‹ La France et ses colonies (volume 2)Chapitre 69 sur 124 · Industries mécaniques el chimiques · texte numérisé non relu

Industries mécaniques el chimiques

Les Machines. — L'industrie des machines s'est naturellement développée autour des houillères et dans les grandes régions métallurgiques. Il est rare aujourd'hui

qu'une môme usine de-constructions mécaniques se consacre à un nombre limité de fabrications. En général, dans toul grand centre métallurgique, on fabrique les machines les plus variées. Ainsi, à Fives-Lille, an Creusai, à Saint- Chamond, il y a des ateliers consacrés aux fabrications mécaniques les plus diverses, matériel de chemin de fer, rails, wagons, locomotives, pièces d'assemblage pour ponts métalliques, puis matériel de guerre, canons, affûts, projectiles, matériel naval, arbres d'hélice, hélices, machines marines complètes, plaques de blindage, canons el affûts, lance-torpilles, etc., etc.

Il y a pourtant quelques spécialisations bien marquées, par exemple les industries de constructions navales dans les arsenaux de nés grands ports de guerre, ou dans des chantiers privés comme les Forges et chantiers de la Méditerranée de la Sei/ne près Toulon, les Ateliers et chantiers de la Loire, etc., etc. La Société Alsacienne de constructions mécaniques de Belforl s'esl l'ail une remarquable spécialité dn matériel de chemin de fer, spécialemenl des locomotives perfectionnées. Ailleurs ce seul des industries exigeanl un moindre emploi de matériaux mais une finesse supérieure de main-d'œuvre, par exemple V horlogerie à Montbéliqrd, Besançon el Morteau, la fabrication des armes à Saint-Etienne et Tulle laphimerie à f}ou/ogne-su?'-Mer, les aiguilles el les épingles à Rugles dans l'Eure, la coutellerie à Thiers el à Langres.

Industries chimiques. — De même il esl des industries chimiques développées dans lenles les grandes villes, par exemple la fabrication i\u ira/ d'éclairage. D'autres sonl localisées dans le voisinage de la production ou dn débarquement des matières premières. Ainsi la fabrication des savons se t'ait en grand a Marseille où l'en débarque les graines oléagineuses d'arachide, de palme, de t-o^o, etc. Certaines villes eut enfin des laboratoires 1res complets de fabrications chimiques, par exemple, dans la banlieue de Paris, Saint-Denis el Aubervilliers, puis Mou en, Lille, le Havre, .Marseille el Lyon.

III. — Industries de C alimentation, du vêtement, du logement , des transports.

Industries alimentaires. La France, en qualité de

pays de riche agriculture, a de nombreuses industries alimentaires, par exemple, la meunerie, qui a son siège soit dans des grandes villes de l'intérieur, à proximité des champs de céréales les plus fertiles, comme Étampes, Meaux et Corbeil, soit dans les ports où arrivent les grains étrangers comme Marseille, Nantes, Bordeaux et le Havre. Qlermont-Ferrand, à cause du voisinage de la riche Li magne, a de belles fabriques de pâtes alimentaires, que l'on trouve aussi dans les grandes villes de Paris, Lyon et Marseille.

Les fabriques de sucre de betterave, qui livrent chez nous chaque année environ 700 millions de kilogrammes de sucre, se sont établies à portée des pays producteurs de betteraves qui, par une heureuse fortune, ne sont point loin des pays producteurs de houille et leur sont rattachés par des canaux transportant le combustile et la betterave à bon marché. La Flandre, Y Artois et la Picardie ont le plus grand nombre de nos raffineries de sucre; mais en vue de l'exportation, cette industrie s'est fortement constituée à .Marseille, à Bordeaux, à Nantes, au Havre et à Dunkerque.

C'est une industrie alimentaire en grand progrès chez nous que celle de la brasserie, pour laquelle nous étions depuis longtemps tributaires de l'Allemagne. On peut citer comme particulièrement actif le groupe des brasseries lorraines de Tantonville et Maxéville. Nous ne produisons encore que ï'2 millions d'hectolitres.

Très grande est la valeur, dans notre industrie, de la fabrication des beurres et des fromag'es: il est vrai que peu de pays sont dans des conditions naturelles plus favorables que la France. Mais il nous reste beaucoup à faire pour utiliser scientifiquement ers avantages de la nature, comme l'a t'ait le petit Danemark, dont les ventes sur le marché anglais progressent avec une admirable rapidité. Pourtant nos produits sont célèbres, comme les beurres normands (Xlsigny et de la vallée d Auge, comme les fromages de Normandie, < lu Jura, de la Brie.

Notre Bretagne ;i développé, trop peu encore pour bien récompenser le labeur de ses marins, l'industrie de la conserve du poisson, à Nantes, à Concarneau et à Port- Louis.

Industries textiles et du vêtement. — La filature et le lissage sont de vieilles et belles industries françaises. C'est notre Flandre, avec Valenciennes et Cambrai, qui possède le plus grand nombre de métiers travaillant le lin et le chanvre. Beaucoup plus importantes sont nos manufactures de cotonnades, de lainages, de soieries, qui occupent en France un million et demi de personnes et produisent par an des objets valant trois milliards.

Le travail du coton se fait dans leXord. hLille, hRoubaix, et à Tourcoing, en Normandie, à Rouen et dans sa banlieue, dans les Vosgesà Épînal, Saint-Dié, GiromagnyetBelfort. Il nous reste à espérer que prochainement nos usines travailleront du coton récolté sur le sol français de nos colonies. L1 Association cotonnière française y travaille avec ardeur.

Pour la laine et la soie, nous avons encore les plus actives manufactures du monde Dans le département du Nord, les deux centres huniers de Roubaix et de Tourcoing ont une réputation universelle. Les lins produits de Reims, flanelles et tissus ras, les draperies de Sedan, d'Elbeufei de Lauriers n'ont pas moins bonne renommée. On sait que nous exportons en moyenne 350 millions de lainages par an. Parmi les lainages artistiques de caractère bien français, on peut citer les grandes tapisseries des Gobelins, de Beauvais, d'Aubusson: mais pour ces œuvres artistiques on emploie beaucoup d'autres matériaux que la laine.

/Votre industrie de la soie est merveilleusement outillée à Lyon, où l'on fabrique les plus belles soieries brochées du monde, et à S 'aint-É tienne où il ya d'admirables rubanneries.

Industrie du bois. — C'est encore une Une industrie à laquelle se sonl appliquées tentes les ressources de l'art français que l'industrie des bois. Outre le travail sommaire des scieries, ci le travail encore assez grossier de la fabrication de grandes et petites charpentes, nous avons des manufactures de meubles d'une grande finesse. Le centre le

plus remarquable est sans doute le faubourg Saint- Antoine

à Paris.

Industries du livre. — Nos papeteries d'Essonnes Seineet-Oise), d'Angoulëme, d'Annonay et de Voiron sont devenues les ég-ales des manufactures anglaises les mieux outillées. Mais la fabrication d'une bonne matière première n'es! rien chez nous en comparaison des nombreuses industries artistiques, imprimerie, gravure, imagerie, reliure, etc. qui font vivre dans nos grandes villes, e1 notamment ;'i Paris, tout immonde d'artistes.

Résumé. — Le caractère de l'industrie française est bien spécial. Nous excellons dans les industries linesetspécialement artistiques. L'étranger reconnaît à nos articles manufacturés un certain cachet de goût qu'il imite quelquefois sans un suffisant respect de sa propre originalité ni de la propriété française. Il ne faudrait pas pourtant prendre son parti de la baisse regrettable que subissent chez nous quelques industries de production simple, grossière, et qui souvent assurent les meilleurs bénéfices. Dans bien des métiers d'ailleurs, notre caractère national d'artistes et d'affineurs de matière nous perle à trop mépriser le secours des machines complexes et de fabrication rapide : .N'oublions pas que l'éducation artistique n'est chez nous un privilège que par la longue durée de notre apprentissage et par la vieillesse de nos traditions. L'étranger apprend de mieux en mieux les arts appliqués à l'industrie, et le nivellement, quoi «pie puisse valoir nue race, se produit de mieux en mieux entre les peuples dans le domaine intellectuel.

Une révolution qui ne fait que commencer, mais dont on ne peut mesurer les gigantesques effets, peut «railleurs à brève échéance compenser pour nous l'infériorité de la production houillère. L'utilisation industrielle de la forée ilos chutes demi et des torrents, l'exploitation de beaucoup d'autres sources d'énergie de la nature, les marées, les vents, etc., etc., voilà des conditions qui nivelleront peut-être à notre profit les conditions de la rivalité industrielle au xxc siècle.

En attendant les effets de cette révolution qui donnera à nos usines «les forces colossales, et qui imprimera peut-être au labeur industriel «les conditions morales meilleures pour

la vie de famille et pour le bonheur de l'individu, nous devons profiter des admirables débouchés de vente que sont nos colonies, au lieu d'en laisser naïvement le profit à l1 étranger qui ne nous paye point de retour, soit qu'il manque de colonies, soit qu'il sache fermer les siennes.

Page 1