XIV PRÉFACE
progrès el de sa prospérité, comme il se sent attristé de ses malheurs.
La géographie et la description économique de la France inspirent des sentiments analogues. Ce n'est pas sans émotion que le Français voit la formation et les agrandissements successifs et, à certaines époques, Tamoindrissement du territoire national. Il se félicite de Taccroissement de la richesse de son pays ; il s'inquiète des arrêts que les crises lui ont fait subir. J'ai moi-même ressenti cette émotion chaque fois que j'ai traité, dans mes cours du Collège de France, des matières telles que celles qui font l'objet du présent ouvrage. Sous la masse des noms propres et des faits accumulés dans ce livre, j'espère qu'un Français retrouvera ce sentiment et qu'en étudiant cette géographie, il prendra, comme en lisant l'histoire, un intérêt patriotique à connaître le sol de son pays, sa configuration, ses qualités, ses productions.
Je souhaite qu'après avoir lu l'ouvrage, il reste convaincu qu'il est citoyen d'un État grand, malgré ses malheurs, qui a une forte organisation et de puissantes ressources, quoiqu'il en ait parfois abusé, que ses progrès dans le passé sont un garant de son avenir et que cet avenir dépend moins de la nature, qui a généreusement doté la France et qui est restée depuis les premiers âges historiques et restera la même pendant bien des siècles encore, que du bon ordre social, de l'activité laborieuse de la population et de la sagesse du gouvernement.
Paris, le 10 mai 1890.
E. LEVASSEUa.