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219. liefl prmlrles ■mtarclles. — Les prairies naturelles ne font pas partie des terres de labour. Ce sont des terres cultivées en herbe. Celle herbe est composée d'un grand nombre de plantes parmi
lesquelles dominent les graminées ; le trèfle y figure aussi ; le trèfle blanc, qui se plaît particulièrement sur les sols calcaires, parait même être, plus qu'aucune autre plante, favorable à rengraissement
des bœufs. L'herbe des prairies est tantôt mangée sur pied par le bétail, tantôt fauchée en première coupe d*abord, et quelques fois en seconde coupe, puis en regain et consommée sèche sous le nom de foin. Les prairies naturelles coûtent peu de main-d'œuvre et donnent, sur une terre bien ameublie, un riche produit. On estime approximativement la superficie des prairies naturelles à 5 millions d'hectares (1) et le rendement à 150 à200 millionsde quintaux de foin (^63 millions en 1886), à raison à 35 quintaux environ par hectare.
Elles occupent une étendue et ont une valeur bien supérieure À celles des prairies artificielles (flg. 130).
Pour en établir avec succès, il faut soit une plaine riveraine d'un cours d'eau, soit un versant de colline sur lequel on puisse ménager des irrigations, soit un climat humide et brumeux qui entretienne la fraîcheur du sol. C'est pourquoi les prairies naturelles se trouvent principalement dans le fond des vallées, dans les régions montagneuses et dans le voisinage des côtes baignées par l'océan Atlantique.
Sur la pente des montagnes où l'eau est en abondance, on arrose en général par des rigoles qui épandent pour ainsi dire l'eau en éventail, ou par des rigoles transversales et parallèles qui la font en quelque sorte descendre en cascade lente. Dans les plaines, on emploie des moyens analogues et quelquefois l'immersion. Pour pratiquer l'arrosage, il faut établir, dans un cours d'eau naturel ou dans un canal, une prise d'eau à un niveau supérieur & celui de la prairie et une rigole de décharge à un niveau inférieur. Il y a des prés secs qui ne donnent qu'une coupe; les prés bien arrosés fournissent plusieurs coupes et un regain.
Il est très important d'avoir de l'eau : ainsi un pré bien arrosé, à trois coupes, donne 15,000 kilog. de fourrage, tandis qu'un pré sec, à une coupe, n'en fournit que 3,000 en moyenne. Sur divers points, on en a amené de loin par des canaux, soit pour les prairies, soit pour les terres arables : en Provence, par le canal de Craponne qui existe depuis le xvi' siècle et qui a divers embranchements, parle canal du Verdon^ parle canal du Drac, par le canal de la Durance dont l'eau sert principalement à la ville de Marseille et qui a nécessité la construction du magnifique aqueduc de Roquefavour; dans le dép. de la Haute-Garonne, par les canaux de la Neste et de
(I) L'enquête de 1882 donne 5,836,000 hectares. Si ce chiffre semble très éleyë, le Bulletin du ministère de l'agriculture donnant 5,050,000 hectares pour 1885, 5,000,000 pour 1886 et la Nouvelle évaluation cadastrale de 1879, 4,998,000, c'est qu'outre les prés naturels (4,(15,000 hectares), l'enquête comprend les herbages pâturés (1,711,000 hectares) et que ces derniers ne sont pas compris, ou ne le sont qu'en partie, dans les autres statistiques.
Saint'Martory; dans le Forez, par le canal du Forez; en Sologne, par le canal de la Sauldre; dans le Rbussillon et la Cerdagne, par les canaux de Coulade, de Perpignan, de Palau-del-Vidre et autres canaux dérivés de TAgly, de la Têt, du Tech ou de la Sègre. Les vallées des Vosges sont bien irriguées. Cependant il n*y a guère encore que deux cinquièmes de la superficie de nos prairies qui jouissent de cet avantage. « C'est un tort envers la Providence, disait un savant jurisconsulte, et presque un crime envers la société de laisser
Fig. 131. — Carte des prairies naturelles par départemeot.
s'écouler à la mer une seule goutte sans l'avoir utilisée au profit de l'agriculture ou des arts. » Nous sommes encore loin d'avoir à cet égard usé de toutes les richesses dont la Providence a doté notre pays (v. p. 18, 19 et 20 le tab. du terr. agric. par dép.).
La partie de la France la plus riche en prairies, et en belles prairies, est celle de rouest comprenant la Vendée, la Bretagne {Loire-Inférieure, I Ile-et-Vilaine, Morbihan), Y Anjou, le Maine, le Perche et la Basse-Normandie {Manche et Orne) (ûg. 131). Les marais de la Sainionge, de YAunis et de la Vendée, assainis par des canaux dont les premiers furent creusés par des Hollandais sous le règne de Henri lY, constituent de grasses prairies qu'on désigne sous le nom de « maraisgâts ». Les terres d'ail uvlon de la Loire ont
aussi des prairies irriguées très productives. Le Finistère^ tout enveloppé des brumes de l*Océan, est à cet égard dans une condition favorable : aussi nourrit-il plus de gros bétail qu'aucun autre département. La Basse-Normandie, avec le Coleniin^ est la terre classique des beaux herbages ou « embouches » ; les herbages y sont entourés d'une haie vive souvent double et dominée par de grands arbres qui abritent le troupeau contre le vent et le soleil. Dans la dépression oti aboutissent la Taute, la Vire et d'autres rivières, le sous-sol imperméable constitue des « terres mouillantes », comme on les nomme dans le pays ; là sont les immenses prairies du Bessin et du pays de Carentan dont une partie a été conquise sur les eaux au XVIII* siècle. Plus à Test, le Bocage normand, comprenant le Bas- Pays d'Auge, les vallées de la Dives et des autres petits cours d'eau du Bas-Pays d'Auge qui coulent sur un sol imperméable ; le Perche.
Après l'ouest, la partie la plus riche en prairies est le centre; il comprend surtout le Limousin {Haute-Vienne et Con^èze); la Marche dont les prairies et les pâturages reposent sur le granit; i'Anvergne, avec les monts d'Aubrac et les creuses vallées de TAveyron, le Velay, les monts d* Auvergne; plus loin le Bourbonnais, le Charollais (le département de Saône-et-Loire est celui qui, en 1882, possédait le plus de prairies : 133,000 hectares, la statistique lui en attribue 176,000 en 1885 et 138,000 en 1886) (1) et le Morvan.
Dans Test, la région du Jura (Ain, Doubs), celle des Vosges ei les Alpes de Savoie et du Dauphiné ont aussi une grande quantité de pâturages et de prairies. Dans le nord, la Flandre, sur le bord des rivières, est riche également en prairies.
Le sud-ouest possède les prairies du Périgord^ des Pyrénées {Basses- Pyrénées) et de r Armagnac.
Le sud-est, sous le climat sec et chaud de la Méditerranée, est la région de France qui possède le moins de prairies, et par suite le moins de grosbétail.ll y a cependant dans les parties irriguées, comme celles qu'on voit dans le dép. de Yaucluse, de très belles prairies.
220. lies pâtis. — Il y a, dans les terrains maigres; sur des pentes non arrosées, au milieu des bois, des espaces couverts d'une herbe trop peu drue pour être fauchée : ce sont des pfltis où l'on envoie les animaux. Quelquefois, au lieu de gazon, il ne pousse guère que du trèfle rampant, des genôts, des ajoncs ou des bruyères : ce sont des garrigues, des maquis, des landes. On trouve ces derniers terrains surtout dans les régions montagneuses des Pyrénées, des
(1) Diaprés la statistique de 1886, il ne viendrait qu'après Y Orne, le Puy-de- DÔVM et la Haute-Vienne qui en ont 152,000, 153,000 et 142,000.
Cévennes, des Aipes^ de la Corse, dans le dép. des Landes et la Bretagne, La statistique de 1882 évalue à 3,889,000 hectares la superflcie des landes, pâtis et bruyères, et à2,333,000 hectares celle des terres entièrement incultes, comme rochers, montagnes, marécages et tourbières. Par une meilleure distribution des eaux et des amendements et par Taccroissement du capital appliqué èi Tagriculture, on a transformé depuis quarante ans des milliers d'hectares de ces mauvaises terres en prairies, en bois ou en champs labourés. Plus de la moitié (3,131,000 hectares) des pâtis, des landes et des terres incultes sont des propriétés communales ; la loi de 1857 sur l'assainissement des landes a été rendue pour en hâter la transformation. De 1851 à 1879, la superficie imposable des landes, pàtis et autres terres incultes a diminué de plus d'un million d'hectares.
221. Ijcs eultores arborescentes. — Les cultures herbacées^ qui pour la plupart sont annuelles, occupent la majeure partie de nos terres; l'autre partie, encore très importante (environ 13 millions d'hectares dont environ 800,000 pour les cultures autres que les bois et forêts), appartient aux cultures arborescentes, qu'on divise en trois grandes catégories : 1* vignes; 2^ arbres à fruits; 3* bois et forêts.
222. lia prodoctioB et la eonsommatlon du vin. -^ La vigue est une des richesses caractéristiques du sol français. Elle était cultivée, dès le commencement de l'ère chrétienne, dans le midi de la Gaule; elle s'est propagée de là en Bourgogne, sur les bords de la Moselle et de la Garonne pendant la période romaine. Elle occupait vraisemblablement vers la fin du xvm* siècle un peu plus d'un million et demi d'hectares. Elle en occupe aujourd'hui environ 2 millions répartis très inégalement entre 78 dép. (2,320,000 hectares, dont 232,000 improductifs, d'après l'évaluation du ministère des finances en 1879, 2,197,000 d'après l'enquête agricole de 1882 (1);
(1} Le tableau suivant résume les faits de Tenquète de 1882 :