Inférieure, naguère région de vignobles, comptaient chacun plus de 300,000 cotes foncières; Y Aisne, la Gironde, V Isère, Seine-et-Oise, les Deux-Sèvres, Y Yonne en comptaient plus de 250,000. Au contraire, il y en avait moins de 100,000 dans les Hautes et Basses- Alpes, les Alpes-Maritimes, le Cantal, les Landes, IdL Lozère, Ib. Mayenne, les Pyrénées-Orientales tilBi Haute-Vienne.
Il ne faut pas d'ailleurs perdre de vue que la superficie et la valeur sont deux choses distinctes et que l'étendue n'est pas la véritable mesure de l'importance des propriétés. Cent hectares dans les
Proportion pour iOO
à l'époque
dans
du
!a période
cadastre.
Petite propriété (moins de 6 hectares)
Moyenne (de 6 à 40 hect., division adoptée
par M. Gimel)
Grande (plus de 40 hect.)
montagnes des Alpes ou dans la plaine des Landes sont en réalité une moindre propriété que vingt hectares dans la plaine de Flandre.
Il y a une relation étroite entre la division de la propriété et celle de la culture; mais il n'y a pas identité, parce qu'un même propriétaire peut avoir plusieurs fermiers et un même fermier réunir des terres appartenant à plusieurs propriétaires.
Les enquêtes agricoles de 1862 et de 1882 (1), dont les chiffres sont loin d'être à l'abri de la critique, mais qui contiennent, surtout celle de 1882, les renseignements les plus instructifs que nous possédions sur ce sujet, fournissent la répartition suivante :
Sur 100 exploitations d'une contenance de 40 hectares et plus, il y en avait, en 1882, 80 de 40 à 100 hectares, 15 de 100 à200 et 5 de plus de 200.
Tableau comparé de t étendue des propriétés.