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I. — Organisation de V armée et <le la flotte

Service militaire ; armée. — La loi du 27 juillet 1872 dispose que tout Français valide peut être appelé sous les drapeaux jusqu'à quarante-cinq ans. Il doit, à partir de vingl ans accomplis, trois ans de service dans l'armée active, dix dans la réserve de l'armée active, six dans

ORGANISATION MILITAIRE ET DÉFENSE DU TERRITOIRE. I i!i

l'armée territoriale et six dans la réserve de l'armée territoriale. Le service de deux ans d'armée active, sans aucune des dispenses qui sont actuellement consenties, semble devoir être prochainement établi. En l'état actuel la France possède près de i millions d'hommes instruits capables de porteries armes en temps de guerre. En temps de paix, l'effectif est de 530000 hommes, un peu plus de 300000 d'infanterie, 75000 de cavalerie, à peu près autant d'artillerie, 15 000 du génie, plus le train des équipages,

Les troupes françaises sont groupées en ^<> corps d'armée ; chaque circonscription de corps d'armée est partagée en divisions el en subdivisions. Les corps d'armée sont répartis comme il suit :

Lille 1

Amiens 2

Rouen %

Le Mans 4

Orléans 5

Chàlons-sur-Marne G

Resançon 7

Rourges... 8

Tours '.)

Rennes 10

Nantes 11

Limoges 12

Clermont-Ferraml 13

Grenoble 14

.Marseille 15

Montpellier 1(5

Toulouse 17

Rordeaux 18

Alger 19

Nancy 20

Administration de la Marine. — Gomme l'administration de la guerre, celle de la marine a ses places fortes, ses arsenaux. Mais depuis que le service de la défense des côtes a été attribué au ministère de la Guerre, l'administration de la Marine se consacre surtout à la mise en état de la flotte.

Les navires sont construits et entretenus dans les cinq grands ports maritimes de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon. Dans chacun de ces grands ports réside un préfet ma rit une Les marins sont recrutés parmi les inscrits maritimes des départements côtiers, en vertu d'une organisation instituée par Golberten 1668; les inscrits maritimes peuvent être réquisitionnés pour le service jusqu'à l'âge de cinquante ans; mais, d'une part, les effectifs nécessaires aux navires de guerre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et, d'autre part, le passage à l'administration de la Guerre de la défense des côtes fait qu'on n'a plus besoin d'un aussi grand nombre de matelots pour servir les batteries de marine. Il y a donc une grande partie des I50à 180000 inscrits maritimes qui ne rendraient

FRANCE ET SES COLONIES, CL. 3e. 10

point, en temps de guerre, les services qu'ils sont aptes à rendre. En échangede la longueur de leurtemps deservice

possible, qui d'ailleurs n'excède plus beaucoup aujourd'hui le temps du service de l'armée de terre, les inscrits maritimes ont des avantages pour la pêche et pour la navigation où ils sont privilégiés en comparaison des autres Français.

L'effectif de la tlotte de guerre française est de 5 àGOO bâtiments de combat, parmi lesquels 35 cuirassés d'escadre, 5 cuirassés de croisière, une dizaine de gardes-côtes, 8 canonnières cuirassées, .)() croiseurs de diverses catégories, enfin un grand nombre de torpilleurs et îles navires sous-marins ou submersibles, pour la construction desquels nous avions il y a quelques années une remarquable avance.

La défense du territoire. — Conditions générales. — La facilité de défense du territoire français estmédiocre. Xotre pays n'est bien couvert par une frontière naturelle et efficace que vers le sud-ouest, où les Pyrénées forment muraille; mais précisément ce n'est point là une zone menacée : car les intérêts de la nation espagnole ne sont pas nécessairement ni partout en conflit avec les nôtres. Au sud-est la protection naturelle est moins bonne : les Alpes sont pénétrables sur bien des points, grâce à l'extrême complexité de leurs vallées : et derrière les Alpes est une nation militaire, ambitieuse, et qui peut, le cas échéant, avoir à rivalise]' avec nous dans les parages méditerranéens.

Au nord-est la frontière de France coupe de sa ligne artificielle les pays de modestes montagnes et de plateaux de la moyenne Europe. Elle sillonne une région où le relief est trop peu caractérisé pour séparer nettement les intérêts. De ce côté nous sont venues beaucoup d'invasions et de guerres, parmi les plus terribles. Depuis la perte de Strasbourg et de Metz, nos vainqueurs de 1870-1871 sont beaucoup plus près de Paris.

Nos côtes sont en général plus favorables à la défense que nos frontières continentales. L'histoire des descentes et des croisières ennemies sur noire littoral est instructive à cet égard. Mais d'une part nous comptons encore des citadelles ennemies en vue de nos côtes, par exemple les îles anglo-normandes ; et d'autre part, nous n'avons pas

encore assez protégé de fortifications les îles comme Ouessant, Groix, Belle-Isle, etc., qui ont si souvent servi de magasins aux escadres ennemies bloquant nos côtes. Enfin à la tache de détendre les côtes de France s'est ajoutée depuis vingt ans, pour notre marine, relie île défendre au delà des mers un vaste empire colonial.

Frontière des Pyrénées. -- Les Pyrénées, grâce à leur structure de muraille, forment une excellente frontière naturelle, bien que la ligne de limite entre la France et l'Espagne ne suive pas exactement les crêtes. Mais sur un développement total de 570 kilomètres, plus de 400 dans la région du centre forment une zone où ne sauraient passer des troupes nombreuses avec leurs convois de vivres et de matériel. Les parties basses de l'est ou de l'ouest offrent seules des passages que défendent des forteresses. A l'est, Perpignan est le centre de la résistance ; Villefranche et Montlouis l'aident à barrer la vallée de la Têt. Sur le Tech, Prats-de-Mollo relie les défenses de Montlouis à celles de Fort-les-Bains et de Bellegarde qui commandent les passes de grande communication. Enfin Collioure et Port^Vendres sont à lois des points d'appui pour les opérations continentales et maritimes.

A l'ouest, Bayonne est la grande place forte. Les ouvrages de Saint-Jean-Pied-de-Port ferment l'entrée par la Nive, et la position du Portalet a conservé des batteries qui barrent la haute vallée du gave d'Oloron.

Les forteresses de la région pyrénéenne n'ont pas élé augmentées depuis longtemps : de ce côté les avantages naturels de la défense sont trop considérables pour réclamer un grand renfort de travaux d'art.

Frontière des Alpes. — Les Alpes au contraire sont une barrière insuffisante, parce que les vallées y sont longues, bien articulées, et peuvent servir de chemins d'invasion : l'ennemi peut déboucher par le haut Var, le haut Verdon, la Durance, l'Arc et l'Isère. D'autre part, ces chemins de montagnes sont trop étroits pour laisser un envahisseur se Lien déployer, et profiter de l'avantage du nombre; le moindre obstacle peut permettre aux défenseurs de couper une armée de sa base d'opérations.

Aussi les vallées ont-elles été barrées avec soin par des

forts qui surveillent et dominent louis étranglements, louis passages nécessaires ; et, en arrière, de grandes places fortes sont chargées d'approvisionner nos armées dans ces pays où il est difficile de vivre.

L'invasion par le nord sérail très dangereuse pour nous au cas où deux ennemis coalisés se donneraient Lyon pour objectif commun, l'un venant par l'Isère, l'autre par la Saône. Albertville a des ouvrages qui barrent la haute Isère ; le fort YEsseillon doit arrêter un ennemi qui déboucherait par l'Arc; enfin on vient d'élever quelques batteries au continent des deux cours d'eau. En arrière, Grenoble et Lyon sont munis de forts qui protègent une enceinte très ('■tendue.

L'entrée en France par la Durance rencontre d'abord le gros obstacle de la place de Briançon. Pour descendre la vallée et aboutir, soit à Toulon, soit à Marseille, il faudrait encore se heurter à Mont-Dauphin, à Embrun, à Sisteron. La forteresse de Colmars interdit aussi une route plus courte par le haut Verdon.

La ligne du Var et les passages des Alpes Maritimes ont pour défense Entrevaux et le vaste camp retranché de Nice. Enfin Toulon est aussi bien place de guerre continentale que maritime et constitue en seconde ligne une solide réserve. Ajoutons que les contrées protégées par cet ensemble de forteresses sont pauvres et permettraient difficilement à un ennemi nombreux de subsister. Plus d'une armée, arrivée aux portes de Marseille et de Toulon et se croyant au terme de la lutte contre les Français battus, a dû rebrousser chemin sans combat, harcelée par la faim et la maladie, fondue et détruite. Il est vrai «pie les communications sont plus faciles aujourd'hui et les routes meilleures.

Les opérations de défense seraient secondées par les escadres sorties de Toulon ; l'Algérie a singulièrement accru notre force offensive de ce côté, si nous savons nous servir de ses merveilleuses ressources.

Frontière du Jura. — Une puissance amie el neutre, la Suisse, esl notre voisine derrière le Jura. Mais un ennemi pourrait tenter de passer par la force surson territoire pour nous envahir. Le camp retranché' de Besançon, entouré de citadelles formidables, défend la ligne du Doubs qui est

aussi un chemin pour une agression venue du nord-est. En arrière, Dijon commande la vallée de la Saône et l'accès des plateaux qui dominent larégion delà Seine; Langres défend directement ces plateaux

Le Jura proprement dit est défendu par une série de forts, ceux de Salins, de Larmont, de Jour, de Saint- Antoine, des Rousses et de VÉcluse. Les forts des Bancs el de Pierre-Châtel obstruent la trouée du Rhône, et forment avec le Fort-Barraux, dans la vallée de l'Isère, la jonction entre notre ligne de forteresses du Jura et celle des Alpes. La place de Lyon est aussi bien un réduit puni' la défense du Jura méridional que pour celle des Alpes.

Frontière franco-allemande. — De la trouée de Bel fort à la Meuse moyenne, notre territoire n'a et ne peut avoir aucune protection naturelle. Il a donc fallu accumuler, sur cette étendue considérable, les camps et les forts : rien de plus facile qu'une marche à travers les plateaux jusqu'à la vallée de la Marne, grande route d'invasion.

l'ue première ligne de défense comprend Belfort, qui commande la trouée donnant accès de la vallée du Rhin dans celle de la Saône et de la Haute-Marne. Epinal défend le débouché 'les Vosges et couvre la vallée de la Moselle. Toi// est à un poste particulièrement dangereux, au point de rapprochement des vallées de la Moselle et de l'Ornain, c'est-à-dire de la Maine, route de Paris. Verdun barre le passage de la Meuse et de l'Arg*onne, se reliant à Toulpar une série complète d'ouvrages. Vers l'Ardenne, Montmédy, Mézières, Rorroy. Hirson sont chargées d'arrêter l'ennemi.

Enfin, en seconde ligne, La Fère, Laon et Reims écartenl le danger d'une marche sur la capitale par les vallées de l'Aisne et de l'Oise.

Paris avec sa double ceinture de forts est aujourd'hui capable de tenir l'ennemi à bonne distance.

Frontière belge. — La Belgique, comme le Suisse, peut donner à l'ennemi la tentation de passer en territoire neutre. Et dans ces régions de plaines, où aucun obstacle naturel n'arrête une armée, on a multiplié les fortifications. Calais, Dunkerque, Lille, Douai, Valenciennes oui été munies de défenses formidables et forment une chaîne d'ouvrages hérissés d'artillerie.

Les défenses actuelles de la France ne sont pas seulement

m fort ** Camp retranché >,.,,.,, C/iem/ns <fe fer. Fiçr. 37 La frontière de la mer du Nord à La Méditerranée.

destinées à arrêter 1rs premières tentatives < le l'ennemi. Ce sont des camps retranchés où «les armées entières peuvent se réfugier, se reformer en cas de défaite, pour reprendre l'offensive au moment choisi. Mais aujourd'hui plus que jamais, à la suite des formidables progrès de l'artillerie, de la découverte d'engins qui diminuent de beaucoup l'importance des ouvrages défensifs, la meilleure forteresse est une armée disciplinée el nombreuse.

La défense maritime. — La mer, favorable aux surprises et aux attaques les plus variées, puisque l'ennemi peut choisir le point où il portera son effort, est d'abord surveillée, au large de nos côtes, parles bâtiments de haute mer, cuirassés d'escadre, croiseurs, avisos, canonnières. De véritables citadelles mobiles, les gardes-côtes cuirassés sont d'excellents instruments de défense; fortement blindés, offrant peu de prise au tir de l'ennemi puisqu'ils sont très ras sur l'eau, pouvant, grâce à un tirant d'eau médiocre, serrer la côte de près, ils sont munis d'une artillerie formidable. Ils sont secondés par les torpilleurs de la défense mobile. Il faut en outre, pour abriter nos ports de commerce, et balayer les abords de nos arsenaux, des ouvrages, forteresses et batteries.

Sur le littoral de la Manche. Cherbourg, dont la rade est malheureusement encore peu sure, est le centre de la défense : des forts et des batteries protègent sa jetée. Mais en outre nos côtes sont garnies d'artillerie, surtout dans le voisinage des villes de commerce. Dunkerque, avec les batterie de Gravelines el de Calais, commande le passage du Pas-de-Calais en vue de la France. Boulogne et le Havre ont des forts. Granville, Saint-Malo avec son fort des fiimains, plusieurs ilôts des Gôtes-du-Nord pourraient ('■carter une attaque.

Sur l'Océan, Brest est entouré de travaux formidables. Les défenses de Lorient sont complétées par les batteries des îles de Groix, ffouat, ffœdic, etc., etc. Les ouvrages de Saint-Nazaite et de Fort -Mi nd in garantissent l'estuaire de la Loire. Au large de la côte vendéenne, Yeu et Noirmôutier sont aussi garnies d'artillerie.

Rochefort forme un autre point de défense avec les forts de La Rochelle, des îles de lié, (VAix,(ÏO/éron.

Notre grand port de Bordeaux, au fond d'un large

estuaire, était exposé. On a défendu l'entrée de la Gironde par les ouvrages de (/rares , par les huileries de Saint- Georges et de Roy an en face, puis le goulet par le fort Pâte dans une île et sur les deux rives par ceux de Blaye et de Médor.

Enfin Bayonne défend les bouches de l'Adour.

Sur la Méditerranée, Toulon doit à sa double importance de place de guerre continentale et maritime d'être le mieux protégé de tous nos ports militaires. A Test de cette vaste citadelle il a fallu garantir les îles d'Hyèreset Sainte-Marguerite par «les batteries de côtes et de forts; Nice, Milefranche, Antibes, Saint-Tropez, le cap Bregançon onl leurs batteries. A l'ouest, Marseille a reçu d'importants ouvrages: Bouc, Aiguës- Mortes, Celle, La Nouvelle pourraient aussi se défendre. Au reste, les points d'attaque et de débarquement sont rares sur la côte à l'ouest des Bouches-du-Rhône ; l'ennemi n'a aucun intérêt à porter la guerre sur ce littoral.

La Corse accroît de beaucoup nos facultés de défense et d'attaque dans la Méditerranée occidentale. Saint-Florent, Y Ile Rousse, Calvi, Ajaccio, Porto-Vecchio, Bastia, Bonifacio, peuvent éloigner une escadre; et l'histoire peut enseigner aux ennemis que banterait l'idée d'une descente en Corse ce qu'ils sont en droit d'attendre du patriotisme des montagnards.

Défense maritime des colonies. — La Hotte française dépendant du ministère de la Marine, et l'armée coloniale dépendant aujourd'hui du ministère de la Guerre, onl à assurer la défense de l'empire colonial en même temps «pie celle de la métropole en cas de besoin. Nous verrons, plus loin, en étudiant la géographie de nos colonies, on sont placés et ce que s'aient les points d'appui de la /lotte qui sont aussi des sortes de camps retranchés de l'armée coloniale. Mais observons dès maintenant, en ce qui touche la marine, que nos escadres ont un rôle singulièrement plus complexe qu'autrefois. Dès le temps de paix elles parcourent, pour montrer le pavillon et assurer le maintien de notre autorité morale, les océans sur les bords desquels nous avons le plus d'intérêts.

L'escadre de la Méditerranée, souvent composée de deux divisions actives et d'une division de réserve, est la fraction

Im plus formidable de la flotte française : et elle a celte qualité parce que nous avons à protéger sur les bords de la Méditerranée notre colonie d'Algérie, notre pays de protectorat de Tunisie et File de Corse qui peut aussi exciter des convoitises. Enfin elle veille à ce que notre rôle historique dans le Levant, en Syrie el en Asie Mineure notamment ne soit point pris par d'autres puissances.

C'est ce qui la distingue «le Vescadre du Nord qui a un pôle purement métropolitain, sur nos côtes de l'Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord.

Après ces deux forces navales, la plus importante est celle de l" Extrême-Orient, qui veille sur la sécurité de notre Indo-Chine et sur le respect de nos intérêts aux abords de l'empire chinois. Les grands événements de ces dernières années, le développement militaire du Japon, la mise en valeur de la Chine par des voies ferrées, ont exigé un renforcement considérable de celte division navale.

Ladivision navale de V Océan Indien a plus spécialement le rôle de veiller sur Madagascar et ses dépendances. On détache d'ordinaire, dans Y Atlantique nord et dans les Antilles, des divisions navales de petil effectif; parfois des difficultés dans la région des pêcheries de Terre-Neuve ont l'ait établir dans ces parages un détachement de navires plus important que de coutume.

Tous ces détachements de l'armée navale française ne peuvent exercer leurs croisières au loin que grâce à la constitution d'arsenaux ou de magasins d'approvisionnement qu'on appelle points d'appui de la fl<dte aux colonies. Nous en verrons la répartition en étudianl l'empire colonial.

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