II. — Lu Réunion. Madagascar et dépendances
La Réunion. — Nous occupons La Réunion, ancienne île Bourbon, du groupe des Mascareignes, depuis 1842. Mesurant 2500 kilomètres carrés, cette île est dominée par des pitons volcaniques, le Piton des Neiges (3 100 m.), au centre de l'île, le Piton (te lu Fournaise (2125 m.) pins an sud. Tout autour de ces hauteurs, se développe une plaine littorale d'une merveilleuse richesse, que les torrents ont formée en érodant les montag'nes. Le climat de la La Réunion, pluvieux de novembre à avril, assez sec pendant le reste de l'année, est salubre, giùa- à la persistance des brises de la mer et à l'influence vivifiante des montagnes de l'intérieur. L'existence d'une plaine littorale périphérique fait qu'il n'existe point de bon port naturel : il a fallu créer de tontes pièces le port de la Pointe (tes Galets.
La Réunion est très peuplée : elle compte 170000 habitants, soit 85 an kilomètre carré, dont 125 000 blancs et 50000 travailleurs hindous, malgaches et nègres d'Afrique. La capitale, Saint-Denis (30000 hab.). est une jolie ville ; les plus peuplées sont avec elle, Suint-Pierre sur la côte sud-ouest (30000 hab.), Saint-Paul 25000 hab. , sur le littoral ouest,
La Réunion, comme nos colonies des Antilles, a été éprouvée par la dépréciation du sucre de canne sur le marché français. Mais les colons ont eu le courage de s'initier à d'autres cultures riches, celles du café, du thé, du quinquina, de la vanille ; en outre, au lieu de consacrer Ions leurs terroirs fertiles à des cultures faites en vue de la vente, ils en ont adapté une partie pour la production des plantes nourricières, grâce auxquelles ils ont de moindres achats à faire au dehors.
Le commerce se fait en très grande partie avec la France, grâce au caractère essentiellement français de la majorité de la population qui tient à nous de très près par la race et par les mœurs : sur 24 millions d'importations, La Réunion en reçoit 16 ou 17 de France, et elle vend dans la métropole la presque totalité de ses 18 millions d'exportation de denrées.
Madagascar et archipels voisins. — a. Valeur de cette acquisition. — C'est en 1042 que fut fondée, grâce à Richelieu, la première colonie française à Madagascar. Le grand cardinal voulait acquérir un poste avantageux pour développer la marine française à portée des Indes. En 1004, une nouvelle compagnie de commerce, avec droits territoriaux, fut fondée sous l'inspiration de Golbert. Mais le grand ministre qui avait des visées sur le pays beaucoup plus tempéré du cap de Bonne-Espérance et sur l'Inde, beaucoup plus capable de fournir des aliments au commerce fiançais, ne fit plus rien, on le comprend, pour encourager ces tentatives : l'Inde et l'Afrique du Sud valaient mieux à condition d'avoir sur le chemin de l'Afrique du Sud à l'Inde des points de relâche et, à cet égard, Bourbon et l'Ile-de-France, où il n'y avait pas d'indigènes à redouter, valaient mieux. C'est pourquoi sans doute la France ne lit à Madagascar que de molles tentatives, tant qu'elle eut l'espoir de l'emporter dans l'Inde : aussi la colonisation malgache reprit-elle quelque temps faveur à la fin du xvme siècle, après le désastre indien de la paix de Paris. Notre action y devint absolument nécessaire du jour où l'Afrique du Sud, comme l'Inde, devint anglaise. C'est pourquoi la tradition de 1642 est reprise avec une vigueur particulière au xixp siècle, en dépit d'éclipsés et de faiblesses de notre diplomatie; depuis 1895, Madagascar est une île française. Elle est bien placée pour profiter du développement de l'Afrique ans-
truie et orientale, bien placée aussi pour nous servir d'étape de refuge, soit dans le sud, si nos navires de guerre avaient à emprunter le passage du cap de Bonne-Espérance, soit dans le nord, à Die'go-Suarez, si nous avions à soutenir «les hostilités importantes dans l'océan Indien.
b. Géographie physique. — Mai lagascar mesure 592000 kilomètres carrés de superficie, environ 1600 kilomètres de longueur du nord au sud, c'est-à-dire la distance de Dunkerque à Alger.
Elle i -I montagneuse dans sa région centrale où se t\\'osent plusieurs plateaux de 800 à 1200 mètres d'altitude, VImérina au nord, le Betsiléo au sud. Sur ces plateaux s'élève le grand massif volcanique de VAnkaratra, comme les monts d'Auvergne sur notre plateau central. Là est le sommet du Tsiafa-Javona (2650 m.). Au nord, le massif également volcanique de VAnkai-Sina est surmonté de sommets d'altitude au moins égale. A l'est, le plateau central est bordé de plusieurs chaînes de montagnes qui le séparent de la plaine étroite baignée par l'océan Indien. A l'ouest, les monts du Bongo-Lava et du Bémara, hauts de moins de 1000 mètres, séparanl les hautes terres de la vaste plaine sakalave qui se développe en face du canal de Mozambique.
Le climat est déterminé par l'alternance des moussons. De novembre à avril, souille la mousson pluvieuse du nordesl ii lest : le reste de l'année constitue la saison sèche. Mais il y a de grandes différences dans la quantité d'humidité et de chaleur que reçoivent les parties de l'île diversement orientées. Les régions les plus arrosées sont la plaine de l'est et le nord de la plaine sakalave, puis les monts qui se présentent en bordure aux vents d'est, à l'extrémité orientale du plateau. Tamatave esl fort arrosée, Majunga l'est à peine moins. Tananarive, sur le plateau de l'Imérina, est déjà beaucoup moins arrosée, et a une saison sèche mieux caractérisée : la partie médiane de la plaine sakalave abritée par les plateaux, des vents du nord-est, est déjà pays de savanes, et au sud-ouest, dans le pays des Baras,ily a des steppesel des étendues désertiques. Bref, dans Madagascar, à peine plus grande que la France, les climats diffèrent beaucoup plus qu'entre les parties les plus contrastantes dé nus pays de la métropole.
Les cours d'eau les plus abondants sont, comme le Man-
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goro, ceux qui tombent de la bordure très arrosée de Test vers la plaine limitrophe de l'océan Indien ; leurs pentes sont très âpres, leurs cours très pittoresques. Le plus grand réseau est celui du Betsiboka-Ikopa qui draine les eaux de l'Ankaratra et du plateau de l'Imérina, tombe à la mer à Majunga dans une partie encore humide de la plaine sakalave. On remonte le Betsiboka-Ikopa sur presque 150 kilomètres, pendant la saison des pluies. Au sud-ouest il n'y a que des « oued » analogues à ceux de notre Algérie.
Les côtes de Madagascar sont fort découpées au nord et au nord-ouest où s'ouvrent des baies nombreuses, parmi lesquelles celle de Diégo-Suares ', où Ton installe un « point d'appui de la Hotte ». Par malheur, ce n'est pas là que sont les ressources et par conséquent que peut se développer le commerce de File. Les parties riches sont le plateau du centre, et les plaines de l'est, du nord-ouest et de l'est. Là, les débouchés maritimes sont précaires. Il a fallu faire des travaux d'abri dans l'estuaire de Majunga. Tamatave, sur la côte, est mal abritée par des bancs de coraux qui brisent à peine la houle du large : on y va créer des abris. La baie de Saint-Augustin, à l'issue de régions assez riches en caoutchouc du sud-ouest, est d'un bon accès.
On a profité de l'existence de lagunes littorales sur la côte est, pour créer, comme sur notre côte des Étangs de France, un chenal navigable intérieur d'environ 200 kilomètres que l'on appelle Canal des Pangalanes.
c. Mine en valeur de Madagascar. — L'île de Madagascar n'est encore qu'au début de sa mise en valeur. Pendant de longs siècles, située sur le chemin de l'Inde ou se faisait, sans ellort d'organisation, un vaste commerce, et à proximité de l'Afrique australe, très propice à l'immigration des Européens, elle fut naturellement délaissée comme étant de valeur moindre à ces deux égards. Son entrée dans la communauté française la destine à un développement économique rapide, puisque sa métropole a tout intérêt à la faire rivaliser avec les colonies d'autres pavillons qui l'entourent. Une excellente chance de mise en valeur de Madagascar c'est encore le voisinage de la Réunion où il y a beaucoup d'éléments français tout acclimatés, et de Maurice dont la population, également française en bonne partie, esl à l'étroit dans une petite île. Mais il n'y a que '.) 500 000 habitants dans cette île plus grande que la France,
et beaucoup d'entre eux seront longtemps encore impropres aux labeurs de la vie civilisée. La meilleure ressource, à condition d'être prudents et de ne se point abandonner à nos auxiliaires indigènes, c'est l'Imérina, où il y a 1)00000 habitants relativement civilisés, et une grande ville, Tananarive ('50000 hab.) ; là existent déjà quelques industries et quelques habitudes fie trafic à grande distance. Les autres points d'appui de l'influence française sont Tamatave (20 000 hab. , sur la côte est. au débouché oriental de l'Imérina, et Majunga (6000hab.), à l'issue des grandes vallées du Betsiboka- Ikopa. Fianarantsoa, capitale du pays Betsiléo, tend à devenir une ville importante au centre d'une région que les Français peuvent peupler et doter d'exploitations agricoles.
Jusqu'ici, la grande ressource de Madagascar est V élevage du bœuf zébu, dont on entretient de grands troupeaux, notamment dans la plaine sakalave. Dans les régions de climat chaud et humide, les colons français ont développé des plantations de manioc, de caféiers, de vanilliers qui commencent à bien rapporter.
Enfin, au nord-ouest, il y a des exploitations d'or autour de Suberbieville : on exploita 50 kilogrammes en 1805, ? à 800 aujourd'hui.
Dans ces conditions, Madagascar, dont les habitants sont peu nombreux et ont peu de besoins, ne l'ait pas de grandes importations. Si le chiffre a atteint 30 ou 40 millions an cours des dernières années, c'est parce qu'on a dû importer le matériel nécessaire à la construction des chemins de 1er, rails, ponts, wagons, machines, etc. Notons cependant (pie, grâce à une protection légale bien entendue, les tissus français de coton et autres ont à peu près complètement remplacé dans la consommation malgache les tissus anglais et américains qui dominaient auparavant. A l'exportation, Madagascar vend pour une dizaine de millions de bétail, exporté en Afrique australe, de caoutchouc, de cire, etc. On estime qu'il y a déjà à Madagascar, annexée depuis 1805, 10 000 colons, dont 1500 ou 2000 Français, non compris 7 ou 800 fonctionnaires et 12000 hommes de troupes; notons toutefois que parmi les colons qualitiés d'Anglais sur les statistiques, il y a nombre de Mauritiens, qui sont de langue et de mœurs françaises.
Saint-Paul et Amsterdam. — La France a occupé dans
les mers du Sud, les deux ilôts de Saint-Paul et d'Amsterdam, qui n'ont pas grande valeur en eux-mêmes, saut' par la richesse de la pèche dans leurs parages, mais qui peuvent être d'utiles escales sur le chemin du cap de Bonne- Espérance à la Nouvelle-Calédonie, par les mers du Sud : pour en attendre ces services, il y faudrait faire quelques aménagements.