LES BESOINS INTELLECTUELS
SoMMAiHB. — 323. L'instruclion (207). — 324. La papeterie (?97). — 325. L'imprimerie (298). — 326. La gravure (299). — 3î7. Les insIrumeDts de précision (800). — 328. Les inslrumeots de musique (300). — 329. Les monuments, les musées et les théâtres (800).
323. l^*in«trtiettoM. — On se ferait une idée encore plus inexacte du nombre d'activités employées à satisfaire les besoins intellectueUj si Ton en jugeait par Ténumération qui va suivre. C'est que Tesprit, pour s'instruire ou poiir se récréer, doit être en communication avec d'autres esprits, et que les besoins de ce genre sont satisfaits beaucoup plus par des services personnels que par des produits matériels sortis d'une fabrique.
Us sont satisfaits, au premier chef, par les instituteurs et les institutrices de nos nombreuses écoles primaires, par les professeurs de l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur, par les maîtres enseignant la musique et les beaux-arts, et par les travaux des littérateurs, des savants et des artistes (voir livre V, 9** section). Les objets matériels employés ne sont que secondaires.
324. lia papeterie. — Une des plus importantes industries de celle catégorie est celle du papier. On fait le papier avec des chiffons, avec diverses ûbres textiles, avec de la paille et beaucoup aujourd'hui avec du bois, broyés et réduits en pâte, puis coulés en lames minces et séchés. Le papier est fabriqué soit à la cuve, c'est-à-dire à la main, soit à la mécanique, avec de grands appareils et dans de vastes établissements : cette dernière fabrication est aujourd'hui de beaucoup la plus importante, mais les plus beaux papiers de luxe se font encore à la main. Le papier à écrire doit être collé.
Le carton est fait, soit avec de la pâte comme le papier, soit avec plusieurs feuilles de papier collées ensemble.
On compte en France un grand nombre de papeteries qui, employant beaucoup d'eau et de l'eau très pure, s'établissent de préférence près des sources et sur le bord de certains cours d'eau. Les plus importantes sont à Angoulême, sur les bords de la Charente, aux Marchais, sur la Nizonne, près de la basse Bordogne, h Annonay; dans le département de l'Isère, qui fournit des papiers forts, à MiveSy Voiron, Pont-de-Claix, etc. ; dans la région des Vosges, à la
SoucheSy Éiival-C laite fontaine, Rambervillers, etc., dans les environs de Saint'Omer, au Marais et h Sainte-Marie (Seine-et-Marne), à CVcanceûwx (Seine-el-Marne), à Essonnes (Seine-et-Oise) ; dans le Puy-de-Dôme, Thiers, Ambert, etc. ; aux Forges (Charente-Inférieure), à Mesnil-sur-V Estrce, Pont-Aiidemer (Eure); à Sourdeval (Manche), à Buges (Loiret), etc., à la Haye- Descartes (Indre-et- Loire), à Prouzel (Somme), à. Corvol-l Orgueilleux (Nièvre), à. Laumesnil (Corrèze), etc. A Pans on fabrique des papiers et cartons de luxe ; à Perpignan, du papier à cigarettes. L* Alsace méridionale {Rixheiniy île Napoléon) fournissait beaucoup de papier.
Sur une production totale, évaluée par la statistique du ministère du commerce à 98 millions, en 1875, à 121 en 1882, à 113 en 1885, le dép. des Vosges comptait pour 9,5, Vlsère pour 8,i, la Charente pour 7,5, Seine-et-Oise pour 7,3, ÏArdèche pour 6,5, la Sarthe et le Pas-de-Calais pour 6 chacun, Vaucluse et la Seine pour 5 chacun, ensuite venaient la Haute-Vienne, la Drôme^ le Calvados^ Eure-et-Loir, la Gironde, le Puy-de-Dôme, la Haute-Saône, la Seine-Inférieure,
Paris est le centre principal de la vente des papiers et de la fabrication des articles de bureau, qui sont une dépendance de la papeterie.
Les plumes métalliques viennent principalement de Laigle, de Boulogne et de Paris,
Givet possède une des principales fabriques de crayons de France-
Le commerce des enc7'es est concentré presque entièrement à Pam.
La reliure est une industrie qui ne se pratique que dans les grande* villes : Paris, Lyon, Tours, Bordeaux, Limoges, Toulouse, etc.
325. Ei'imprimerie. — L'imprimerie, qui a servi plus que toute autre industrie humaine au développement des intelligences, répand la pensée et l'instruction avec une profusion dont, en Franceseulement, plusieurs millions de copistes, travaillant assidûment, ne parviendraient pas à approcher. L'impression est faite à l'aide de caractères mobiles que fabrique à. très bon marché, à l'aide d'un moule, le fondeur en caractères, travaillant à la main ou avec la machine à fondre. Elle consiste à assembler, pour former les mots et les pages, de petites tiges de métal dites caractères^ portant chacune à son extrémité une lettre marquée en relieC et à l'envers, à enduire d'encre cet assemblage dit composition,, et, à l'aide d'une presse, très rarement aujourd'hui d'une presse à bras, et presque toujours d'une presse mécanique, à tirer, c'est-àdire à imprimer sur des feuilles de papier, la composition à u»
nombre quelconque d'exemplaires. Après l'impression, les caractères sont « distribués », c'est-à-dire classés dans les compartiments de la boîte dite « casse » pour servir à d'autres impressions.
Paris est de beaucoup le siège le plus important de cette industrie; mais on imprime pour le compte d'éditeurs de Paris dans un certain nombre de villes des dép. voisins, kSainl-Germain^ Sceaux,, Corbeil, Orléans, Coulommiers, Versailles, etc. Après Paris, on peut citer Rouen, Lille, Valenciennes, Dijon, Nancy, Épinal^ Poitiers, Marseille, Besançon, Lyon, Grenoble, Toulouse, Bordeaux, Limoges, Nantes, Rennes, Tours, Châtillon-sur-Seine. Il faudrait nommer aussi Strasbourg,
L'entreprise de la publication des livres est faite ou par lesauteurs direclement ou par les éditeurs, qui sont établis dans le& grandes villes. La vente au détail se fait par les libraires, qui se trouvent dans presque toutes les villes. La production annuelle était, il y a quelques années, d'environ 13,500 ouvrages, dont lestrois quarts à Paris; il faut y ajouter les journaux et publication* périodiques qui en janvier 1880 étaient au nombre d'environ 4,360, dont 1,540 à Paris et dont une centaine ou plus dans chacun des départements des Bouches-du-Rhône, du Abrrf, de la Gironde, dela Seine-Inférieure et du Rhône,
326. fja (n>aTare. — On reproduit les dessins et les cartes soit par la gravure en taille-douce sur cuivre ou acier, par la gravure sur pierre et la gravure sur bois ou sur zinc, soit par la lithographie, c'est-à-dire par le dessin fait avec certain crayon sur pierre lithographique (§ 264), soit par la photogj^avure, c'est-à-direpar la reproduction d'un dessin ou d'une photographie par la lu-^ mière solaire où artificielle. Le tirage a lieu d'une manière parti-^ culière pour chaque genre.
Le siège principal de cette industrie est Paris ; viennent ensuite la plupart des grandes villes, Lyon, Bordeaux, Marseille, Toulouse, etc. r et, pour l'imagerie en particulier, c'est-à-dire pour les images communes, Ëpinal. Metz avait aussi une réputation sous ce rapport,
La photographie, qui, sur du papier convenablement préparé par des procédés chimiques, fixe l'image des objets par la seule action de la lumière, a aussi Paris pour centre principal. Cette industrie, née en 1850, a pris une importance considérable et s'est répandue promptemenl dans presque toutes les villes, grandes et petites. Elle a donné elle-même naissance à plusieurs industries ; d'une part, à la fabrication des appareils et des produits qu'elle nécessite; d'autre part, à celle des clichés pour la photogravure
et la photolypîe. Paris est le siège principal de ces industries.
327. lies Instramente de précUion. — Les instruments de précision dont se servent les savants, surtout les astronomes et les physiciens, et dont certaines espèces, comme les boîtes de mathématiques et les lorgnettes, sont d'une consommation générale, sont fabriques à Paris. Saint-Gobain (Aisne) fournit les verres d'optique; quelques départements, comme le Pas-de-Calais, le Jura, Ylsère travaillent dans les articles communs, en concurrence avec Paris.
328. lies Instrumenta de masl^ite. — Les instruments de musique, que Ton divise en instruments à cordes, pianos, violons, etc.; et en instruments à vent, comprenant les orgues, les instruments en bois, flûtes, hautbois, et en instruments en cuivre, trombones, etc., ont pour siège principal de fabrication et de vente Paris. Lyon, Marseille, Nancy, Toulouse, Bordeaux, Nantes, fabriquent surtout des pianos; Mirecourt fait généralement la lutherie commune; Château-^Thierry, Mantes, hry-la^ Bataille et Couture (Eure) confectionnent des in«(ruments k vent.
Fig. 189. — Hôtel des Invalides.
329. lies monuments, les musées et les théâtres. — A la satisfaction des besoins intellectuels se rattachent : les grands monu-
L'INDUSTUIE.
w^n^s de rarchilecture qui frappent tous les yenx et qui, dans chaque siècle, donnent une direction générale aux arts du dessin et aux industries qui en dépendent ; les musées qui rassemblent, pour Tinstruction particulière des artistes ou des archéologues et pour réducalion du goût public, les chefs-d'œuvre de la scnlpture, de la peinture, de la gravure, les curiosités des temps passés, etc. ; les théâtres qui récréent Tesprit.
Au premier rang sous tous les rapports est Paris. Paris possède, dans ses monuments et jusque dans ses ruines anciennes ou
Fig. 190. — Cathédrale de Chartres.
récentes, des souvenirs et des œuvres remarquables du style de toutes les époques, depuis les Arènes jusqu'à YOpéra et V Hôtel de Ville; on remarque surtout, dans le style ogival, la cathédrale de Notre-Dame et la Sainte-Chapelle ; dans le style de la Uenaissance, le Louvre; dans le style Louis XIV, la porte Saint-Denis, les Invalides et la colonnade du Louvre; dans le style Louis XV, le Garde-meuble ; dans le style moderne, Yarc de Triomphe de r Etoile^ etc. Paris renferme dans ses nombreux musées plus de richesses, peut-être, qu'aucune autre ville du monde, et, sous le
rapport des chefs-d'œuvre de la peinture, ne le cède qu à une ou deux villes d'Italie; il possède aussi de nombreux théâtres; à plusieurs rÉlat donne une subvention, dans le but de favoriser la musique ou Tart dramatique. Tous les ans, au Salon, figurent plus cle cinq mille œuvres d'artistes français ou étrangers.
Les grandes villes, tout en restant bien loin de Paris, ont aussi leurs musées et leurs théâtres. On cite le grand musée "historique de Versailles, le musée préhistorique de Saint-Germain^ les musées de Lyon, de Rouen, A'Orléans, de Dijon, de Besançon, de Bordeaux, de Nantes, de Grenoble, etc.
Parmi les beaux monuments, sont les cathédrales de Reims,
t'ig. 19i. — Château de CUaiuliOi*.
d'Amiens, de Rouen, de Chartres (fig. 190), HAlby, de Beauvais, de Roulages, etc. (ajoutons, malgré la séparation qui a eu lieu, celle de Strasbourg); Saint'Ouen et Saint-Maclou de Rouen, Y abbaye de Saint-Denis, Y église de Notre-Dame de l'Epine, etc.; les châteaux royaux, Versailles, Saint-Germain, B lois, Chambord{ïig, 191), etc.; les restes de l'antiquité romaine, le pont du Gard (fig. 192), les arènes de Nîmes, celles d'Arles, le théâtre d'Orange, etc.; les monuments civils du moyen âge, cité de Cœxassonne, hôtel du Bourg- Théroulde et Palais de justice de Rouen, hôtels de ville ôiArras, de Douai, châteaux de Pien^efonds, de Coucy, etc.; parmi les monuments contemporains, plusieurs hôtels de ville et préfectures,
des églises et quelques autres monuments, comme le château <ïeau de Marseille qui est le plus remarquable de tous.
Les monuments qui appartiennent au moyen âge caractérisent principalement la région septentrionale de la France; ceux qui appartiennent au xvi® et au xvn® siècle caractérisent surtout les dnvirons de Paris et les bords de la Loire, séjours préférés des rois ;
Fig. 192. — Pont da Gard.
ceux de Tantiquité se trouvent principalement dans la région du Midi, Bas-Languedoc et Provence.
8^ ■cetion LE RÉSUMÉ
Sommaire. — 330. Le résumé de la production industrielle (303).
330. lie résumé de la production industrielle. — Il serait plus difficile encore pour Tindustrie que pour Tagriculture de donner une idée approximative de la valeur totale de la production. Le recensement dans chaque industrie particulière , pût-il être exact, ne fournirait pas les éléments d*un total, parce que le produit de telle industrie devient, dans telle autre, matière première ou moyen de fabrication, et que la valeur de chaque produit se compose ainsi, en grande partie, d'autres valeurs déjà mises en ligne de compte. Ce serait seulement sous la réserve la
plus expresse qu*on pourrait hasarder une h3rpothèse sur la valeur totale de la production industrielle : les appréciations de quelques statisticiens aventureux varient de 6 à là milliards ; le plus sage est de s'abstenir.
Nous possédons seulement sur certaines industries des renseignements qui peuvent donner une certaine idée de Tensemble. Ainsi, la France extrayait, en 1886, 20 millions de tonnes de houille, en consommait 29 millions et demi et produisait plus de 1 million et demi de tonnes de fonte; elle employait en machines à vapeur de toute espèce une force de 4,597,000 chevaux-vapeur, dont 717,000 pour Tindustrie privée (bateaux et chemins de fer non compris), consommait plus de 60 milliers détonnes diacide sulfurique. Comparés à ceux du commencement du siècle, ces chiffres attestent incontestablement un progrès très considérable dans l'ensemble de la production industrielle. Le nombre croissant des brevets d'invention, qui s'est élevé à 9,000 en 1886, mais qui a légèrement baissé dans les deux années suivantes, peut servir à donner quelque idée de notre activité industrielle.
Brevets cT invention délivrés depuis 1810
(y compris le certificat d'addition).
(D'après la Situation économique et commerciale de la France.)
ANNÉES. NOMBRR.